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#OGM pour l’agriculture bio, par réintroduction de gènes sauvages ?

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Via un article du New York Times, je vois un appel dans Trends in Plant Science (malheureusement d’accès fermé) de la part de scientifiques danois :

Andressen et al 2015 Feasibility of new breeding techniques for organic farming Trends Plant Sci in press

Dedans ils proposent le « rewilding », la réintroduction de gènes de variétés sauvages dans les variétés cultivées.

En effet, un des problèmes des variétés domestiques, que ce soit des animaux ou des plantes, c’est que la sélection sévère à laquelle les humains les ont soumis a conduit à une faible diversité génétique et des défaults génétiques. Ceci a deux composantes :

  1. Lorsqu’il y a sélection sur certains traits, ça diminue la taille de population effective pour les autres traits : si je ne prends que les personnes de 30 ans bonnes en maths et en français avec un goût pour la musique jazz et qui font bien la cuisine, j’aurais un choix plus restreint en ce qui concerne leurs compétences en foot que si je sélectionnais des compétences foot dans toute la population. Si je sélectionne les plantes qui produisent de très grosses graines dans des conditions agricoles (voir ici pour la distance de nos cultures aux plantes sauvages), alors je diminue la taille efficace de population pour les traits du type résiste bien aux aléas climatiques ou aux maladies.
  2. Lorsque la population est petite, la sélection naturelle est moins efficace. Si la population efficace pour un trait est petite, la sélection naturelle est moins efficace pour ce trait. Quand la sélection naturelle est moins efficace, les variants désavantageux sont moins éliminés, les avantageux moins favorisés. Conséquence, la population se retrouve avec de nombreux gènes où seul la version désavantageuse est gardée, ce qui n’est pas terrible admettons-le.

Bilan de ces deux phénomènes, les variétés domestiquées se trimballent un lourd fardeau de variants génétiques désavantageux. C’est frappant chez certains chiens de race, mais c’est vrai aussi pour les plantes cultivées.

D’où l’idée des danois : prendre les versions avantageuses qui dominent encore les variétés sauvages, et le ré-introduire dans les variétés cultivées. Ils voient cela comme un moyen d’augmenter la productivité tout en gardant les intrans (pesticides, engrais) faibles, donc de rendre le « bio » plus efficace tout en conservant ses bénéfices. Ils font à ce propos d’une certaine naïveté me semble-t-il :

The most efficient methods of rewilding are based on modern biotechnology techniques, which have yet to be embraced by the organic farming movement

« have yet to be embraced »… Le mouvement bio n’a pas encore décidé d’utiliser la biotechnologie. Mais bientôt donc…

Leur raisonnement se tient très bien sinon (pour être honnête, l’article inclut une importante discussion de la part sociologique de la question, mais pas très conclusive). Les plantes cultivées utilisées en bio ont été optimisées pour la culture non bio, avec intrants. Si on les croise par technique traditionnelle avec les sauvages, on va aussi réintroduire plein de gènes diminuant la productivité ou autres conséquences négatives, ça va prendre très longtemps, et ça va être très compliqué si on parle de traits multigéniques. Avec la biotechnologie, on peut trouver les gènes que l’on veut et les mettre précisément.

Le rewilding biotechnologique est-il compatible avec l’agriculture biologique ? Les auteurs considèrent plusieurs critères :

  • Santé : le rewilding par biotechnologie permettrait d’améliorer des traits de robustesse, donc moins de pesticides, et de nutrition, sans rien perdre ; donc oui, compatible bio.
  • Ecologie : cette approche peut et diminuer les intrants, et favoriser la biodiversité ; donc oui, compatible bio.
  • Justesse (fairness) : pas d’incompatibilité a priori, mais à considérer au cas par cas.
  • Principe de diligence (care) : le bio a une approche conservatrice mais pas totalement fermée au progrès apparemment, donc ça doit être bon. Les auteurs notent de manière intéressante que rejeter des technologies comme celle-ci n’est pas forcément la stratégie la moins risquée.

Finalement, les auteurs notent une différence dans la définition de « OGM » aux Etats-Unis et dans l’Union Européenne. En Europe, la définition est basée sur le processus de production. Donc si ces plantes sont produites par génie génétique, elles seront considérées comme OGM, et donc comme interdites en agriculture biologique sous les règles actuelles. Aux USA, la définition est basée sur le produit, donc si ces plantes auraient pu être produites par croisements non biotechnologiques, elles ne seraient pas OGM, et pourraient être autorisées en bio.

Pour compliquer encore les choses, ils proposent d’utiliser de nouvelles techniques de mutagenèse de précision qui ne sont pas encore bien couvertes par la législation OGM ; il n’est donc pas clair où la limite serait par rapport aux règles européennes.

On revient donc au point que « OGM ne veut rien dire« , et qu’il faut juger au cas par cas. En tous la proposition me paraît très intéressante. Eventuellement la société va bien devoir avoir un débat rationnel sur les possibilités ouvertes par les progrés de la biologie me semble-t-il, et ceci en fait partie.

Dialogues #OGM : Ian Sanders, Professeur en écologie et évolution des symbiontes

Ian prends de magnifiques photos, en voici une.

Ian prends de magnifiques photos, en voici une, de Colombie.

(Ce dialogue s’inscrit dans une série, voir introduction dans ce billet.)

Marc Robinson-Rechavi (MRR): Salut, et merci d’avoir accepté ce dialogue. Et d’autant plus merci de conduire le dialogue en français, qui n’est pas ta langue maternelle. Est-ce que tu peux s’il-te-plaît nous résumer en 3 phrases ta formation et ta carrière scientifique ?

Ian Sanders (IS): Je suis un biologiste formé initialement comme écologiste végétal en Grande Bretagne, et j’ai aussi travaillé à l’INRA en France. Dans ma recherche je me suis spécialisé dans les interactions entre les plantes et des champignons bénéfiques, les mycorhizes. Plus récemment (ces 10-15 dernières années), je me suis intéressé à la génétique de ces champignons, parce que je pense que c’est important pour aider les plantes à grandir, et que cela a des conséquences importantes pour l’écologie des plantes.

MRR: D’où viens-tu en ce qui concerne les OGM ? Quelle était ta position de départ, et où en es-tu aujourd’hui ?

IS: Comme j’ai beaucoup travaillé comme écologiste végétal, et j’étais entouré de gens qui travaillaient sur l’écologie et d’autres sujets liés à l’environnement et la conservation de la nature, j’étais entouré de gens plutôt anti-OGM, et je partageais donc leur opinion au départ. C’était il y a longtemps, il y a 15-20 ans, et nous n’avions probablement pas l’information que nous avons maintenant, et je ne connaissais certainement pas autant de biologie moléculaire et de génétique que maintenant. Dû à l’augmentation de mes connaissances en génétique moléculaire, et en génétique des populations, mon opinion des OGM a beaucoup changé ces 10 dernières années, et notamment mon opinion des dangers des OGM.

MRR: Que veux-tu dire par “dangers” ?

IS: L’hypothèse fréquente des environmentalistes est que les gènes étrangers que nous avons inseré dans des plantes que nous mettons dehors vont se disperser, ou qu’il y aura des traits génétiques ajoutés qui vont conduire ces plantes à être invasives ou autrement affecter l’environnement négativement. Je pense que nous ne connaissons pas pleinement les risques, si ces gènes inserrés vont se disperser dans l’environnement, mais connaissant la biologie évolutive, s’il y a des bénéfices de ces gènes il y aura aussi des coûts, et comme ces plantes devront être en compétition avec les autres espèces dans l’environnement, le risque que les plantes OGM soient réellement invasives est assez minime.

De mes discussions avec des personnes anti-OGM, j’ai rarement si jamais reçu des arguments concrets de pourquoi ces plantes seraient dangereuses. Souvent leurs arguments sont très peu informés, basés sur l’ignorance de la biologie moléculaire, de la génétique, de la biologie des populations, et de la biologie évolutive. Ceci dit, je pense que c’est notre responsabilité en tant que scientifiques de tester de manière appropriée et complète quels sont les risques.

MRR: Nous scientifiques devont faire les tests, ou les compagnies, ou les autorités ?

IS: Ca dépend, il devrait y avoir des tests standards faits par les compagnies, c’est leur responsabilité, comme pour les médicaments. Toutefois, les chercheurs dans les universités et les instituts de recherche ont une responsabilité. Nous sommes ceux qui pouvons penser à de nouveaux risques, et à des manières innovantes de les tester. Dans ma propre recherche, bien que je ne soit pas impliqué dans la diffusion d’OGM, je suis impliqué dans la diffusion de champignons mycorhiziens non OGM dans des cultures d’où ils ne sont pas originaires. Dans cette recherche, nous avons exactement la même responsabilité que pour les OGM : nous devons démontrer que ceci est sûr et présente peu de risques. Je pense que tous les scientifiques impliqués dans ce type de recherches, OGM ou non, ont la responsabilité de penser aux risques et de s’assurer que des études d’impact environnemental sont bien effectuées, et évaluer s’il y a des risques ou non.

