Ne mélangez pas « il n’y a pas un gène pour ça » et « ce n’est pas génétique »

Carte des résultats les plus significatifs pour divers traits sur le génome humain. Cliquez pour l’original interactif.

Entre les années 1970 et 2000, il y a eu une mode de recherche de gènes « pour » des tas de caractères compliqués, du style l’obésité, l’intelligence, la réussite, l’homosexualité, la tendance à chercher des gènes, etc. Et en contre partie, les critiques de ces études mettaient en exergue le fait que ces traits ne soient pas déterminés par les gènes. Exceptionnellement, les deux extrêmes avaient tort, et la vérité est plus complexe.

Pour comprendre la discussion, prenons un exemple moins controversé : la taille. Qui plus est, c’est facile à mesurer sans ambiguïté, contrairement à l’intelligence ou l’orientation sexuelle.

  • La taille a une composante héréditaire : si les parents sont plus petits, les enfants sont plus petits.
  • Cette composante héréditaire n’est pas due juste à un environnement partagé, mais bien à une part génétique : mêmes adoptés, même dans un environnement très différent, des enfants auront une taille plus grande si leurs parents sont plus grands.
  • Mais il y a aussi une part environnementale : si des enfants grandissent avec plus ou moins à manger, une nourriture plus ou moins diversifiée, plus ou mois accès aux soins ou pas, etc, ils seront plus ou moins grands ; ce qui est illustré par l’augmentation de taille de la population de chaque pays lorsqu’il se modernise : ce n’est pas la composante génétique qui change.
  • Mais mais, il n’y a pas un gène de la taille ! La taille est le résultat de nombreux effets, interactions entre de nombreux gènes et de nombreux facteurs environnementaux.

Avec cet exemple, on voit que ce n’est pas un simple choix « il y a un gène qui détermine », ou « ce n’est pas génétique ». De nombreux gènes influencent la taille, et c’est le cas pour la plupart des caractéristiques complexes qui sont intéressantes. Chacun de ces gènes a une contribution individuelle très mineure : il n’y a même pas 5 ou 10 « gènes de la taille ».

En fait, tellement de gènes sont impliqués, avec de si faibles contributions, que lorsque l’on a commencé à faire des études grande échelle de recherche des gènes impliqués dans la taille, on n’a presque rien trouvé. Alors avec d’un coté une composante héréditaire claire, d’autre part pas de gènes détectés, on a parlé d’hérédité manquante. Il y a eu beaucoup de spéculations sur le rôle des interactions entre gènes ou autres phénomènes pouvant expliquer la différence entre rôle des gènes détectés (peu) et hérédité (élevée). En fait, c’est juste que les effets sont tellement faibles qu’il faut beaucoup de données pour les mesurer avec confiance, donc des études avec les génomes de beaucoup de personnes : 253’288 individus pour trouver 697 variants génétiques qui expliquent 1/5ème de la variation de taille dans Wood et al 2014 ; « seulement » 44’126 individus, mais avec de meilleures données génomiques (séquences complètes et non variants prédéfinis) et une meilleure méthode pour expliquer 56% de la variation de taille avec … 17 millions de variants génétiques dans Yang et al 2015.  Il y a bien un effet génétique fort (56%), mais qui n’est absolument pas attribuable à un ou quelques gènes (dix-sept millions de variations !).

Et c’est là qu’on peut revenir aux débats sur « le gène de l’intelligence ». Il est clair que des traits tels que l’intelligence, à supposer que l’on puisse les définir objectivement, sont le résultat de l’interaction de nombreux effets, et que certains seront génétiques et d’autres environnementaux. Il est donc illusoire de chercher « le gène ». Mais il est également illusoire de penser qu’il n’y a pas de part génétique.

Cette dernière phrase peut être surprenante pour beaucoup de gens, en tous cas dans mon expérience. Il y a l’idée que de reconnaître une part génétique de traits importants socialement serait inégalitaire ou déterministe. Et une résistance de certains en sciences humaines à l’idée que la biologie serait pertinente à comprendre le comportement humain.

