Pourquoi je kiffe la science

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Sur son blog, Sirtin se pose la question “Pourquoi je kiffe la science ?“, et y répond. Il a proposé aux autres bloggueurs du C@fé des sciences de répondre à cette même question, ce qui me paraît une bonne idée. Dr Goulu s’y est déjà collé, de même que Eric Simon et Xochipilli. Voici donc ma version.

En bref, je suis curieux, et j’aime la réalité. Pour moi la recherche scientifique pourrait se résumer comme la curiosité dans le respect de la réalité, ou de la vérité si on veut. (La curiosité sans respect de la réalité mène assez vite aux pseudo-sciences, au mysticisme, etc, à mon avis.) Un point de vue assez différent de Dr Goulu notamment, qui vient d’un point de vue très ingéniérie, et les deux ne sont pas exclusifs (je reconnais aussi mon coté geek…). J’aurais pu faire de la recherche en histoire ou en sciences sociales, ce qui m’importe c’est d’être honnête et curieux, de respecter les faits, d’éclaircir autant que possible notre compréhension du monde. En fait, je me rends compte que j’ai beaucoup couvert cette question déjà dans mon billet Pourquoi est-ce que l’étude #Seralini sur les OGM m’énerve ?

Je vais illustrer ce que je veux dire davantage par deux exemples.

Un contre-exemple : dans un article de commentaire de l’actualité sur l’interdiction des neonicotinoids pour protéger les abeilles en Europe, Lynn Dicks écrit :

You can’t switch off the lies and exaggeration. But don’t worry about them. When I saw the exaggerated pollinator-decline claim attributed to me in The Guardian I did not seek to correct it, because the correct information, with references, will go into a forthcoming parliamentary-committee report

Elle reconnait que le débat a été plein d’exagérations et de contre-vérités. Elle a lu dans la presse que les récoltes diminueraient de 20% à cause de l’interdiction, ce qu’elle pense être faux. Et elle a été citée elle-même comme disant que les trois quarts des espèces de polénisateurs des Grande Bretagne seraient en déclin, ce qui est apparemment aussi incorrect. Et voilà qu’elle dit que ça n’est pas grave, qu’elle ne cherche pas à corriger, parce que l’important c’est que d’une les politiciens ne lisent pas le journal mais le rapport parlementaire détaillé (yeah), et de deux la bonne loi est votée.

Pas d’accord du tout ! Si on utilise des arguments erronés aujourd’hui, qui nous croira demain ? Et de toutes façons, notre engagement de scientifiques, tel que je le comprend, est envers la vérité, pas envers les politiciens, le public, les abeilles ou les récoltes. Qui sont tous évidemment importants, mais ne justifient pas à mon sens d’être laxistes avec le respect des faits tels que nous les comprenons.

Maintenant le bon exemple : une blogueuse américaine anti-OGM, Julie Kay (je jure que je n’ai pas fait exprès de revenir sur les OGM, c’est juste le deuxième exemple qui m’est tombé dessus cette semaine) a engagé un dialogue internet avec un chercheur en biologie des plantes. A la surprise des deux parties, elles ont engagé un dialogue constructif, au départ très méfiant, mais de plus en plus ouvert. Maintenant la blogueuse se considère agnostique sur les OGM, reste en faveur du bio dans son alimentation et celle de ses enfants, tout en se méfiant des contre-vérités et argumentaires pseudo-scientifiques qui abondent dans le monde de l’internet bio. Et elle continue à étudier la question et à chercher à comprendre. De manière intéressante le biologiste est végétarien et veut améliorer l’agriculture bio, loin du loup-garou qu’imaginent beaucoup d’opposants aux OGM. Egalement intéressant, Julie Kay observe que le biologiste, Kevin Folta, a proposé de le contacter par email à de nombreuses reprises lors de débats sur internet sur les OGM, mais elle semble être la seule à l’avoir effectivement contacté.

Julie et Kevin sont curieux et honnêtes.