MRR: Deux questions : (1) est-ce que tu penses qu’il y a une différence entre OGM et autres interventions (comme tes mycorhizes) dans cette évaluation des risques ? (2) tu parles de risques environnementaux, tu penses que c’est le risque principal, par rapport aux peurs que des gens peuvent avoir à consommer directement ou indirectement ces produits végétaux ?

IS: Très bonne question. Je pense que ceci est un exemple fantastique pour montrer que les gens ont conscience, et ont peur, des OGM, mais ne sont pas conscients d’autres technologies qui peuvent être utilisées et aussi présenter potentiellement des risques. Les champignons mycorhiziens sont utilisés dans l’agriculture depuis 40 ans : les gens prennent les champignons dans le sol à un endroit, et les mettent dans le sol des cultures à un autre endroit. Incroyablement, à mon avis, ce n’est qu’en 2006 qu’il y a eu un article scientifique posant la question de savoir si ceci est un comportement à risque d’un point de vue environnemental. Les anti-OGM ne se préoccupent que des OGM, et pas d’autres techniques existant et pouvant avoir un impact potentiel.

Donc pendant environ 30 ans, personne ne s’est préoccupé de cette technique. Et même depuis, personne n’a conduit de tests de l’impact environnemental de ces champignons. Il me semble que les anti-OGM, surtout ceux qui se préoccupent de l’environnement, se focalisent sur une technique au lieu d’avoir une vision plus générale de nos interventions, les OGM n’étant qu’une technique parmi plusieurs.

Pour la 2ème question, je pense que beaucoup de gens s’inquiètent des risques environnementaux, et que beaucoup de gens anti-OGM s’inquiètent aussi de ce qu’ils mangent, de ce qu’un gène “étrange” pourrait être dangereux pour eux. Un peu comme pour la question précédente, en ce qui concerne ce qui nous mangeons, à moins de manger purement “bio” tout le temps, on ne sait pas ce qu’on mange vraiment en général. Il peut y avoir eu des pesticides, des huiles minérales pour la protection après la cueillette, etc, et dans ce contexte l’insertion d’un ou quelques gènes est probablement négligeable.

MRR: Tu penses que le bio est vraiment plus sur ?

IS: Je n’en sais pas assez pour dire, mais il ne devrait pas y avoir des fongicides et autres pesticides. Du coup il y a d’autres risques, comme des bactéries qui peuvent se trouver là et être dangereux.

MRR: Tu travailles maintenant beaucoup avec des agriculteurs pauvres, en Colombie ou en Afrique. Est-ce que cela change ta vision de la biotechnologie par rapport à ton expérience précédente en Europe ?

IS: Oui ça a beaucoup changé ma vision. Quand on vit dans un pays riche, et presque tout le monde que l’on rencontre peut acheter et a accès à toute la nourriture dont il a besoin, c’est facile de dire qu’il ne faut pas faire ceci ou cela en agriculture parce que cela peut être dangereux. Mais quand on va dans certains pays, et on voit le niveau de pauvreté, on se rend compte qu’il faut faire quelque chose. Si on regarde en même temps la croissance de la population dans les pays pauvres, souvent tropicaux, il est clair qu’il faut produire davantage de nourriture dans ces endroits. Alors je pense qu’il faut utiliser toutes les technologies à notre disposition, et en développer d’autres. Si on parle à beaucoup de gens qui cherchent à améliorer la sécurité alimentaire, ils sont très pragmatiques : les OGM sont une manière d’augmenter la production de nourriture, et il faudra probablement, il faut probablement l’utiliser. Il y a une excellente revue dans Science qui fait exactement cet argument.
Mais en même temps, beaucoup de ces personnes voient que nous développons de nouvelles technologies, sans se limiter aux OGM. Bien que les anti-OGM aient comme plus grand ennemis Monsanto et Syngenta etc, ces compagnies sont aussi conscientes que les OGM ne sont pas la seule réponse, et ils investissent aussi énormément d’argent dans d’autres technologies.
Pour revenir à la question de l’impact d’aller dans ces pays. Quand on vit ici, c’est facile de dire qu’il ne faut pas faire ceci ou cela, mais quand on est très pauvre, et qu’on a 4 enfants à nourrir, si on le choix entre de la nourriture OGM ou pas de nourriture, le choix est très vite fait. Je pense sincèrement que très peu de gens dans les pays pauvres se préoccupent de savoir si leur nourriture est OGM ou non.

MRR: Pourrait-on arguer que ce choix entre pas de nourriture et nourriture OGM est un mauvais choix imposé par le système agricole moderne, et qu’un autre choix serait préférable ?

IS: La capacité à choisir est importante, dans un monde idéal. Peut-être ne sommes-nous pas dans une situation où nous pouvons offrir ces choix, concernant l’alimentation dans les pays très pauvres. Mais il faut être pragmatique : pouvons-nous nourrir tout le monde et offrir ces choix, de mode de production, de produits, etc ?
Il y a beaucoup d’exemples en agriculture où nous n’avons pas de choix. Un problème bien plus important que les OGM dans les pays en développement concerne aussi le choix : les paysans ont-ils accès aux semences et aux variétés qu’ils veulent effectivement planter, plutôt que n’avoir accès qu’à un nombre réduit de variétés, avec la vente de ces semences controlé par un petit nombre de compagnies ? Ceci restreint les choix fortement, et est un problème bien plus important que les OGM. Nous parions l’avenir de l’alimentation sur un petit nombre de variants génétiques de plantes.
Dans certains pays, la législation empêche les paysans d’avoir le choix de quelles semences et quelles variétés ils achètent et plantent.

MRR: Un exemple ?

IS: Le meilleure exemple que je connaisse vient de Colombie : les riziculteurs sont obligés d’acheter certaines semences, certaines variétés, qui viennent pour la plupart de compagnies américaines. Le nombre de variétés autorisées est très faible. C’est une question importante de choix, et aussi de si nous voulons restreindre l’agriculture à un si petit nombre de variétés.

MRR: Quelle est la justification officielle d’une telle restriction ? C’est difficile à comprendre.

IS: A vrai dire, je ne sais pas. Je trouve cela difficile à justifier d’un point de vue éthique en tous cas.

MRR: Beaucoup d’organisations seraient d’accord avec toi sur ce problème, et disent que les OGM rendent le problème bien pire, qu’ils font partie du problème, pas de la solution.

IS: Mais ces restrictions peuvent s’appliquer à n’importe quelle configuration, pas forcément OGM.

MRR: Mais les OGM peuvent-ils échapper à ce schéma ?

IS: Je pense que, du à la manière dont nous développons les nouvelles variétés, y compris OGM, nous rendons le système plus restrictif. Développer de nombreuses variétés OGM d’une même plante serait juste moins pratique à faire. Donc la compagnie va mettre le gène dans une variété qu’elle a déjà, et qui marche bien. Si le gène marche moins bien dans d’autres variétés, cela coutera beaucoup plus cher et sera donc beaucoup moins profitable de faire des semences variées. La R&D coute très cher en agriculture. C’est donc plus simple et rentable de faire moins de variétés.

MRR: Que penses-tu du riz doré et de la banane enrichie en vitamine A ?

IS: Je pense que le riz doré est en principe une excellente idée. Ca peut résoudre ou aider à résoudre un problème important de déficience en vitamine A. J’ai suivi davantage au début que récemment, parce que cela a démarré avec un biologiste végétal suisse très important. Je ne sais donc pas où le projet en est, mais je pense que c’est une idée excellente.

MRR: Alors quel serait ton mot de la fin pour le moment ? Ton “take home”message sur biologie et OGM ?

IS: Sur la biologie en général, il faut noter que nous ne pourrions pas faire de recherche en biologie sans faire des OGM.
Mais pour conclure sur l’agriculture, je pense que la question est de montrer qu’ils sont surs, ce qui est une responsabilité importante, et d’avoir une discussion équilibrée des anti-OGM sur les risques réels. Si les anti-OGM étaient un peu plus pragmatiques et ouverts à la recherche, on pourrait faire la recherche scientifique pour vérifier la sécurité des OGM, environnementalement et médicalement. Il y a beaucoup de recherche à faire en sens. Les scientifiques doivent être conscients de leurs responsabilités, et les anti-OGM doivent être ouverts à la science, et ne pas se baser sur des rumeurs sur la biologie et les OGM.