Pour le déterminisme, reprenons l’exemple de la taille : face à l’héritabilité importante de la taille, serait-il justifié qu’il ne sert à rien de bien nourrir les enfants pour les aider à grandir ? Non, tout le monde grandira mieux s’il est bien nourri. Par exemple les français semblent avoir gagné 5 cm en moyenne entre 1960 et 1990 (Wikipedia) (à noter aussi pour tous les nostalgiques qui pensent qu’on était tellement plus sains avant). De même, ce n’est pas parce qu’il y a des facteurs génétiques pour des traits comportementaux complexes qu’il y a une fatalité. Et de toutes façons, s’il y a une composante génétique il y en a une, que ça fasse plaisir ou non.

Alors y a-t-il des éléments de preuve pour une composante génétique pour l’intelligence ? L’intelligence en soi c’est très difficile à définir objectivement, mais il commence à y avoir des éléments concernant des traits de ce type. C’est un domaine en évolution rapide, donc résultats à prendre avec des pincettes, surtout si vous tombez sur ce billet quelques temps après sa publication en janvier 2017.

Okbay et al 2016 ont étudié 293’723 personnes (avec réplication des résultats dans un autre groupe de 111’349 personnes). Ils ont trouvé  74 variations dans le génome qui sont associées au nombre d’années d’études. De manière intéressante, ces variations sont surtout dans des gènes actifs dans le développement embryonnaire du cerveau. Ce qui tend à conforter l’idée que ce soient des résultats pertinents et non dus au hasard.

Approche différente : des régions du génome peuvent être manquantes ou au contraire en double chez certaines personnes. On les appelle Copy Number Variants. Männik et al 2015 ont caractérisé chez 7877 estoniens en bonne santé ces Copy Number Variants et ont trouvé que les personnes ayant de gros morceaux d’ADN en trop ou pas assez avaient moins bien réussi leurs études que les autres personnes.

Enfin, Ganna et al 2016 ont cherché les variations génétiques très rares (observées une seule fois jusqu’ici), dans 14’133 personnes. Ils trouvent que les personnes ayant des mutations affectant la fonction d’un gène ont une réussite éducative plus faible, et ceci spécifiquement pour les gènes actifs dans le cerveau.

Au final, les humains sont des animaux, et il n’y a pas de raison de penser que notre comportement et nos capacités ne soient pas en partie génétiques. En acceptant cela, il faut garder à l’esprit que :

  1. nous sommes chacun le résultat d’une interaction génome x environnement ;
  2. ce n’est pas pour autant qu’il existe un « gène pour X » ;
  3. détecter ces composantes génétiques est très difficile, et nous n’en sommes qu’au début, donc prendre chaque résultat individuel avec des pincettes (y compris les exemples donnés ici) ;
  4. et donc ne pas croire tout titre provocateur « l’intelligence vient de la mère » ou je ne sais quoi ;
  5. la variation génétique ne correspond pas aux « races » traditionnelles (qui ne correspondent d’ailleurs à rien).

21 réponses à “Ne mélangez pas « il n’y a pas un gène pour ça » et « ce n’est pas génétique »

  1. Un très bel article pour bien commencer la journée, j’aime la façon simple et directe avec laquelle tu amènes le propos et présente clairement ce qui au fond est d’une complexité infinie.

    Un article à savourer que je mets déjà dans mes best of … pas le temps ce matin de te poser quelques questions qui me viennent sur le lien qui peut exister entre gênes, et aspect macro beaucoup plus complexes (je pense notamment ici à des comportements ataviques du type parade amoureuse, utilisation d’outils, reconnaissance d’un partenaire sexuel, etc.)

  2. d’accord avec Théo, tres bon post. Merci.

    • Maintenant je sais que si je suis grand et que je n’ai pas fini mes études en Biologie c’est à cause de mes parents … il y avait trop de gênes dans l’histoire, avec des mutations rares et en surnombres :D.

      J’espère juste que ma fille aura tout hérité de sa maman et que le hasard aura retiré tout les trucs en trop 🙂

  3. Après mes petites digressions avec Julien, je vais essayer de revenir sur le sérieux de ton article …

    Il y a un truc que j’ai du mal à conceptualiser et qui me chiffonne depuis un moment. Si j’arrive à comprendre qu’un nombre important, voir colossal de gènes s’associent pour exprimer un phénotype aussi vaguement défini qu’une personne intelligente, ou adaptée aux études longues … j’ai plus de mal à concevoir les mécanismes à l’oeuvre dans l’expression des gènes qui conditionnent des comportements, pourtant clairement associés à l’espèce et donc fatalement aux gènes.

