Que reproche-t-on à la conseillère scientifique à la commission européenne ?

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Alors, ça y est, le poste de conseiller scientifique à la commission européenne a été supprimé. A l’heure où j’écris, heureusement qu’il y a les les québecois de La Presse pour en parler en francophonie, parce que Pierre Barthélémy et Sylvestre Huet n’ont même pas jugé bon de retweeter une lien vers une info (l’article de Jean-François Cliche à La Presse montre aussi comment on peut intégrer Twitter et les blogs au journalisme scientifique, hum hum) [mises à jour : échange avec Pierre Barthélémy dans les commentaires de son blog ; échange Twitter s’en étant suivi ; Sylvestre Huet a retweeté et engagé le représentant de Libération à Brusselles, qui a dit qu’il suivait ; ça bouge]. Faut dire que la commission a joué fin en faisant ça au moment où tout le monde regardait l’arrivée de Philae sur la comète. Ce qui en soi tend à indiquer qu’ils ne sont pas particulièrement fiers de leur action.

J’ai déjà pas mal parlé de la campagne de différents groupes anti-OGM pour demander que ce poste soit supprimé (billet 1, billet 2). Demandons-nous ce que l’on reproche à Anne Glover (la conseillère sortante) ?

Officiellement, rien, on a supprimé le poste. Si vraiment on reprochait quelque chose à Anne Glover, on la remplacerait. Faut être clair, on supprime le poste de conseiller scientifique parce qu’on ne veut pas de conseil scientifique.

Dans la lettre d’août des organisations anti-OGM, sa prise de position sur les OGM était explicitement visée. En août, tout ce que j’avais trouvé de cité par ces mêmes organisations était qu’en septembre 2013 Anne Glover a cité avec approbation les conclusions d’un rapport établi par l’association regroupant toutes les académies des sciences européennes, lesquelles conclusions étaient que toute la litérature scientifique montre que les OGM ne sont pas particuliérement dangereux. J’ai mis du gras, parce qu’on trouve répété à l’envi l’affirmation selon laquelle le problème serait qu’Anne Glover aurait décidé toute seule que les OGM c’est cool. Non, cette affirmation est fausse.

Pour des avis divers sur les OGM, voir les dialogues que j’ai eu avec des collègues biologistes d’horizons divers, et les commentaires qu’ils ont généré (commencer ici et suivre les liens) ; aucun collègue n’affirme de risque particulier aux OGM, y compris ceux qui ne sont pas à l’aise avec la biotechnologie.

En lisant un article de la BBC sur la suppression du poste, je trouve qu’un an mois après ce rapport à-peu-près, Anne Glover a déclaré que s’opposer aux OGM en raison de risques supposés était “une forme de folie”. Ah c’est clair que ce n’était pas très politique comme déclaration, et elle se serait fait remonter les bretelles je n’aurais pas été surpris. On aurait même clarifié les règles de prise de parole de la conseillère, voire changé de conseillère, ça se serait compris. Mais cette prise de parole intempestive, ce qu’elle montre c’est que comme pas mal de scientifiques (mea culpa) elle trouve normal de dire les choses très franchement, ce que ne ferait pas un politicien. Elle ne montre pas qu’elle ait pris une décision pro-OGM toute seule, puisqu’on rappelle qu’il y a eu ce rapport des académies auparavant.

L’autre chose qu’on va beaucoup lui reprocher, notamment dans les colonnes du Monde grâce à Stéphane Foucart, c’est d’avoir retardé la prise de décision concernant les perturbateurs endocriniens. Alors d’abord il faut être clair : les perturbateurs endocriniens existent, ils sont graves, et je suis bien d’accord qu’il faut agir. Ensuite, d’après ce que je comprends, ce qu’Anne Glover a fait a été de prendre en compte plus qu’elle ne l’aurait mérité une lettre de spécialistes d’endocrinologie qui se sont révélés être en conflit d’intérêts. Stratégie typique de semer le doute, faire croire qu’il y a débat où il n’y en a pas, comme sur le climat, le tabac, l’aminate ou les OGM (sur les OGM, les semeurs de doute sont les anti, pour être clair – bien que Stéphane Foucart ait l’air de dire le contraire dans son livre que je n’ai pas lu [mise à jour : Stéphane Foucart m’a contacté, et m’a donné un extrait de son livre qui indique qu’il est d’accord que l’étude de Séralini et al est “semeuse de doute”]). Elle a probablement eu tort de prendre cette lettre aussi au sérieux, même si une conseillère scientifique reste dans son rôle en attirant l’attention sur un débat scientifique, même s’il n’est qu’apparent. Après tout, ce qui caractérise vraiment les pseudo-sciences du doute c’est de se répéter longtemps après qu’on ait montré qu’ils avaient tort. Mais certains cas de doute sont légitimes, et ils sont plus difficiles à distinguer les uns des autres quand ils sont neufs. D’après je comprends, il y a eu un débat organisé par Glover sur les perturbateurs endocriniens, dont les semeurs de doute sont sortis perdants. Si ensuite la commission européenne n’a rien fait, permettez moi de douter que ce soit grâce au pouvoir énorme du conseiller scientifique. Mais à nouveau, si c’est le problème, d’une part pourquoi ne pas changer de conseiller, et d’autre part pourquoi ceci n’est-il jamais mentionné dans la demande de suppression du poste qui a été faite en août (comme remarqué dans les commentaires de l’article de Foucart en septembre d’ailleurs).

Parenthèse : je suis choqué par les gens qui prétendent avoir débusqué un risque majeur pour la santé humaine, et quand on leur demande des détails, il faut regarder un documentaire “excellent” (aucun documentaire télévisé ne vaut un document écrit en ce qui me concerne ; où sont les références, les notes, les nuances ?) qui n’est pas visible hors de France, ou il faut lire des articles réservés abonnés. Visiblement, la santé humaine doit passer avant l’argent des industries mais passe après l’argent des journalistes. (Voir discussions sur la publication ouverte.) Tout ça pour dire que j’ai pas vu ce documentaire, pas lu cet article, et si vous avez des liens sérieux sur le rôle abominable d’Anne Glover, je suis preneur dans les commentaires.

En conclusion, je ne vois rien qui justifie de supprimer le poste de conseiller scientifique, sauf que certains veulent faire du lobbying sans interférence compétente, sans quelqu’un qui respecte les académies des sciences et la litérature scientifique davantage que les sondages. Si les problèmes dont on nous parle étaient la vraie cause, on aurait juste changé de personne et éclairci quelques règles.

Je maintiens ce que j’ai écrit en août : bas les masques, ceux qui ont réclamé ceci et ceux qui l’applaudissent sont anti-science.

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