Page web du Prof Sanders : http://people.unil.ch/iansanders/

Un commentaire rapide sur le ton des commentaires : contrairement à mes billets de blog habituels, les collègues entrainés dans ces « dialogues » n’ont pas fait le choix actif de bloguer et d’interagir sur internet. Des commentaires trop agressifs ne vont que renforcer l’idée que cette interaction ne marche pas, et aller dans le sens contraire de dialogues constructifs. Donc merci de faire attention au ton.

Dialogues #OGM : Antoine Guisan, Professeur en écologie spatiale

Val Trupchun.jpg
« Val Trupchun » by Earth explorerOwn work. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons.

(Ce dialogue s’inscrit dans une série, voir introduction dans ce billet.)

Marc Robinson-Rechavi (MRR): Salut, et merci d’avoir accepté ce dialogue. Est-ce que tu peux s’il-te-plaît nous résumer en 3 phrases ta formation et ta carrière scientifique ?

Antoine Guisan (AG): Salut ! Licence et diplôme (écotoxicologie lacustre) de Biologie à l’Université de Genève, puis thèse au Conservatoire botanique de Genève sur des modèles de distribution de plantes en milieu alpin, et suite de ma carrière dans le même domaine. Postdoc à Stanford (USA), 3,5 ans comme collaborateur scientifique au centre Suisse de Cartographie de la Faune à Neuchâtel et finalement à l’UNIL depuis 2001 (Prof. assistant puis associé).

MRR: D’où viens-tu en ce qui concerne les OGM ? Quelle était ta position de départ, et où en es-tu aujourd’hui ?

AG: Aucun background dans le domaine des OGMs. Aucune expérience professionnelle en génétique en tant que telle. Premières confrontations avec les problématiques d’OGM durant ma thèse, mais aucune implication directe dans mes projets ou enseignements. J’aborde plutôt cette problématique comme un citoyen connaissant la biologie (mais peu spécialisé en génétique) que comme un spécialiste du domaine. Quelques confrontations lors de forums à travers l’académie des sciences, où j’ai été président de la section V (Biologie ; maintenant disparue) de 2002 à 2004 environ, ou à travers la recherche d’autres collègues dans des programmes communs (par exemple le NCCR Plant Survival, Université de Neuchatel).

MRR: Bon là au départ on est sur la même longueur d’ondes, n’étant moi-même pas spécialiste non plus (voir Podcast). Tu peux nous expliquer en quoi consistait cette section à l’académie, et quel était ton rôle ?

AG: L’académie des sciences naturelles était anciennement organisée en sections par grand domaines scientifiques (biologie, chimie, physique, ..), dont le rôle était de chapeauter toutes les activités de l’académie en lien avec le domaine concerné. L’académie fédère toutes les sociétés naturelles locales et régionales en Suisse, et donc principalement l’attribution de crédits, l’organisation d’activités scientifiques (workshop, conférence, ..), la coordination scientifique, et le lien avec l’éducation et le grand public.

MRR: Et là-dedans, tu as eu affaire aux OGM ?

AG: Il y a eu à un moment donné création de structures internes ou transversales aux sections, les forums. L’un d’eux était le forum génétique, précisément orienté sur le débat autour du génie génétique. Mais je n’y ai pas participé activement, seulement assisté (depuis le public) à un ou deux débats. J’ai été plus impliqué dans le forum sur la biodiversité, qui est encore actif aujourd’hui.

MRR: On n’a pas encore vraiment abordé la question des OGM, là. 😉 Je sais que tu es assez critique, est-ce que tu peux nous donner tes critiques principales stp ?

AG: Je reste effectivement assez critique sur certains points. Mes critiques portent sur deux axes, l’un politico-éthique, l’autre plus scientifique (ou du moins politique des sciences). L’aspect éthique rejoint les questions posées par plusieurs ONG sociales et/ou environnementales, sur l’utilisation faites pas certaines multinationales des développements liés aux OGM, notamment sur la dépendence dans laquelle tombent certains agriculteurs notamment de pays en développement, sur la nécessité de cette technologie pour résoudre certains problèmes de nutritions dans le monde et sur la problématique des brevets sur le vivant. Le grand public est – à mon sens – très mal informé sur ces questions et le rôle des gouvernements est ambigu. Sur cette question, je me positionne surtout comme citoyen interpelé, moins comme biologiste. J’aimerais juste comme citoyen que ces questions soient abordées frontalement par les scientifiques, les gouvernements et l’ONU, et que des limites claires soient établies, notamment sur les brevets liés au vivant (auquel je suis plutôt opposé sur le principe).

MRR: En très bref, si un OGM existait sans brevet, sans implication privée, et dévelopé en toute transparence, est-ce que ces aspects-là du problème seraient levés pour toi ?

AG: Oui, ces aspects seraient pour moi réglés. Mais d’autres pourraient subsister, ce qui m’amène au 2ème axe critique. Celui de notre connaissance sur les conséquences possibles de la dissémination d’OGM dans les milieux naturels. La question qui se pose est : investit-t-on autant dans l’évaluation des conséquences des OGMs sur la santé et les impacts potentiels sur les écosystèmes que dans leur développement ? A mon sens, une société responsable devrait évaluer tous les aspects potentiellement nefastes des OGMs avant de procéder à des cultures à grande échelle. Je ne vois pourtant pas beaucoup de recherches publiées dans la litérature scientifique sur ces impacts potentiels, du moins dans la litérature que je connais (écologie, biogéographie).

MRR: Alors pour moi tes inquiétudes posent une question : qu’est-ce qui est spécifique aux OGM dans ces soucis, par rapport à des hybrides ou des mutants ?

AG: Peux-tu préciser d’abord ce que tu entends par hybrides ou mutants ? Naturels ou sélectionnés par l’homme ?

MRR: Ici j’entends développés par l’homme.

AG: D’une manière générale, le principe de précaution auquel je faisais référence devrait aussi s’appliquer à ces organismes.

MRR: Alors pour être provocateur, a-t-on besoin de réglements sur les OGM, ou sur tous les développements en agronomie ? Les OGM doivent-ils avoir des règles séparées ?
Pour être clair, en Suisse je vois des “villages sans OGM”, je ne vois pas de “villages sans hybrides” ou “sans graines brevetées” ou “sans variétés récemment introduites”. Cette classification fait-elle sens pour toi ?

AG: Je ne savais pas qu’il y avait de telles appellations. Je ne veux pas entrer dans ce débat précis. Mais je dirais à nouveau que nous devrions être prudents sur tout ce qui peut potentiellement amener des effets négatifs sur l’environnement. Je préférerais qu’on aille moins vite sur certains de ces développements agronomiques au bénéfice d’une meilleure compréhension et maitrise de leurs effets en milieu naturel ou sur la santé humaine.

MRR: Là je vois un point potentiellement important : un avantage de la technologie OGM pour ses défenseurs est qu’elle permet de faire plus rapidement ce qui prendrait très longtemps sinon. Donc ton souci est qu’en permettant cette accélération, on a moins de temps pour considérer les conséquences ?

AG : Oui, je suis effectivement inquiet de certaines conséquences nefastes. Beaucoup d’atteintes à l’environnement aujourd’hui résultent de développements qui étaient initialement positifs pour les sociétés humaines. Nous devrions apprendre de ces expériences passées et devenir plus “précautionneux”, et cela s’applique au génie génétique et autres biotechnologies, comme le contrôle biologique (souvent des insectes) de certaines plantes envahissantes. Il s’agit souvent de domaines où des développements économiques sont possibles et ces technologies sont reprises par des multinationales.

MRR: Au fond, ton souci principal n’est pas spécifique aux OGM, mais plutôt sur l’interface science-société au niveau des innovations et des risques. Est-ce que tu peux nous donner quelques pistes qui te paraissent aller dans le bon sens en ce qui concerne cette question au sens large ?

AG: Oui, c’est exactement ça. Je pense que la science produit plus vite qu’elle ne peut être évaluée et surtout synthétisée. Nous avons, je pense, passé un cap il y a quelques années en termes de production scientifique, avec un nombre de journaux et d’articles publiés toujours plus grand. Il en résulte parfois (cela dépend bien sûr du domaine) une difficulté à synthétiser toute l’information scientifique pour répondre à une question donnée. Nous sommes donc à un tournant dans notre manière d’apréhender la science comme outil pour la société : nous devrions investir désormais plus dans la synthèse – ou on parle parfois de “traduction” – de la science pour répondre aux questionnements de la société, comme typiquement le cas des OGM en milieu naturel. Des initiatives commencent à voir le jour pour synthétiser la science, comme c’est le cas en conservation, un domaine que je connais mieux. Un exemple est http://www.environmentalevidence.org, un organisme anglais à vocation internationale qui compile des rapports de synthèse sur diverses questions environnementales. Mais les moyens sont malheureusement encore très limités pour ce type d’activité de synthèse. Cette question du manque de “traducteurs”, ou “médiateurs” entre science et société touche d’ailleurs aussi mon domaine de recherche, un sujet que j’ai abordé très directement dans un de mes derniers articles dans Ecology Letters.

