Publier des tribunes de chercheurs sous abonnement payant : pourquoi ?

Petit échange Twitter récent :

Si vous cliquez sur les liens vous pouvez lire toute la discussion. Je suis généralement pour la publication libre d’accès (open access) de toute la litérature scientifique. Mais je trouve particulièrement choquants les cas de tribunes ou bilans de la recherche explicitement à destination du public ou des décideurs, ou les concernant directement, qui sont cachés par des abonnements payants parce que… que quoi en fait ? Les auteurs pensaient que ces publications avaient davantage de prestige, donc ils seraient davantage écoutés ? Ou peut-être (probablement dans mon expérience limitée) que les auteurs ne se sont pas posés la question.

Alors sans abonnement au Monde vous ne pouvez pas lire la tribune sur les perturbateurs endocriniens. D’après Martin Clavey, les auteurs pourraient la publier ailleurs, mais (1) ils ne semblent pas l’avoir fait encore (ou mon Google-fu me trahit), (2) la version largement visible est celle du Monde, et (3) mais pourquoi ne pas l’avoir publiée visible d’emblée ? Et dans bien des cas, cette option n’existe pas.

Mise à jour : la version anglaise est librement disponible (et le copyright n’est pas clair pour moi).

Est également sorti récemment un article faisant le bilan de ce que l’on sait sur les menaces sur les pollinisateurs et les conséquences s’en suivant. Très important, non accessible sans abonnement à Nature, et non copiable ailleurs car « © 2016 Macmillan Publishers Limited, part of Springer Nature. All rights reserved ». Eh oui, un aspect peu discuté du libre accès par rapport à la publication traditionnelle « toll access » est que le copyright en « open access » reste aux auteurs sous Creative Commons, alors que dans le modèle traditionnel il va aux éditeurs (qui n’ont pas écrit et ne payent pas les auteurs, eh non) qui bloquent tout et font comme ils ont envie.

Un autre exemple récent : deux articles très intéressants sur la perception par le public, les décideurs et la communauté scientifique du problème des espèces invasives, The Rise of Invasive Species Denialism et Invasion Biology: Specific Problems and Possible Solutions. Tous les deux fermés derrière abonnement chez Elsevier, « © 2016 Elsevier Ltd. All rights reserved ». 🙁

Alors si vous pensez que votre science est importante, rendez-la disponible ! Et ne signez pas de transferts de copyright !

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5 réponses à “Publier des tribunes de chercheurs sous abonnement payant : pourquoi ?

  1. « Très bonne tribune de chercheurs dans @lemondefr » ?

    Quelle blague !

    Voilà des scientifiques – ou se prétendant tels – descendant dans l’arène politique pour une manœuvre de lobbying, avec de gros sabots, de très gros sabots !

    La question des perturbateurs endocriniens est controversée. On peut résumer la polémique en deux mots : danger ou risque ?

    Les signataires – enfin ceux qui représentent le volet « PE » parce que la tribune est une chasse en meute avec les adeptes de mesures drastiques en matière de climat – militent, grenouillent, tentent d’influencer le processus législatif vers un régime qui éliminera de la face de la terre toute substance, « chimique » il va sans dire, pour laquelle un gourou de la perturbation endocrinienne a déclaré qu’elle est un PE. Ils sont les chevaliers blancs de l’Humanité en danger de mort, avec une extraordinaire vision binaire et un mépris total pour le processus scientifique. L’ouverture de leur tribune :

    « Depuis des décennies, la science est la cible d’attaques dès lors que ses découvertes touchent de puissants intérêts commerciaux. Des individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels déforment délibérément des preuves scientifiques afin de créer une fausse impression de controverse. »

    Il faut une sacrée dose de mauvaise foi à M. Andreas Kortenkamp, le premier signataire de la tribune, pour classer ceux qui ne sont pas d’accord avec son jusqu’au-boutisme dans la catégorie des « individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels… ».

    Dans les premiers signataires on trouve aussi Paul R. Ehrlich – celui de la Bompe P – et Naomi Oreskes – celle de Merchants of Doubt – enfin des « scientifiques » parfaitement compétents pour juger si des « individus […] déforment délibérément des preuves scientifiques »’ en matière de PE.

    J’ai aussi trouvé dans les signataires un certain Christopher Portier, Thun, (Suisse)… Un parangon de la rigueur morale…

    Au final, on peut se réjouir que cette tribune soit réservée aux abonnés.

  2. La tribune en soi n’informe sur rien à part de l’alarmisme et l’énumération de choses disparates. Je ne vois pas en quoi elle est excellente.

    C’est dommage parce qu’ils veulent vraiment informer pourquoi ne le publient ils pas ailleurs et en accès libre?
    Ca interroge aussi avec le contenu, je ne peux m’empêcher de faire un lien.

    Par ailleurs je reste dubitatif sur la tribune parce qu’on mélange climat et perturbateurs endocriniens avec un ton politique qui n’a rien de scientifique. Les personnes citées sont connues pour être des radicaux par ailleurs au niveau des solutions face au changement climatique. Les deux étant liés mais pour des gens étant scientifiques on attendrait mieux que d’invoquer un argument d’autorité en mélangeant plusieurs choses.

