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Les scientifiques en conférence en costard-cravate, je vois pas souvent. Démonstration.

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Y a un truc que je trouve toujours bizarre dans les films et séries télés où on voit des scientifiques, c’est que quand ils vont à une conférence tout le monde est habillé en costume-cravate ou tailleur trois pièces. Et ils font un effort particulier pour s’habiller quand c’est eux qui doivent parler devant tout le monde. Par exemple il y a un épisode de Big Bang Theory dans lequel Léonard est stressé par la manière dont il doit s’habiller pour donner une présentation de ses résultats, et il y va éventuellement en costume cravate.

Dans mon expérience, les scientifiques vont aux conférences et donnent des présentations comme ils sont habillés d’habitude, c’est-à-dire dans un mélange de t-shirts, jeans, chemises, jupes et parfois cravates (y en a qui aiment – rarement les plus jeunes).

Ce qui me donne l’occasion de ramener ma fraise sur le sujet, c’est la conférence européenne de biologie évolutive ESEB. Elle s’est tenue très récemment dans mon université, et les photos viennent d’être mises en ligne : Lien Picasa.

Le gars en costard cravate au début est le recteur (≈ président) de l’université. Après, je vous laisse voir. Voici mon directeur de département, et nouveau président de la société de biologie évolutive, debout sur une table pour la conclusion de son discours de cloture :

Laurent Keller avec sa plus belle cravate

Laurent Keller avec sa plus belle cravate

Bien sûr, ça peut être différent entre domaines. Je suis quand même allé à des conférences de biologie moléculaire, de biologie évolutive, d’informatique, et de biologie médicale. Les seuls que je voit s’habiller avec cravate etc systématiquement, ce sont certains médecins et certains biologistes en recherche médicale. Et bien sûr les représentants de l’industrie, qui du coup se voient à 100 km en général.

Alors appel aux nombreux réalisateurs et costumiers qui me lisent : la prochaine, pas la peine de déguiser les scientifiques en pingouins, merci.

Mise à jour depuis Twitter :

#Scidiverse : peut-on avoir le beurre de fermer les frontières et l’argent du beurre de la bonne science ?

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Suite aux discussions sur la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne, le bioinformaticien célèbre et co-directeur de l’EBI (European institut for bioinformatics, Cambridge) a publié les tweets suivants :

Ce qui a généré pas mal de réactions spontannées d’autres personnes publiant les stats de leurs labos. Voici les miennes :

Du coup Ewan a lancé le hashtag #scidiverse. Et pour collectionner les données automatiquement, il a proposé aux gens de suivre un format standard. Ce qui est une approche très bioinformatique : si on veut pouvoir utiliser plein de données, il faut qu’elles soient organisées de manière standard, ce qui permet de les traiter informatiquement.

Ce qui pour moi donne :

Il y a des râlages que ça n’inclut pas d’autres sources de diversité, telles que orientation sexuelle, origine sociale, couleur de peau, mais je trouve déjà l’exercice intéressant. Même s’il est doublement biaisé : vers le type de chef de labo qui est actif sur Twitter, et plus votre labo est divers plus vous aurez envie de le montrer.

De manière importante, je pense que le point de départ d’Ewan est très valide : tous les mouvements conduisant à réduire la circulation internationale des personnes (quiter l’UE, pour la Suisse restreindre les relations avec l’UE, pour les USA les limitations sur les visas notamment après le 11 septembre 2001, etc) sont très pénalisantes pour la recherche. Mon labo n’est pas divers parce que j’essaye exprès qu’il le soit, il l’est parce que je prends les meilleures personnes et qu’elles viennent d’un peu partout. Si je ne devais prendre que des suisses, ou même une majorité de suisses, il me manquerait des compétences. Pas parce que les suisses sont moins bons, mais parce qu’il y a peu de suisses, et peu de gens qui ont les compétences dont on a besoin et la motivation pour les mettre en oeuvre en recherche scientifique.

Un peu d’info complémentaire : le classement des universités les plus internationales du monde sur le site de Times Higher Education. On peut s’amuser à corréler avec des classements de « qualité » des universités, mais comme ces classements sont très partiels et subjectifs, je vais éviter pour le moment.