MRR: Alors quel serait ton mot de la fin pour le moment ? Ton “take home”message sur biologie et OGM ?

AG: Exercice toujours difficile! Mais je souhaiterais avant tout un meilleur dialogue entre science et société. Les scientifiques doivent comprendre les craintes des citoyens, et mieux expliquer les bénéfices mais aussi les risques liés aux développements scientifiques. Il faut savoir reconnaitre que la science a amené beaucoup de bon, mais qu’elle a aussi été à de multiples reprises détournée à de mauvaises fins. Et les citoyens et décideurs devraient apprendre à mieux consulter les scientifiques et leur littérature. Mais pour ce dernier point, on en revient à la question de synthétiser et vulgariser le flot grandissant d’informations fournies chaque année. On a plus que jamais besoin de “traducteurs” ou “médiateurs” entre science et société! Un nouveau job pour nos jeunes diplômés…?

Page web du groupe du Prof Guisan : http://www.unil.ch/ecospat/home.html

Dialogues #OGM : Jérôme Goudet, Professeur en génétique des populations

Red campion close 700.jpg
« Red campion close 700« . Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

(Ce dialogue s’inscrit dans une série, voir introduction dans ce billet.)

Marc Robinson-Rechavi (MRR): Salut, et merci d’avoir accepté ce dialogue. Est-ce que tu peux s’il-te-plaît nous résumer en 3 phrases ta formation et ta carrière scientifique ?

Jérôme Goudet (JG): Salut, j’ai une formation d’ingénieur agronome, et j’ai ensuite fait une thèse en génétique des populations au Pays de Galle, je suis depuis 1993 à l’Université de Lausanne et aujourd’hui professeur de génétique des populations.

MRR: D’où viens-tu en ce qui concerne les OGM ? Quelle était ta position de départ, et où en es-tu aujourd’hui ?

JG: Mon directeur de thèse Chris Gliddon était très impliqué dans la régulation de l’utilisation des OGMs puisqu’il faisait partie du comité anglais qui controlait la mise sur le marché ou l’utilisation expérimentale d’OGM qu’ils soient animaux, végétaux, ou microbiens.
(Chris Gliddon est à la retraite, et n’a pas de page web, mais voici ses publications.)
Concernant les OGM, j’étais plutot opposé à cette technologie, surtout au début où des marqueurs du transgène étaient des gènes d’antibiotiques.

MRR: Tu parles des marqueurs utilisés pour la sélection des OGM lors de leur fabrication, c’est ça ?

JG: Exact. Aujourd’hui, j’ai une vue plus nuancée, et je vois des intérêts potentiels comme le golden rice, mais aussi des problèmes, comme les saumons transgéniques à croissance ultra rapide qui pourraient être un probleme environnemental.

MRR: Alors détaillons ces intérêts et problèmes. C’est toi qui m’a envoyé la référence sur le saumon. Est-ce que tu penses qu’il s’agit d’un problème passager de cet exemple précis, ou d’une problématique plus générale ?

JG: C’est la question du “hopeful monster” ou de “Frankenstein”. En partant d’une bonne idée mais dont on ne mesure pas toutes les implications, on libère quelque chose de néfaste.

MRR: Dans Frankenstein, les méchants c’est les villageois. 😉 Alors, comment mesurer “toutes les implications” ? Est-ce raisonnablement possible ?

JG: Difficile en effet. Et c’est bien le probleme du principe de précaution et jusqu’à quel point l’utiliser. Typiquement, les herbicides et autres pesticides ont été utilisés à outrance sans prévoir leurs conséquences sur la santé humaine.

MRR: Existe-t-il un type d’agriculture où l’on maîtrise ces conséquences ?

JG: A priori l’agriculture bio à petite échelle ne devrait pas poser de problèmes.

MRR: C’est un espoir, ou c’est établi ? Et après on s’éloigne de la biologie, mais le “bio à petite échelle” peut-il nous nourrir ? Ce qui me frappe dans ce que je lis sur le bio, c’est qu’il y a beaucoup de décisions a priori, non basées sur des données. Il manque d’études d’impact suivies de décisons raisonnables sur les choix à faire.

JG: On peut penser que moins on met de produits, moins ce sera nocif, et c’est quand même ce qu’il y a derrière le bio.

MRR: Alors certains arguent qu’avec les OGM, on met en effet moins de produits.

JG: je suis d’accord, typiquement le Bt est un bon exemple, et d’ailleurs, il semble qu’il soit adopté par les paysans en Inde.

(Article (ici) précédemment discuté sur ce blog sur la diversité d’insectes près de champs OGM Bt en Chine.)

MRR: Il faut en fait définir “intrants”. Le Bt dans l’OGM est-il plus ou moins d’intrants que la pulvérisation de Bt ?

JG: Bonne question, j’aurais pensé que le champs OGM en produit moins qu’une pulvérisation, et surtout, le produit actif est exactement la ou on en a besoin.

MRR: Pour être complet, des traces ont été trouvées dans les trichoptères (insectes aquatiques) près de cultures OGM Bt.

JG: Ah, c’est intéressant en effet. Reste a comparer ce qu’il en serait d’un champ pulvérisé par rapport au champ OGM…

MRR: Question à mille francs : faudrait-il, si la comparaison est favorable, autoriser les OGM Bt en agriculture bio ?

JG: Pour moi, clairement ! Un OGM, c’est une manière rapide de faire la meme chose que la sélection, qu’elle soit naturelle ou pas. On pourrait imaginer de sélectioner une culture pour l’acquisition de cette résistance, ca prendrait très longtemps peut-être, mais si la pression de sélection est assez forte, ca arrivera.

MRR: Est-ce que je résume ta position honnêtement en disant que tu es contre les OGM spécifiquement avec antibiotiques, mais pas contre des OGMs (potentiels ou réalisés) “raisonnés”, qui te dérangent moins?

JG: Oui, et derrière le terme raisonné il faut aussi penser aux conséquences écologiques et évolutives, pas seulement aux conséquences sur la santé humaine.

MRR: En tant que généticien des populations et biologiste évolutif, avec formation agronomique, est-ce que tu vois des choses à améliorer du coup dans la manière dont on “pense” à ces conséquences ?

JG: Il me semble que la question n’est pas tellement OGM versus non OGM, mais plutot comment limiter les intrants. Et un élément de réponse est de sortir de la monoculture à outrance, qu’elle soit OGM ou autre. Si on a une ressource énorme sur une immense surface, on élimine tout le reste et on attire tout ce qui pourra s’en nourrir. Si par contre on utilise plusieurs cultures différentes, et qu’on laisse des surfaces de jachère, du bocage, on limite les excès, on équilibre la chaine alimentaire, on ne favorise un type de prédateurs plutot qu’un autre etc…

MRR: OK, mais quels tests pourrait-on proposer, en tant que biologistes évolutifs, pour de nouvelles techniques ou approches, qu’elles soient OGM, traditionnelles, ou autres ? Comment essayer de prévoir des conséquences telles que l’impact sur d’autres espèces, ou éventuellement conseiller un “bon usage” de chaque resource ?

JG: Question difficile, ca passe bien évidemment par l’expérimentation scientifique, des essais en labo et en pleins champs, en espérant que des écolos extrémistes ne viennent pas les détruire… Pour Bt par exemple, on pourrait comparer des parcelles de Bt transgénique et des parcelles de culture non OGM avec pulvérisation, et mesurer dans chaque la productivité, la diversité faunistique, les quantités de Bt retrouvées etc… Ca aurait pour mérite de mesurer les conséquences des 2 types de cultures.

MRR: Donc à l’heure actuelle on mesure l’impact sanitaire des OGM sur l’alimentation, et ce que tu proposes c’est de mettre en place des études d’impact écologique. Y compris pour les non OGMs ? Et alors où mettre la limite ? Etudier chaque cépage traditionnel ?
Alors est-ce qu’on peut proposer un tableau des modifications (OGM ou autres) qui présentent des risques potentiels ?
– risque de pollution ? (insecticide)
– risque d’invasivité ? (augmentation de la fitness)
(pour info, voici les missions actuelles sur les plantes de l’ANSES française.)

JG: Mais je pense que c’est comme cela que bossent les comités de veille sanitaire, ou comme ils devraient. En fonction des especes, les risques vont etre différents. Les gros mammifères modifiés ont peu de chances de devenir invasifs par exemple, alors que des plantes, ou des insectes dont on discute comme une source d’alimentation, seraient à beaucoup plus surveiller. Si on prend les amphibiens par exemple (les francais sont des mangeurs de cuisses de grenouille), on peut imaginer qu’un OGM pour faire de grosses cuisses devienne facilement invasif, c’est le cas d’ailleurs d’un crapaud introduit en Australie (Bufo marinus je crois).