    Ainsi peut-on, a-ton pu, déterminer les séries de gènes qui caractérisent la performance de la parade nuptiale du paradisier? Ceux qui permettent qu’un membre d’une espèce donné puisse reconnaitre et identifier un autre membre de son espèce (c’est déjà d’un point de vue intelligence et selon mon point de vue d’informaticien exceptionnellement difficile) qui plus est apte à être un partenaire sexuel ? Comment des comportements ataviques, primitifs et pourtant éminemment complexes, propre à une espèce, peuvent s’inscrire dans la chimie d’un génome? Comment et par quelle magie, la transcription du génome en protéines diverses et variées peut aller jusqu’à créer des comportements d’une (très) grande complexité? Où réside la mémoire de cela, éparpillée dans multiples gènes?

    J’étends ces questions aux humains, à notre espèce, qu’est ce qui de nos attitudes, de nos pensées, de nos inclinaisons, peut être due à notre génome et ce qui peut être du à notre milieu? Dans ma sensibilité, mon humour, de quoi j’hérite, qu’est ce je crée?

    Je vais certainement un peu loin, mais il y a la pour moi une barrière conceptuelle que je n’arrive pas à franchir. Si tu as des éléments de compréhensions ou au moins d’éclaircissements à me fournir, je suis preneur.

    PS: Je ne sais pas si il y a une quelconque secte révisionniste qui pourrait s’emparer de mes questions pour mettre la génétique au pilori, ce n’est pas mon cas. Je suis fermement convaincu du bien fondé de la démarche d’exploration, des méthodes et du bien fondé de la génétique (ce serait même étrange et risible de le contester) … mais parfois, et là c’est le cas, elle me plonge dans un abime de perplexité. Ce sont les questions qui font avancer … ce sont aux chercheurs d’essayer d’y apporter une réponse 😉
    Au boulot !

    Bonne soirée, amicalement, Théo

    • Je me réponds pour préciser ma pensée.

      Ce qui me perturbe c’est que quand on parle de l’observation statistique d’un phénotype particulier, on parle d’expressions potentiels d’un génome dans un environnement particulier, culturel essentiellement dans le cas de l’espèce humaine et pour les exemples relatés (niveau d’étude par exemple). C’est l’expression d’une potentialité (est-ce que mes gênes m’ont bien câblés ou non) … Or ce que je ne conçois pas c’est l’expression directe, non pas d’une potentialité, mais d’un comportement précis.

      Tout les paradisiers font le même type de parade, avec plus ou moins de succès et des variantes. C’est la même chose pour de très nombreuses espèces. Je suis sur que si on isole un animal d’une espèce donnée, et qu’on le met brutalement au milieu de ses semblables à un âge mature, il sera tout à fait apte à reconnaitre et à se trouver un partenaire et à se reproduire.

      Or les comportements de reproduction, comme la reconnaissance entre partenaire, sont bien propres à une espèce, et donc nécessairement codés quelque part dans les gênes… mais comment passer de la chimie des gênes à la complexité de comportements sociaux?

      Ou alors à faire l’hypothèse que j’évacuais peut être trop vite en écrivant « Je suis sur que si on isole un animal d’une espèce donnée … » qu’il y a bien une transmission culturel des comportements chez les animaux. Ce qui m’aiderait à comprendre. Mais je ne suis pas persuadé qu’on puisse opposer cet argument à toutes les situations (notamment chez les insectes).

      Quelques petites choses éclairantes à m’apprendre ?

  4. Je reprends le fil de mes idées …
    En fait ma question revient à celle-ci :
    Existe-t’il une phylogénie des comportements qui recouvre celle classique des caractères physiques?
    Si non, comment s’élaborent et se transmettent entre individus d’une même espèce ces comportements?
    Si oui, comment des comportements aussi complexes qu’une parade nuptiale peuvent être codés dans le génome? Qu’est-ce qui peut expliquer leur évolution entre espèces (est-ce que c’est étudié?).