    C’est quand même pleins de sophismes avec d’autres articles du monde qui discrédite uniquement sur le fait d’être financé par des industriels . Un expert en toxicologie de l’industrie est un expert contrairement à une historienne des sciences, un biologiste auteur de la bombe P, d’un statisticien controversé financé par une ONG écologiste et quelques chercheurs dont la qualité de publication n’était pas au rendez vous concernant ce sujet (Tyron hayes a utilisé des batraciens connus pour déjà changer de sexe suivant la température de l’eau).
    Ou bien une chercheuse qui a un brevet et une entreprise spin off sur des xénopes OGM permettant de reperer les perturbateurs endocriniens dans l’eau…

    On pourrait attaquer longtemps sur tout ça (intérêts idéologiques ou économiques) mais on ne parlera du coup pas des preuves ni de fond, les experts industriels en question sont connus mais leur expertise ne fait pas de doute (cf research gate). Je n’en vois aucune ici.

    Leur voix a donc droit au chapitre, ils faisaient d’ailleurs parti du consensus européen établi en avril dernier, dont certains signataires malgré tout experts du sujet (Rémy slama, Anderkamp) ont aussi participé. Je ne comprends donc pas trop ce jeu si ce n’est politique, leur consensus était assez nuancé et on parlait bien d »évaluation des risques. La question ici est déjà politique, le but est de conforter une évaluation sur le danger pouvant conduire à une interdiction totale (le parallèle avec le tabac d’ailleurs est drole parce qu’il est justement pas interdit). Le rapport bénéfices risques doit être de la même façon évaluée (l’économie ça compte).

    Il me semblait d’ailleurs que de nombreux produits déjà bien connus ont été considérablement réduits (Retardateurs de flamme).

    Et pourquoi les études visent ces substances spécifiques alors qu’on peut aussi en avoir de façon naturelle? Il y a vraiment nécessité de comprendre mieux les intéractions et les substances de notre quotidien.

    En tout cas le consensus de la endocrine society est plus claire, assez factuel avec certaines substances effectivement dangereuses avec de l’épidémiologie (mais quid de l’étude des substances naturelles?), mais ils ne sont pas tentés de tout appeler perturbateur endocrinien et parle de réduction d’exposition en attente. Ce serait le danger d’une instrumentalisation politique.

    Pour moi ce genre de tribune ne sert donc à rien et ça fait vraiment penser aux scientifiques climato sceptiques ou créationnistes, même si je pense qu’ils ont raison la forme est mauvaise. Qu’ils restent dans leur rôle à vulgariser mais pas de politique.
    Et là cela mériterait un accès libre;

  3. Bon alors je l’ai lu en anglais, et ça ne contient pas grand chose je trouve. Vu que les auteurs ne nomment ni les perturbateurs, ni les conséquences exactes, ni les personnes qui s’opposent à la réglementation.

    Ceci dit, s’il y a des gens qui seraient tentés de nier l’existence des perturbateurs endocriniens, c’est une mauvaise idée. Ca existe.

    Ah et puis je dois déclarer un conflit d’intérêts : j’ai été workpackage leader d’un projet européen coordonné par une des signataires de l’appel, et j’aime bien ses grenouilles OGM. 😉

  4. Bonsoir,

    Je crois que au delà du thème de l’article Marc a fondamentalement raison.

    Aujourd’hui les espoirs soulevés par un Interne au service de la connaissance, des idées et de la communauté humaine, bel idéal auquel j’ai participé modestement à ses débuts en Europe, ont été balayés. L’open source se meurt, par manque de ressources, par manque de motivations, par manque de soutien. Et avec ce déclin fleurit l’Internet de tout les fantasmes, de tout les excès, de toutes les rumeurs, un Internet sordide qui abreuve insidieusement nos sociétés (et le contraire). Alors OUI la question soulevée par Marc à savoir la diffusion libre et au plus large accès de la connaissance (et des polémiques qui entourent sa création comme son usage) est nécessaire et il faut la promouvoir ; et s’inquiéter quand elle est cloisonnée.

    Sur le thème de l’article en lui même, je crois qu’il faut aussi savoir se modérer. Une tribune c’est militant, ce n’est pas nouveau, donc oui nécessairement et par construction on va y trouver des militants parfois dogmatiques et convaincus. Mais les convictions sont des deux bords, et en sciences comme ailleurs il n’y a pas de vérité et la réalité est souvent fuyante sous le microscope. Une tribune c’est aussi politique, et on ne fait pas de la science sans faire aussi de la politique, avec ses convictions, ses schémas de pensée, sa culture, etc.

    La seule question qui reste est quels sont les choix qui s’offrent à nous et que devons nous choisir? Sans revenir sur le principe de précaution et ses excès, je pense qu’il est très raisonnable d’écouter ce que chacun a à nous dire, à la lumière de la raison, de l’esprit critique et des enjeux sociétaux qui y sont liés. En disant ça je n’ai rien dit, mais je m’élève contre les certitudes et les condamnations un peu trop rapide. Comme le rappel Marc, les perturbateurs endocriniens ça existe, et oui ça pose question. Il serait très mensonger de dire qu’aujourd’hui l’animal humain vit dans le même environnement que celui d’hier ou d’avant hier ; et bien entendu les résidus de notre industrie chimique de synthèse s’invitent aussi dans nos bacchanales cellulaires …

    Sur ce je vous souhaite une bonne soirée, cordialement, Théo

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