MRR: Alors quel serait ton mot de la fin pour le moment ? Ton message “take home” sur biologie et OGM ?

JG: C’est une technologie intéressante et qui a du potentiel, mais dont on doit encadrer l’utilisation. Si on fait l’analogie avec les médicaments, on ne met sur le marché que des médicaments qui ont une valeur ajoutée. Un OGM sans valeur ajoutée (et il faudrait du temps pour définir valeur ajoutée…), non, surtout s’il y a des risques non évalués ; mais si il y a une valeur ajoutée évidente comme le golden rice, pas d’hésitation. Et bien sur, mise sur le marché après tests non seulement alimentaires mais écologiques.

Page web du groupe du Prof Goudet : http://www.unil.ch/dee/home/menuinst/research/group-goudet.html
Prof Goudet sur Twitter : @jgx65

Dialogues #OGM : Nils Arrigo, Chercheur en évolution des plantes

Illustration Trollius europaeus0.jpg
« Illustration Trollius europaeus0 ». Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

(Ce dialogue s’inscrit dans une série, voir introduction dans ce billet.)

Marc Robinson-Rechavi (MRR): Salut, et merci d’avoir accepté ce dialogue. Est-ce que tu peux s’il-te-plaît nous résumer en 3 phrases ta formation et ta carrière scientifique ?

Nils Arrigo (NA): Master en biologie a l’Université de Neuchatel, suivi d’une thèse en botanique dans le cadre du PNR 59 “Risques et bénéfices associes aux OGM”. Notre projet visait a évaluer le risques qu’un transgène passe dans la flore sauvage; par le biais de croisements avec des espèces apparentées. Notre modèle d’étude était le blé, une espèce très autogame (qui s’autopollinise), ce qui laissait présager des risques limités en terme de fuites. Cependant, on a montres que des gènes du blé pouvait passer facilement et assez souvent chez Aegilops, un groupe de céréales apparentées. Nos études ne contenaient pas de blé OGM, mais se basaient sur des cultivars standards (ce qui n’enlève rien a la validité des résultats). (Publications dans Evolutionary Applications et dans Journal of Evolutionary Biology, montrant notamment que tous les génomes ne se transmettent pas avec la même probabilité.)

J’ai ensuite fait un postdoc [travail de recherche post-thèse permettant de se compléter sa formation et aquérir de l’expérience] aux USA, sur la génomique d’un Lycophyte, puis un autre postdoc a l’Université de Lausanne sur la phylogéographie du trolle d’Europe, ainsi qu’une étude sur les conséquences évolutives de l’hybridation. Je démarre en Octobre un projet de trois ans en tant que Group Leader sur l’introgression adaptative (à savoir le transfert de gènes qui ont un effet sur la fitness [survie et reproduction], entre espèces apparentées, via hybridation), dans le cadre d’une expérience d’évolution expérimentale sur la moutarde noire (Brassica nigra).

MRR: D’où viens-tu en ce qui concerne les OGM ? Quelle était ta position de départ, et où en es-tu aujourd’hui ? Si t’as accepté ce sujet de thèse, tu devais avoir une idée au départ, non ?

NA: A priori, plutôt négatif du fait qu’on se focalisait sur l’un des risques potentiels de cette technologie (voir PNR59 pour avoir un aperçu plus large des questions soulevées), mais tout en restant si possible objectif, en basant mes opinions sur des données. Maintenant, je suis plus nuancé ; en ce qui concerne la technique OGM, pour ce qui est de la qualité des produits ou des cultivars je pense qu’il n’y pas de souci particulier par rapport à du conventionnel (pour peu que les conditions de culture soient comparables ; cela ne s’applique pas a des cultures type Roundup-Ready, qui de mon point de vue naïf, pourraient aboutir à des taux plus eleves de résidus que des produits conventionnels ; mais cela demanderait d’aller plus en profondeur dans les études comparatives existantes). Cela dit, je trouve que la majorité des applications mise en oeuvre jusqu’ici (notamment Roundup-ready et Bt) sont un peu frustantes ; dans le sens qu’elles retombent dans les problèmes connus et récurrents des résistances aux produits phytosanitaires. J’aurais espéré qu’au vu du potentiel de cette technique, on vise des produits plus aboutis en termes d’exploitation durable. On aurait aussi pu aller chercher des traits bien plus intéressants dans les cultivars traditionnels et les espèces sauvages (i.e. mieux exploiter la standing variation).

MRR: Est-ce que tu vois des applications qui seraient au contraire positives de la technologie OGM, en cours de réalisation ou potentielles ? Quel serait ton OGM rêvé, ou aucun ?

NA: Elargir les champs d’application des cultivars actuels, par exemple en augmentant leur tolérance aux facteurs environnementaux (climat, sols) qui permette de les cultiver dans des conditions pour le moment inaccessibles. Cela dit, ce type de traits auraient un potentiel adaptatif fort en conditions naturelles, ce qui aggraverait la problématique des fuites dans la flore sauvage (qui peut introduire des problématiques de plantes envahissantes, etc). Des traits du type résistance contre les pathogènes et autres pestes poseraient le même problème. Il faudrait que le trait d’intérêt n’ait qu’un faible avantage évolutif en milieu naturel. Par exemple, des traits qui améliorent les qualités nutritives d’un cultivar seraient intéressants.

MRR: Le riz doré ?

NA: Par exemple oui, je pense que celui-ci part a priori une bonne idée.

MRR: Y a-t-il une ifférence de risque de diffusion d’un transgène à d’autres plantes, par rapport au risque de diffusion d’autres gènes ? (Peut-être dans leurs espèces d’origine, peut-être des versions plus performantes obtenues par mutagenèse et sélection…)

NA: En soi, ils n’ont rien de spécial si ce n’est de contenir un transgène, qui du reste peut être utilise comme traceur (ce qui permet de quantifier les fuites vers la flore sauvage et autres cultivars). Pour ce qui est des risques de transfert, ils sont, a priori, du même ordre que pour ceux poses par des cultivars standards (exemple de cultivars importes d’un autre continent, de variétés obtenues par mutagenèse qui amèneraient des allèles nouveaux, dont le potentiel de “fuite” est identique a celui d’un transgène ; le point important étant leur potentiel adaptatif dans l’environnement où on les fait pousser). Ce qui est spécifique au transgénique, c’est tout ce qui a trait aux brevets et royalties ; il est vraiment difficile de prévenir des fuites vers la flore locale (quand elle est compatible) et les champs avoisinants. On ne peut pas prétendre a un confinement du transgène qui soit absolu, et cela doit être pris en compte dans le cadre juridique. Cette question doit aussi être prise dans son contexte géographique : les fuites vers la flore sauvage ne peuvent se faire que dans les régions ou l’on trouve des espèces suffisamment apparentées, soit souvent sur les continents d’origine des cultivars. Ainsi, cultiver du maïs OGM en Europe, du riz et du blé OGM aux USA, sont moins problématiques (tant qu’aucune espèce apparentée n’y est présente : les egilopes, très proches du blé et d’origine méditerranéenne, sont devenues envahissantes aux USA). (Discuté dans un chapitre du livre Gene Green Technology)

MRR: Mais pour insister, on ne peut pas obtenir un confinement absolu d’une variété non OGM non plus, et un non OGM peut être breveté ou devoir des royalties. Quelle différence ?

NA: Pour cela il n’a aucune différence ; les croisements se font indépendamment de l’origine (conventionnel ou OGM) du cultivar.

MRR: OK, c’est clair.

Alors quel serait ton mot de la fin pour le moment ? Ton  “take home” message sur biologie et OGM ?

NA: Je dirais qu’en elle-même, la technique OGM n’est pas plus beaucoup problématique que d’autres stratégies mises en oeuvre pour obtenir de nouveaux cultivars (mutagenèse, hybridation avec les espèces sauvages). Ce qui peut effrayer, c’est la main-mise, réelle ou perçue, qu’ont les multinationales sur le commerce des semences. En ce sens la technologie OGM est perçue comme un outil de conquête, un peu emblématique, dont il faut se méfier. Que cette idée soit vraie ou non, une telle main-mise peut se faire avec des produits conventionnels, et c’est un aspect de la situation qui est tout autant inquiétant, mais dont les gens semblent moins se soucier.