    J’imagine la complexité d’un réseau de neurones correspondant à ces comportements, elle doit être très sensible aux variations d’expressions génétiques (si elle en est héritée), est-ce qu’on peut modéliser ça? Est-ce que la complexité d’un tel réseau peut être simplement encodé dans nos gênes? Comment se mettent alors en place, par quelle influence chimique, ces réseaux?

    Est-ce que quelqu’un c’est amusé chez les humains à étudier l’hérédité des traits de caractères, ce qui doit représenter ne vraie difficulté méthodologique, mais pourrait être intéressant pour répondre à ma question. Quelle est la part de la culture et celle de la génétique dans le grand bazar qui fait l’identité d’un individu (qu’il soit insecte ou humain)?

  5. Comme le dit si bien ma belle-mere, « De toutes facons, inne ou acquis, ce sera de ma faute. »

  6. Salut, on me souffle à l’oreille que l’exemple de l’intelligence ne serait pas pertinent. Pas tellement pour le débat inné / acquis, que parce que la notion elle-même n’est pas définie.

    Autrement dit tu te retrouverais à faire ce que tu reproches aux autres 😉
    Les OGMs ça n’existe pas, les races ça n’existe pas (tiens, et les « produits chimiques » ça n’existe pas)… pareil pour l’intelligence! Dans tous ces cas on parle de choses qui ont l’air définies mais sont tellement différentes pour tout le monde, et contestables scientifiquement, que finalement mieux vaut éviter d’utiliser ces termes dans ce contexte. Non ?
    (et dans la plupart de ces cas il existe bien une définition formelle, mais assez inutile dans les conversations tellement elle est différente de l’acceptation populaire, acceptation populaire qui varie selon les gens en plus rha c’est pas facile tiens)
    Après tout ton raisonnement se tient aussi bien avec la taille.

    Oui bon je sais tu as écrit « des traits tels que l’intelligence, à supposer que l’on puisse les définir objectivement ». Mais bon voilà. Disons que c’est peut-être insuffisant comme précautions oratoires.
    Et puis ça m’amusait de te reprendre. 🙂

    Apres pour me répondre à moi-même, c’est peut-être une question de formulation, passque l’exemple est plutôt provoc et marrant. Peut-être sous forme d’addendum, ou de clin d’oeil, genre « je sais ça n’existe pas mais si jamais ça existait alors voilà ».

    • Bonjour Julien,

      C’est intéressant ta remarque … la différence entre ce qui est objectivement observé et mesuré dans un protocole de recherche, et le sens « humain » que l’on veut bien lui donner. Il y a incontestablement un lien statistique entre les données observées et le modèle proposé. Est-ce que ce lien fait sens?
      Si je ne peux limiter ma conception de l’intelligence à celle de poursuite d’études supérieures (qui implique aussi et surtout d’autres paramètres sociaux), puis je rejeter néanmoins totalement cette étude? Dans cette étude ce qui est objectivé n’est pas « l’Intelligence » dans sa conception étendue, mais bien un aspect « rationalisé ». Il en va de même pour les races, on peut les faire apparaitre en regardant par le petit bout de la lorgnette, c’est un artefact de méthode… qui peut s’accepter si on limite la notion de « race » à l’aspect observé. Ce qui rend alors insupportable cette facilité, c’est la charge politique, sociale, affective que porte ce mot (et l’ensemble des horreurs qu’il contient) qui ne peut pas s’accepter dans cette conception limitée.

      Par contre je reviens sur ma notion de comportement, qui pour le coup par contre me semble beaucoup plus objectivable … personne n’a réagi à mes posts… Parce que j’écrivais des énormités? Si je déconne, je préfère qu’on me le dise, histoire que j’apprenne et que j’évite de creuser mon trou.

      Théo

      • Le problème en fait c’est qu’il est TRES difficile d’avoir une vision holistique / systémique d’un caractère étudié à travers une seule, et même plusieurs dizaines, d’études. C’est un peu le même problème, sa symétrie quasiment, que la multiplicité des gênes rentrant en compte dans le phénomène observé. Ce phénomène présente autant d’aspect dans son acceptation et son sens général que de gênes qui présideraient à sa caractérisation phénotypique.

        Julien par contre, sur la taille, il me semble que ce caractère au moins est plus facilement objectivable… sur ce point je crois que ta démonstration ne tient pas.

