Le principe de précaution est-il toujours appliqué sans discernement ?

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Dans un article récent de l’excellent blog Kidisciences, il y a un article qui fait un bon point sur l’idée persistente (mais apparemment fausse) qu’il ne faut pas nager après avoir mangé : Info ou intox : Il faut attendre deux heures avant d’aller nager après avoir mangé Une phrase m’a frappé dans ce billet :

En fait, comme souvent avec le principe de précaution – qui est toujours appliqué sans discernement – on fait en vérité plus de dégâts en croyant les éviter.

D’une part, je comprends la frustration des auteurs. Le principe de précaution est souvent utilisé en effet comme le principe « je ne comprends pas, donc non », ou le principe « c’est nouveau, on ne peut pas garantir 0% risque, donc non ». Mais le principe de précaution dans son intention n’est pas sans discernement me semble-t-il. Il dit qu’en l’absence de données on peut déjà prendre des précautions, notamment en cas de soupçons de risques pour l’environnement ou la santé. Comme je le comprends, bien appliqué, il n’exclut ni de continuer la recherche, ni de réviser les mesures de précaution à la lumière de données plus complètes lorsqu’elles deviennent disponibles. Au contraire dirais-je. Ca a donné lieu à une petite discussion Twitter avec le principal auteur du billet, Alan de Podcastscience :

Donc voici la réponse plus longue que je lui avais promise : le principe de précaution il me semble peut se baser sur des faits. Clairement, les peurs font partie de l’équation, mais si c’est rationnel (et on peut être d’accord que la plupart des prises de décision dans notre monde ne le sont que partiellement) alors les peurs font place aux faits au fur et à mesure du progrès des connaissances. En termes bayésiens : Proba(conséquences négatives sachant faits) = Proba(faits si des conséquences négatives) x Proba(conséquences négatives) / Proba(faits) Lorsqu’on a peu de faits informatifs, l’équation est dominée de manière rationnelle par la probabilité de conséquences négatives en l’absence de faits. Lorsque les faits deviennent informatifs, l’équation devient dominée par ces derniers, notamment à travers le terme Proba(faits si des conséquences négatives) (voir ce billet).

Pour revenir à l’exemple inépuisable des OGM, appliquer le principe de précaution quand ils étaient nouveaux et que l’on savait relativement peu n’était pas forcément irrationnel. Aujourd’hui, appliquer ce principe de manière générale aux OGM, avec ce que l’on sait, est par contre bien « sans discernement ». Mais l’appliquer encore aujourd’hui au saumon OGM en l’état des connaissances me parait justifié, « avec discernement » pourrais-je dire.

Voilà, ne jetons pas le bébé d’un principe qui peut être utile avec l’eau du bain des abus par des politiciens et lobbys divers.

(Ce billet et la discussion dans les commentaires sont discutés sur le site de Journal International de Médecine.)

9 réponses à “Le principe de précaution est-il toujours appliqué sans discernement ?

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