A titre personnel, je me questionne quant au potentiel réel des OGMs en tant qu’unique source de nouveautés (ce que le débat pro / anti OGM, ainsi que le marketing agroalimentaire nous laissent penser). De fait, les cultivars traditionnels contiennent une diversité bien plus élevée, et cette dernière est probablement plus apte a apporter des solutions a un large spectre des problèmes de production actuels. Quantitativement, les cultivars traditionnels, ainsi que les espèces sauvages, représentent un réservoir de variation énorme et que l’on peut tout autant exploiter. C’est peut-être bien dans ce domaine que la transgenèse offrira les meilleurs débouchés : le transfert est plus rapide que par croisement puisqu’on ne doit pas passer par des dizaines de générations pour stabiliser une variété sur un phénotype d’intérêt, et le produit final est le même. Une telle stratégie serait du reste intéressante, puisqu’elle permettrait de mieux valoriser, et donc de mieux préserver la diversité existante (plutôt que de l’exclure et risquer sa perte si l’on s’en tient a une logique commerciale trop agressive). Pour finir, il serait important que de tels OGM, bases sur des traits existants, soient autant que possible libres de droits et retombent rapidement dans le domaine public.

Publications de Nils Arrigo : http://scholar.google.com/citations?user=BEA01m8AAAAJ&hl=en&oi=ao

Des ONG dont Greenpeace ne semblent pas vouloir d’une politique européenne scientifiquement fondée sur les #OGM

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Il y a un peu plus de deux semaines, j’ai écrit un billet rapide sur une lettre ouverte d’ONG environmentales, dont la plus célèbre est Greenpeace, demandant la suppression du poste de conseiller scientifique à la commission européenne. Depuis, il y a eu quelques réactions à mon billet, des développements dans les médias anglophones, et pour ce que j’en vois aucune couverture dans les médias francophones. Je vais essayer de revenir sur ces développements ici.

D’abord retour sur le contexte : la lettre demandant la suppression du poste cite un seul dossier, celui des OGM. Sur les OGM justement, Greenpeace a un historique de déformation et de citation partielle et biaisée de la recherche scientifique. La recherche scientifique montre que les OGM ne posent pas des risques de santé particuliers, et quand risques environnementaux il y a ils ne semblent pas spécifiques des OGM, et ne justifient pas par exemple une opposition sans nuances à toute solution incluant des OGM (voir exemple du riz doré dans ce billet). De même, l’alarme sur des risques de contamination comme si les OGM étaient radioactifs ou empoisonnés n’ont aucune base factuelle (voir discussion sur le miel, par exemple ce billet).

Autre élément important, la conseillère scientifique sortante, Anne Glover, a soutenu clairement un rapport scientifique rapportant ce que la recherche scientifique montre, que les OGM ne présentent pas de risques particuliers et peuvent parfois être utiles. Ce soutien (voir ici sur euractiv.fr) au travail des scientifiques et aux conclusions basées sur la recherche lui a valu bien sur d’être classée comme vendue aux lobbies. Par exemple corporateeurope.org dit que c’était juste « son opinion personnelle », qu’elle a eu tort de donner. Non, elle a soutenu un rapport d’académies scientifiques, ce n’est pas dur à comprendre quand même.

Au vu de tous ces éléments, et de la lettre elle-même, il est très difficile de ne pas conclure que les ONG signataires ne veulent pas d’un éclairage scientifique sur les discussions politiques concernant les OGM, et que c’est ce qui motive leur demande de suppression du poste. Il s’agit bien d’une demande de diminution de l’information scientifique dans le processus de décision européen.

Alors pour beaucoup ces ONG ne peuvent par principe ne faire que du bien. Je pense que les intentions des membres des ONG en question sont en effet en général bonnes, mais les faits sont les faits, et si on repousse la science, l’empiricisme et la rigueur expérimentale et méthodologique, alors les bonnes intentions ne sauvent pas de dire de très grosses bétises, et le cas échéant ces bétises vous entraînent à des actions inutiles voire destructrices. Je suis frappé dans les réactions par le crédit donné à Greenpeace, et par le peu d’écho que cette affaire a dans les médias francophones. Si un ensemble d’industriels avait écrit la même lettre, en remplaçant « OGM » par « changement climatique », j’ai le sentiment qu’on aurait eu une floraison d’articles défendant le poste de conseiller scientifique contre ces méchants lobbies. (Pour mon point de vue sur la question plus large, voir le billet « Pourquoi est-ce que l’étude Seralini sur les OGM m’énerve ?« .)

Ensuite, la lettre de défense du poste de conseiller (que j’ai signé) a été portée notamment par Sense about science. Après vérification, je ne vois pas de support pour les suggestions d’Enro en commentaire que cette association serait suspecte (merci à NLN pour son commentaire instructif aussi). D’ailleurs la lettre a acquis les signatures de nombreuses associations scientifiques majeures, dont l’assocation des académies scientifiques (y a un biais vers des associations de biologie et biotechnologie, vu le sujet).

Il y a comme souvent une excellent couverture dans The Guardian. Il faut dire que Anne Glover est britanique, ça motive. Dans l’article « War of letters« , on apprend que des associations scientifiques prestigieuses ont signé la lettre de Sense about science, et qu’il y a une autre lettre de soutien au poste de conseiller scientifique, par des organisations majeures de soutien de la recherche biomédicale. Ca vaut le coup de les citer, ce sont des acteurs très importants de la recherche, et des associations à but non lucratif, pas des grosses pharma, et certainement pas des outils de lobbies agro-chimiques :

Cancer Research UK, Alzheimer’s Research UK, Association of Medical Research Charities, Wellcome Trust, Patients’ Network for Medical Research and Health (EGAN), NHS Europe office, Arthritis Research UK, International Brain Tumour Alliance – IBTA, Clinical Research Policy and Campaigns Advisor – Parkinson’s UK.

Et je cite :

Paul Nurse, president of the Royal Society, commented: « There will always be those who attack the messenger because they do not like the message but when that message is backed up by the scientific evidence, politicians should be smart enough to listen to the independent scientific experts. »

On remarque dans l’article et ailleurs une certaine tendance à faire marche arrière de Greenpeace, en disant qu’en fait ce qu’ils veulent c’est une réforme du poste. Bin fallait le dire. Votre lettre, elle est courte et claire, et elle demande la suppression du poste. Ca ressemble plutôt à du contrôle d’erreur de communication qu’à un malentendu sincère à mon avis.

Y a un autre article dans The Guardian, qui commence par un parallèle provocateur entre la suppression du poste de conseiller scientifique à la Maison Blanche par Nixon, et la demande des ces ONG anti-OGM :

The European NGOs calling for the abolishment of the chief scientific adviser, which include Greenpeace, are taking a page right out of Nixon’s playbook. Don’t like the science advice you are getting? Then fire your science adviser. Or better yet, abolish the position altogether so that you’ll never need to hear unwelcome advice in the future.

Mais l’article fait ensuite une analyse intéressante des tensions inhérentes à de tels postes de conseillers, et propose des pistes d’amélioration.

Ce billet est déjà très long, donc je reviendrais par ailleurs sur l’interpellation qui m’a été adressée sur Twitter concernant les perturbateurs endocriniens :

Par contre je ne pense pas revenir sur le commentaire étrange de Martin Pigeon de corporateeurope.org ; je n’arrive pas à voir ce qu’il veut dire, à part démontrer qu’il écrit comme un politicien. Je ne suis pas toujours d’accord avec Wackes Seppi (ni avec personne d’ailleurs), mais « gloubiboulga de commentaire » me parait un bon résumé.

Mise à jour de novembre : le poste a bien été supprimé.

Quel est le coût environnemental du tabac ? #NoTobacco

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Aujourd’hui c’est la journée mondiale sans tabac, et je m’étais promis de faire un billet à cette occasion. Mais voilà, manque de temps, je m’y prends à la dernière minute. Avertissement donc : j’ai essayé de faire attention à mes sources, mais ceci n’est pas un billet super bien recherché. N’hésitez pas à me signaler les erreurs ou de meilleures sources d’information.

Bref, le tabac, on sait tous que c’est un poison, on a déjà évoqué que la nicotine est un insecticide « naturel », et on peut se moquer jusqu’à la fin des temps des anti-OGM qui fument. Mais je me posais la question également de son impact environnemental : le tabac prend de bonnes terres agricoles, et est en grande partie consommé ailleurs qu’il n’est produit, donc est transporté de manière polluante.

D’après le site tobaccoatlas.org, il semble que le tabac soit cultivé sur 3,8 millions d’hectares, dans 124 pays. Bien sûr il y a une grosse variation entre pays, et on constate certains pays pauvres dans lesquels le tabac sert d’exportation alors que la population est sous-nourrie, comme le Zimbabwe ou le Malawi. Le plus gros producteur mondial étant la Chine. Il semble aussi que 10 à 20 millions de personnes puissent être nourries grâce aux terres utilisées par le tabac.