        Théo

        • Ouah je me sens un peu tout seul dans le désert là … je dis vraiment trop de connerie ou c’est parce que je suis hors sujet que personne ne réagit ?

          Je suis en même temps impatient d’avoir des éventuels éléments de réponses, ou au moins des pistes, à mes interrogations ; que dépité ou plutôt inquiet d’avoir été complètement hors propos.

          Help 🙂

          The man in the bottle

        • réponse courte: sur la taille, c’est justement ce que je disais. Ce n’était peut-être pas clair.
          Je reformule:

          le raisonnement [de mrr] est bon, mais l’exemple de l’intelligence est contestable. Donc mieux vaut rester sur l’exemple de la taille.

          Voilà, donc mon cher Théo on dit la même chose. Je crois.

          Après sur le reste, sur l’intelligence, je laisse parler skrol qui s’y est intéressé alors que moi non.

  7. Très bonnes explications sur la première partie.
    Pour la partie concernant l’intelligence, pour moi il y a trois problèmes qui ressortent : problème de cadre, problème de logique et problème de modèle (ce dernier point pourra peut-être faire une réponse à Théo).
    Je vais m’expliquer sur ces 3 points avec des messages différents ce qui me permettra de faire des pauses entre deux.
    Je tiens déjà préciser que j’adore le côté irrévéretieux et politiquement incorrecte de la science qui semble s’amuser à nous rappeler régulièrement que nos plus solides intuitions ne valent pas un sou et qui nous remet à notre place de poil de cul dans l’univers.

  8. 1) Problème de cadre
    De l’aveu même de ceux qui creusent le plus la question (essentiellement des psychologues, mais aussi des neurologues, …) , encore aujourd’hui l’intelligence n’est pas définie correctement. C’est plus un concept. C’est une sorte de réalité impalpable.
    On peut déjà mettre à part l’intelligence animale. L’intelligence est tellement différente entre les espèces qu’on peut poser des métriques ou des critères probants (cognition, langage, conscience de soi, transmission d’une culture). Mais pour la capacité à faire des prévisions, trouver des solutions aux problèmes de façon réfléchie et rationnelle, on ne sait pas encore comment savoir si ça provient d’un raisonnement ou d’approximations successives.
    Pour l’intelligence humaine, les scientifiques ne sont pas d’accord sur une définition, et l’écart est large. Il y en a un qui dit qu’il existe plusieurs types d’intelligence. Il y en a même un qui pose par définition que l’intelligence est une aptitude cognitive générale et innée (Cyril Burt). Comme ça, on règle ta question du début. Je m’amuse à faire remarquer que si je pose comme définition que l’intelligence est la capacité à dépasser les réflexes de pensée innés du cerveau par des pensées issues d’un raisonnement logique ou appris : et bien bingo j’ai réussi à faire l’inverse de Cyril Burt et j’ai une définition qui tient la route et pour laquelle l’inné est inexistant ou presque. (solution à ce paradoxe dans la 3° partie)
    En bref :
    * Les scientifiques ne sont pas d’accord pour dire qui est moins intelligent, qui l’est plus. (Trump est-il intelligent ? Ceux qui dise oui parce qu’il a réussi à être président alors disent-t-ils qu’Einstein est moins intelligent parce qu’il a refusé d’être président d’Israël ?)
    * On ne trouve pas de critère de mesure objectif. (Le QI n’est pas un critère de mesure d’intelligence car quand on apprend les questions types, on corrige valablement le score).
    * Et pour couronner le tout, l’intelligence est l’un des domaines de recherche où tu auras le plus fantastiques des biais humains : chaque personne (donc chaque chercheur) est persuadé être suffisamment intelligent.
    Donc, voilà, comme dit Julien, il faut prendre garde à faire des conclusions sur des concepts dont on ne sait pas bien comment ils tiennent la route. Quand tu dits « Il est clair que …, à supposer que l’on puisse les définir objectivement, ….» sur un sujet pareil et bien pour moi c’est vraiment aller très vite en besogne.

    • Bonjour Skrol,

      Je vous rejoins sur vos arguments sur l’Intelligence pour dire que c’est un concept large très mal défini en général … mais qui possède de multiples déclinaisons très précises et spécifiques dans différentes études. la plus connue étant celles relatives aux QI.