En faisant une recherche de la litérature scientifique, je trouve notamment ceci :

Results The selected studies documented many negative environmental impacts of tobacco production at the local level, often linking them with associated social and health problems. The common agricultural practices related to tobacco farming, especially in low-income and middle-income countries, lead to deforestation and soil degradation. Agrochemical pollution and deforestation in turn lead to ecological disruptions that cause a loss of ecosystem services, including land resources, biodiversity and food sources, which negatively impact human health. Multinational tobacco companies’ policies and practices contribute to environmental problems related to tobacco leaf production.

Tob Control 2012;21:191-196 doi:10.1136/tobaccocontrol-2011-050318

Dans un article plus ancien du même journal, je trouve que ≈200’000 ha de zones boisées sont déforestées pour la culture du tabac par an, soit 1,7% de la déforestation mondiale, 4,6% de celle des pays concernés. Il semble qu’une grande partie soit due à l’usage du bois comme carburant dans la préparation du tabac.

J’ai du mal à trouver des chiffres sur l’impact du transport du tabac, mais en 2000, d’après l’organisation mondiale de la santé, 200 millions de tonnes de tabac auraient été exportées.

J’aimerais entendre ceux qui sont contre la monoculture, ceux qui sont contre l’agriculture d’exportation, ceux qui sont contre l’agriculture productiviste, ceux qui sont contre la déforestation, ceux qui sont concernés par les risques potentiels dans les produits en vente chez nous et ailleurs, j’aimerais les entendre tous condamner sans équivoque le tabac.

Je n’ai même pas mentionné la pollution causée par les mégots jetés n’importe où, avec leurs cancérigènes.

Rappel du coût / bénéfice : le seul produit légal qui tue 50% de ses consommateurs, impact environmental particulièrement dans des pays pauvres / aucun bénéfice.

Le saumon #OGM qui grandit très vite présente-t-il un risque pour l’environnement ?

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Dans mon Podcast Science sur les OGM, j’ai mentionné le cas de saumons OGM grandissant plus vite en aquaculture. Suite à cela, un collègue m’a fait passer un papier de 2004, où les auteurs ont étudié le même type d’OGM que fait dans les saumons, mais dans une autre espèce de poisson, le medaka. Les mâles OGM plus gros ont un avantage de sélection sexuelle, donc ont davantage d’enfants que les plus petits, mais leurs enfants survivent moins bien. En introduisant ces paramètres dans un modèle mathématique de dynamique de populations, ils trouvent que grâce à l’avantage des mâles, le gène OGM envahit une population, mais qu’ensuite la population s’éteint à cause du désavantage qu’apporte ce gène sur la viabilité.

saumon de Wikipedia

medaka de Wikipedia

Ce papier est intéressant, et pose des questions importantes pour la manipulation de la croissance des poissons. Mais les conclusions dépendent de données expérimentales sur le medaka, qui n’est pas un saumon, au labo pas dans la nature, et de la modélisation utilisée. Du coup j’ai cherché à en savoir plus, et voici le résultat de cette recherche.

Dans un autre article, de 2007, on trouve qu’en conditions typiques d’aquaculture, les saumons OGM grandissent trois fois plus grands que les non OGM dans le même temps. Quand ces saumons géants sont mis en conditions simulant la nature, ils ont un impact prédateur très important. Par contre, quand ils sont élevés du départ en conditions simulant la nature, ils ne sont plus grands que de 20%.

Dans un article de 2010, trois types de saumons ont été mis en compétition pour la reproduction en milieu immitant la nature (courant d’eau, cailloux au fond) : des sauvages, des issus de ferme non OGM, et des issus de ferme OGM. Les « cultivés » non OGM ont des mâles plus petits, et n’ont produit que 11% à 14% des petits, en partant de 50-50 cultivés – sauvages. Quand on utilise des cultivés OGM, ils sont plus grands mais sont nuls en reproduction, et ne produisent que 2% à 6% des petits. Un autre article de 2011 observe des résultats similaires, mais conclut :

Although transgenic males displayed reduced breeding performance relative to nontransgenics, both male reproductive phenotypes demonstrated the ability to participate in natural spawning events and thus have the potential to contribute genes to subsequent generations.

Dans un article très intéressant de 2013, les auteurs montrent d’abord que le saumon OGM Salmo salar (saumon atlantique) peut s’hybrider avec l’espèce proche Salmo trutta (truite brune ; truites et saumons ne sont pas des groupes taxonomiques à proprement parler, mais on s’éloigne du sujet là). S’hybrider, cela veut dire en l’occurrence que ces deux espèces proches peuvent se reproduire et avoir des petits viables. Et surtout, ils comparent les hybrides avec les deux types parents, S. trutta sauvage et S. salar OGM. Déjà, surprise, l’hydride grandi plus vite que les deux autres types en conditions d’aquaculture. Et surtout, lorsqu’on mélange dans des conditions simulant la nature hybrides, S. salar OGM et S. salar sauvage, les hybrides ont un avantage sélectif net, baissant la croissance des deux autres types de 82% et 54%. Ceci implique que si des saumons OGM s’échappent dans la nature, et se reproduisent avec des saumons sauvages, c’est leur progéniture (les hybrides) qui risque de poser problème.

A noter qu’il y a une réponse publiée à cet article, qui fait notamment remarquer qu’ils ont élevé les saumons hybrides en conditions d’aquaculture, et non en conditions immitant la nature. Donc on ne sait pas comment les hybrides se débrouilleraient dans des conditions plus difficiles (par exemple nourriture limitée). A noter la déclaration de conflits d’intérêts de cette réponse, mais la remarque reste valide :

I was Vice President for External Affairs at Aqua Bounty Technologies from 2001 to 2008, where I had responsibility for preparing an environmental impact assessment of the commercial use of transgenic Atlantic salmon. I have no present or continuing affiliation with or financial interest in the company.

Par ailleurs, et comme me le faisait remarquer un collègue, aucune de ces études ne semble modéliser la survie à l’hiver, qui devrait logiquement pénaliser les saumons OGM à croissance rapide.

Alors que conclure de tout cela ?

A mon humble avis, il n’est pas démontré que le saumon OGM à croissance rapide (on peut imaginer d’autres saumons OGM qui auraient des propriétés complètement différentes, voir billet « les OGM n’existent pas ») présente un risque environnemental, mais ce risque reste possible, et en l’état des connaissances pas improbable. Donc je dirais que l’on est dans un cas où le principe de précaution peut s’appliquer de manière justifiée et rationnelle : ne pas cultiver ces saumons à grande échelle avant d’en savoir plus.

Compléments et commentaires sur mon Podcast sur les #OGM

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J’ai récemment été invité à discuter des OGM sur Podcast Science. Bien que je ne soit pas un spécialiste du sujet, Alan mon hôte a tenu à m’interviewer, rapport à mes billets de blog sur le sujet.

Comme je l’ai écrit brièvement en commentaire sur le site du Podcast, Christian Fankhauser, un collègue biologiste moléculaire des plantes, et pas directement impliqué dans les OGM et les semences, m’a transmis quelques commentaires intéressants que je vais développer ici.

1) OGM et allergie. Il existe un cas bien documenté où le gène d’une espèce de pois à été transmis à une autre afin de le rendre résistant à un insecte. La résistance à l’insecte a très bien fonctionné, mais le pois GMO est allergène (alors que ds le pois d’origine ce n’est pas le cas). A vrai dire on ne sais pas vraiment pourquoi, mais on pense que c’est les modifications glucidiques de la protéine qui sont en cause. Je donne toujours cet exemple car il démontre que les tests effectués sont efficaces alors que si tu fais venir de nouvelles variétés obtenues par croisement ces tests ne sont souvent pas mis en oeuvre et il n’y a aucune raison de penser que la même chose ne pourrait pas arriver…

http://www.gmo-compass.org/eng/news/stories/175.gm_peas_australia_cause_immune_response.html

Yo, excellent exemple, merci. Exemple qui peut plaire aussi aux anti-OGM : oui il peut arriver que des interactions imprévues arrivent ! Mais (1) on sait les détecter, (2) on ne les a pas détectées dans les autres OGM, et (3) on ne teste pas les hybrides et mutants non OGM pour de telles interactions.

J’en profite pour réagir à une remarque de Martial de Montmollin sur Twitter :

Je serais ravi de recevoir une référence me montrant que j’ai tort (à nouveau, je ne suis pas spécialiste des OGM), mais pour ce que j’ai vu, l’homologation des semences non OGM ne comprend pas les tests que doivent passer les OGM. La notion de « sanitaire » dans ce contexte semble être surtout une garantie que les semences ne portent pas de maladies. Cf Wikipedia et le Groupement national interprofessionnel des semences.

2) ouviers agricoles qui s’empoisonnent en cueillant des patates qui tombent malades. t’as une référence? aussi il serait utile de rappeller que la patate crue est toxique c’est pour ça qu’il faut absolument la cuire.

Comme écrit en commentaire sur le site de Podcast Science, je me suis trompé en direct live, c’est le céleri qui cause des problèmes de santé aux ouvriers agricoles. Reste qu’une plante non OGM peut tout-à-fait être toxique et avoir des conséquences conséquente, et que je n’entends pas réclamer son interdiction.

3) Une étude sur les OGM Bt en Chine est intéressante car elle montre que même sur des plantes non-OGM dans le coin il y a moins d’insectes (je peux te trouver la référence je crois que c’était il y a 2-3 ans ds nature). Suis d’accord avec toi sur le manque de bonnes comparaisons avec d’autres techniques pour donner du Bt.

Il m’a ensuite envoyé la référence, Lu et al Nature 2012. Etude en effet très intéressante, que ne l’ai-je vue plus tôt. L’introduction de cotton OGM Bt a conduit à une augmentation des insectes prédateurs, ce qui a conduit à une diminution de leurs proies, spécifiquement les pucerons. Donc il y a bien une diminution de certains insectes, y compris sur les plantes environnantes non OGM, mais c’est parce qu’il y a moins d’insecticide, et donc plus de prédateurs. Donc davantage de lutte « biologique » contre les insectes nuisibles aux cultures. Second effet kiss-cool.

C’est à ce moment-ci que les critiques des OGM me montrent leur ouverture d’esprit en admettant que c’est un effet positif du cotton Bt.

4) OGM et variétés…il est clair que les OGM comme n’importe quelle varité nouvelle doivent être croisé dans toutes les variétés locales afin de pouvoir être utilisé

Oui, mieux dit que moi, merci.

5) les OGM doivent être traité comme n’importe quelle variété « naturelle » si on veut éviter les résistances et c’est possible (par exemple dans un champs avec une variété Bt resistante il faudrait laisser 5-10% de plantes non-Bt resistantes).

On est d’accord, voir ce billet sur la résistance des insectes au Bt.

6) « contamination » beaux exemples d’espèces invasives. quels sont les exemples de l’agriculture classique invasive?

Je pense que Christian fait référence aux exemples du courier de Martial de Montmollin qui a été cité à l’antenne. Je ne connais pas d’exemples d’espèces invasives issues d’agriculture classique, mais une recherche rapide trouve cette référence :

Horticulture as a Pathway of Invasive Plant Introductions in the United States. Most invasive plants have been introduced for horticultural use by nurseries, botanical gardens, and individuals. BioScience (2001) 51 (2): 103-113

Donc il semble que l’horticulture (non OGM) soit coupable de beaucoup d’espèces de plantes invasives. Faut réglementer les jardineries (quoique ce soit probablement trop tard dans la plupart des cas).

7) Variétés OGM et autres variétés: en occident quasiment personne n’utilise ses propres graines en particulier pour des plantes ou il y a le hybrid vigor c’est-à-dire seul la F1 entre 2 parents différents est très vigoureux (e.g. le mais), mais aussi pour d’autre car chaque année on fait des projections sur les pestes les plus probables donc on plante les variétés avec les gènes de resistance appropriés.

Très intéressant, je ne connaissait pas les détails concernant la projection des pestes probables. Ce qui confirme que ce n’est pas à cause des OGM que les agriculteurs achètent généralement leurs graines plutôt que de les réutiliser.

8) je ne crois vraiment pas que Duboule était impliqué dans le PNR59 qui a testé les OGM en Suisse, je peux te trouver le responsable du projet.

En effet, erreur de ma part, comme écrit en commentaire sur le site de Podcast Science (voir liens là-bas).

9) Golden rice aux Philipines, il n’a pas été développé là, mais ils font un truc très important il croisent ce riz dans toutes les variétés locales ce qui est essentiel si on veut pouvoir les utiliser.

Oui en effet, je connais bien l’histoire mais j’ai fait un racourci un peu brutal à l’oral ; histoire détaillée dans ce billet.

Globalement, j’ai trouvé le Podcast une expérience intéressante et amusante, et qui apparemment m’a permis de toucher des gens qui ne lisent pas ce blog, mais je préfère l’écrit où il est plus facile de vérifier les détails, les sources, et d’utiliser le terme juste.

Un autre collègue m’a envoyé un lien très intéressant sur les saumons OGM, mais il faut que je creuse un peu avant de rapporter, c’est compliqué.

Voir aussi la discussion au site du Podcast Science, intéressante sur la difficulté réciproque du dialogue sur les OGM.

Surprise ! Les insectes développent une résistance à un insecticide #OGM après qu’on en ait abusé

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Le maïs OGM Bt produit un insecticide issu d’une bactérie (voir ce billet par exemple). Ca marche très bien, les paysans économisent des insecticides couteux et dangereux pour leur santé et pour l’environnement. Donc ils utilisent beaucoup, en tous cas aux Etats-Unis où ils en ont le droit. Beaucoup beaucoup beaucoup. Et qu’est-ce qui se passe quand un insecticide unique est utilisé énormément sur un immense territoire ? Une pression de sélection très forte sur les insectes cibles pour développer une résistance à cet insecticide spécifique. Les scientifiques (vous savez, les affreux individus vendus aux multinationales) ont bien averti du problème, et proposé des solutions : varier les insecticides (mais vu le bazar que c’est de mettre un nouvel OGM sur le marché, et que personne n’aime épandre des insecticides, c’est pas gagné), varier les cultures, et planter des îlots de maïs non Bt au milieu des cultures Bt, afin de donner une bonne chance aux insectes non résistants de se maintenir. Mais voilà, les compagnies qui produisent le maïs Bt veulent gagner des sous, les paysans veulent gagner des sous, et les solutions ci-dessus ne font pas gagner plus de sous à court terme. Et la résistance se développe, comme rapporté dans un article récent de Gassmann et al. dans PNAS, bien expliqué dans un article de vulgarisation en anglais dans Wired. Notons quelques points intéressants :

  • Bin oui, l’évolution existe, si on met une pression très forte sur une espèce avec un pesticide, elle va développer une résistance si elle a une taille de population suffisante pour accuser le coup (en général les espèces qui nous gènent sont abondantes). Soit dit en passant, avec une pression plus faible la résistance va aussi se développer, ça risque juste de prendre plus longtemps. Mais s’il y a une niche disponible « manger les plantes que cultivent les humains », elle sera prise.
  • Les pauvres paysans forcés de planter des OGM contre leur plein gré, quand ils ont le choix non seulement ils les achètent et les plantent, mais ils les plantent davantage que n’est conseillé. Ca ne colle pas trop au scénario des paysans victimes là.
  • Quand une compagnie vous dit que son produit va marcher pour toujours, ne la croyez pas.
  • Les scientifiques avaient prévu le coup et averti. Quand on comprend ce qui se passe au lieu de hurler, on peut comprendre que les OGM ne sont pas des poisons, qu’ils ne détruisent pas forcément la biodiversité, qu’ils sont divers (voir ce billet), et aussi que ce ne sont pas des solutions magiques, et que la biologie impose de prendre en compte l’évolution et la génétique des populations.
  • Finalement, tout ceci n’a qu’un rapport assez indirect avec les OGM. Si un insecticide quelconque était utilisé de manière aussi large et systématique, une résistance se développerait, que ce soit par pulvérisation ou par OGM. Et c’est arrivé, exemples sur Wikipedia en anglais. Mais ça fait des titres de presse tellement plus vendeurs si on peut dire que c’est un échec des OGM plutôt que de l’abus d’insecticide unique.

Alors c’est vrai que l’OGM maïs Bt encourage à utiliser uniquement ou largement l’insecticide Bt. Mais en principe, rien dans la technologie n’interdit de préparer des graines ayant différents insecticides, et de vendre ensuite des sacs de graines mélangées, permettant de semer des plantes toutes résistantes, de manières diverses. Mieux, des chercheurs ont développé un OGM qui produit une phéromone d’attraction de papillon pour les attirer ailleurs que vers les cultures à protéger (magazine en anglais, article libre accès), et une autre équipe développe un blé qui produit une molécule signalant le danger aux pucerons (communiqué de presse). Résultat attendu dans le deuxième cas : faire peur aux pucerons et attirer leurs prédateurs. Une super solution, parce que le développement d’une résistance parait bien moins probable, vu qu’on ne tue pas les insectes, on les redirige juste. Mais il vaut bien mieux interdire tout ça, c’est des OGM après tout, et continuer à utiliser des insecticides (rappel : le Bt est autorisé en culture bio, ça vient « naturellement » d’une bactérie), auxquels des résistances évolueront, OGM ou non.

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Note : je reçois des tonnes de spam dans les commentaires, et je n’ai pas le temps de tout vérifier. Alors si vous commentez et que ça n’apparait pas dans les 12h, contactez-moi par Twitter @marc_rr.