      Oui l’Intelligence (le concept global) n’est pas clairement défini, à supposer qu’il puisse l’être dans son acceptation la plus générale…
      Mais ce problème n’est pas un frein à des études particulières, qui vont fixer un cadre particulier sur une approche spécifique du problème.
      Pour faire la synthèse, qui à ce jour n’existe pas, il manque le point de vue et les outils systémiques et holistiques.
      Ce qu’Edgard MORIN appelle la complexité, et qui est amené selon lui (mais je le rejoins) à devenir le nouvel horizon scientifique de demain.

      Sur la notion de cadre imposé pour les nécessités d’une étude, j’ai lu très récemment un échange intéressant dans un petit livre aux éditions « la ville brule », « De l’inerte au vivant, une enquête scientifique et philosophique ». Dans ce petit livre s’affrontait au sujet de la définition de la vie (au moins aussi mal définie que l’intelligence) un astrophysicien et des biologistes. Les biologistes étaient très prudents sur la définition à apporter et le cadre et la manière d’aborder le problème. L’astrophysicien posait sans état d’âme le cadre et la définition qu’il s’était imposé / choisi pour mener ses études. Deux phrases que je retiens de lui (Louis d’Hendecourt):
      1. Je n’aime pas l’idée d’avoir un projet de recherche qui ne peut pas aboutir sur quelque chose de concret.
      2. Comme tout physicien j’ai un concept opérationnel pour définir le système sur lequel je travaille.

      Ce sont ces deux approches qui sont complémentaires pour appréhender la complexité et une vérité supérieure sur des concepts qui nous dépassent. C’est un peu ce que j’essayais de démontrer dans mes propos précédents.

      Pour finir sur le concept de « vérité » dans les sciences, et pour finir de relativiser notre débat sur la signification précise de l’Intelligence, un petit livre très bien écrit : « De la vérité dans les sciences », d’un autre astrophysicien philosophe, A. Barru.

      Bon, n’empêche une fois dit tout ça, ça ne m’avance guère sur mes questions relatives aux comportements ataviques et aux liens avec la génétique… ce qui rejoint aussi une des préoccupations et des questions de fonds de notre ami Marc, « Il n’y a pas un gêne pour ça » … mais il se pourrait quand même bien (et tout porte à le penser) que c’est génétique !

      Bonne soirée, Théo

  9. 2) Problème de logique
    Marc, dans ton billet tu donnes 3 exemples de résultat de recherche qui trouvent des corrélations significatives entre des gènes liés au développement du cerveau et la réussite dans les études.
    Et selon toi ceux sont des « éléments de preuve pour une composante génétique pour l’intelligence ». C’est-à-dire : des éléments de preuve d’une origine génétique.
    Moi j’y vois deux erreurs de logique.
    a)
    La première erreur c’est de confondre « corrélation » et « causalité ». Erreur que tu dénonces toi-même dans un de tes billets (http://toutsepassecommesi.blogspot.fr/2012/01/correlation-et-causalite-la.html)
    Ceux qui font des stat sociologiques constatent souvent des corrélations inattendues, mais qui peuvent s’expliquer par l’intrication avec d’autres phénomènes intermédiaires corrélés. Par exemple les stateux avec qui je travaille trouvent des corrélations entre la dépense annuelle des ménages en bricolage et le nombre de chien qu’ils possèdent (exemple reconstitué, je me souviens plus exactement du vrai exemple). Interprétation gratuite des stateux : chien est corrélé à jardin, jardinage est corrélé à bricolage. Mais pas de lien de cause à effet entre chien et bricolage.
    Cette erreur qui consiste à prendre une « corrélation » pour une « causalité » est le premier reproche qui a été fait contre l’étude The Bell Curve en 1994 (en plus de l’interprétation du QI), qui tentait de montrer la détermination entre ethnie et intelligence. Sauf qu’heureusement les études que tu cites ne font aucune conclusion sur la causalité ni sur l’intelligence.
    b)
    La seconde erreur et de considérer le nombre d’année d’étude comme une chose qui découle de d’intelligence.
    C’est tout de même gênant parce que ça peut être vrai tout aussi bien que son inverse. C’est-à-dire qu’on peut tout à fait supposer que le niveau d’intelligence est apporté par le nombre d’année d’études. Ça n’a rien d’idiot me semble-t-il. Par exemple les neuropsychologues qui font passer un test MMS (Mini Mental State) prennent en compte le niveau d’étude du patient parce que selon eux les gens qui ont fait des études ont mis au point des stratégies de correction des pertes cognitives.
    c)
    Un bémol pour finir : les trois exemples de recherche que tu cites ne prennent pas en considération le type d’étude mais seulement le nombre d’années d’étude brute. Le deuxième exemple toutefois utilise 7 niveaux d’étude (élémentaire, primaire, secondaire, …) dont le dernier seulement donne une type : diplôme scientifique.

    • Bonjour Skrol,

      Je suis beaucoup plus réceptif à ces nouveaux arguments, et je trouve très pertinent et très salvateur ton rappel à la prudence entre causalité et corrélation.
      Ceci dit, je ne crois pas qu’aujourd’hui il existe beaucoup d’autres méthodes d’explorations de phénomènes complexes, notamment en génétique des populations. Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain … toute la question est donc celle des limites.
      Les statistiques ne disent pas le comment, et beaucoup de corrélations ne sont que des artefact, mais elles restent malgré tout quelque chose de bien réels. Quelles sont les méthodologies qu’on peut mettre en oeuvre pour en circonscrire les limites?

      Merci, Théo

      • > Quelles sont les méthodologies qu’on peut mettre en oeuvre pour en
        > circonscrire les limites?

        C’est Marc qui peut répondre. À mon avis c’est le problème de la recherche en général.

  10. 3) problème de modèle

    « Rien n’est très simple avec un cerveau humain. »

    Marc, ton billet explique plutôt très bien que « 1 gène donne 1 fonction » est un modèle trop simple, et que pour un caractère d’apparence facile à cerner (comme la taille) un grand nombre de gênes peuvent entrer en ligne de compte en plus d’éléments environnementaux.

    Mais pour expliquer où je veux en venir, regardons le cas de la gaucherie (le fait d’être gaucher ou droitier).
    Être gaucher c’est un caractère qui a l’avantage de ne pas être politiquement sensible. En très gros traits voici que qu’on sait : la gaucherie correspond à une latéralité du cerveau différente. La proportion de gaucher dans la population est d’environ 12 %, alors qu’elle est plutôt de 50% chez les autres espèces animales. Il n’y a pas de différence cognitive entre un gaucher et un droitier (sauf chez ceux qui ont été contrariés). La proportion de gaucher dans certains sports de compétition va de 15% à 50 %. Deux parents gauchers ont 25% de chance d’avoir un enfant gaucher. Un jumeaux homozygote gaucher à seulement 30% d’avoir son jumeau lui aussi gaucher. En 2013 on découvre un gène corrélé avec la gaucherie : le PCSK6.

    Difficile de donner un modèle qui explique tous ces résultats. Voici ce que les chercheurs ont proposé (pour l’instant) : la génétique détermine le type de cerveau mais celui-ci n’est pas fortement orienté, la position des fétus pendant la grossesse, le facteur éducatif peuvent emporter la décision finale. Le fait qu’on trouve plus de gaucher chez les sportifs tient à ce qu’ils détiennent un avantage : être face à un gaucher déstabilise psychologiquement un droitier.
    Au final on a donc un premier facteur génétique, confirmé ou annulé par un facteur environnemental (position du fétus), pour donner une formation du cerveau notoirement différente, mais sans différence cognitive, mais avec tout de même un caractère différenciant dû à l’environnement social (meilleur en sport). Et il reste un paquet de mystères, par exemple celui la représentativité différente chez l’homme et chez les animaux.

    Quand on voit ça, on peut se dire que pour l’intelligence un début de modèle doit être bien plus intriqué et complexe. Génétique, environnement, société peuvent se pousser, se compenser, se faire basculer.

    • Merci pour tous vos commentaires, et désolé de ne pas avoir encore répondu. Vos commentaires demandent de longues réponses dont je n’ai pas eu le temps de m’occuper (ni de billets suivants en projet d’ailleurs).

      Promis, ça viendra.

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