#Séralini et les #OGM : après la tragédie, la farce

Je ne comptais pas commenter sur le dernier Séralini, mais c’est devenu tellement ridicule que je ne résiste pas. Il a donc publié un « article » qui décrit la mortalité des vaches dans une ferme allemande particulière et l’attribue aux OGM sans aucun élément de preuve. Je ne vais pas dans le détail, pour une fois je vous renvoie à alerte-environnement.

Ce papier m’évoque la citation célèbre de Karl Marx :

Hegel fait remarquer quelque part que, dans l’histoire universelle, les grands faits et les grands personnages se produisent, pour ainsi dire, deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde comme farce.

Donc après la tragédie de 2012 (rappelez-vous, les rats torturés), voici la farce :

  • Le co-auteur de Séralini c’est le fermier qui a accusé le semencier d’être responsable de la mort de ses vaches à l’époque, et qui a été à l’époque débouté par la justice allemande.
  • Le journal est non seulement inconnu au bataillon, mais publié par un éditeur inconnu du Nigéria (il ne faut pas juger là-dessus, mais le Nigéria n’est pas connu pour sa recherche ni son édition), et contient une faute d’orthographe dans son titre : « Scholarly Journal of Agrucultural Science » (ça devrait être « agricultural »).
  • L’article commence par cette phrase incroyable « Thus it was not designed as a scientific experiment« . Ah bin pour une fois c’est clair. Ceci n’est pas une expérience scientifique. Ni une pipe. Ni rien.
  • Car cerise sur le gateau, le journal bidon a oublié de renouveller son domaine internet le lendemain de la conférence de presse annonçant le résultat. A pus article.

Article et résultat auquels personne ne semble porter attention, ce en quoi tout le monde a bien raison.

C’est triste un naufrage pareil quelque part.

Liens :

  • le site du journal, « This domain name expired » à l’heure où j’écris.
  • un cache webarchive, qui ne contient malheureusement pas le dernier numéro avec l’article en question.
  • une version PDF de l’article sur le site américain GMwatch. Il ne semble pas que Séralini maîtrise l’art de mettre ses publications sur son propre site web (en a-t-il un ? une recherche Google mène au CRIIGEN [oui il a un site pas à jour, voir commentaires]), ou dans un site d’archives gratuites comme biorxiv. (Remarquez l’usage du titre « professeur » jusque dans le nom du PDF ; je remarque souvent un amour des titres chez les tenants des pseudo-sciences.)
  • un commentaire amusé sur un blog scientifique anglophone.
  • la nouvelle de la disparition de l’article sur le site Retraction Watch.

Mise à jour du 2 février : le site est revenu en ligne, et un peu de contexte sur ce « journal » étrange sur le blog de Seppi.

10 réponses à “#Séralini et les #OGM : après la tragédie, la farce

  1. Hi, hi,

    En fait, Séralini a publié deux articles.

    Le premier c’est pour raconter l’histoire de ce pauvre agriculteur Allemand qui a vu une dizaine de vaches tomber malade entre 1997 et 2002 suite à l’introduction de maïs BT176 de Syngenta dans leur alimentation. L’agriculteur avait attaqué Syngenta mais a perdu son procès. Personne ne sais vraiment ce qui s’est passé sur cette exploitation, mais les analyses faites à l’époque n’ont pas fait le lien avec le maïs BT et penchaient plutôt vers le botulisme. Je crois que Séralini essaie de créer une sorte de légende en exaltant un martyr des OGM. En prenant un cas de vaches mortes il y a plus de 15 ans, il a peu de chance qu’on détermine de manière certaine la cause de la maladie des animaux. Le doute, c’est du pain béni pour Séralini. Il oublie qu’à la même époque, les 9 milliards d’animaux de ferme qui naissent chaque année au états-unis sont aussi passé aux aliments OGM, sans qu’aucun problème de santé ni de productivité ne soit détecté. Aujourd’hui, aux états-unis, cela fait environ 100 milliards d’animaux de ferme qui ont été nourris principalement d’OGM depuis 1997, sans qu’on détecte aucun problème de santé ni de productivité (et ceci est étudié en détail, il y a des publications scientifique sur le sujet, ce n’est pas juste une affirmation gratuite).

    Mais, il faut croire que les 10 vaches qui sont tombées malades chez l’agriculteur allemand sont, pour Séralini, un indice plus fort que les 100 milliards d’animaux de ferme américains.

    Le second article vaut aussi son pesant de cacahuète. Il raconte les déboires judiciaires de l’agriculteur Allemand. D’abord, contre Syngenta. Il explique sans rire que : « The farmer finally lost the case in 2009 over a technicality: the lack of the signature of the farmer’s wife on a document ». Donc, d’après Séralini, si l’agriculteur a perdu contre Syngenta, ce n’est pas parce qu’il a échoué a prouver que le maïs BT de Syngenta était en cause, mais c’est parce que sa femme n’a pas signé un papier ! Ensuite, il raconte comment, pendant la procédure contre Syngenta, la femme de l’agriculteur a demandé le divorce pour violences conjugales. Séralini sous-entends que c’est Syngenta qui aurait encouragé sa femme à inventer des violence. Jugez vous-mêmes : « After the farmer refused and said that he would sue Syngenta, the company’s representative told him that something was going wrong with his wife. Up to this time, the farmer’s wife had made no complaint of violence. The ex-wife also appointed a new lawyer at that time ». Ce second procès se termine par de la prison ferme pour l’agriculteur pour violence envers sa femme. Mais bien, entendu, tout cela, c’est monté de toute pièce par Syngenta. Un martyr, cet agriculteur, qu’on vous dit !

    Et tout cela, au nom de la science, bien sûr … ce n’est pas une opération de communication. Non, Séralini est un scientifique sérieux. La preuve, il porte souvent une blouse blanche.

    • Intéressant, merci, c’est méchamment pas à jour : papiers pas plus récents que 2012.

      Quand on fait de la recherche qui est censé sauver le monde, c’est bizarre de ne pas faire plus d’efforts pour la rendre disponible…

  2. Oui, hein ? Ce site a le même format que ceux d’autres anti-OGM « célèbres » tels que Judy Carman (qui, elle n’a pas torturé des rats, mais des porcs), qui, lui, semble un peu plus à jour.

  3. et ça t’étonne Ravingscientist? Tu crois que la galaxie antiOGM elle est totalement indépendante?

  4. J’ai eu l’impression que tu t’étonnais de voir plusieurs blogs antiOGM partageant les mêmes traits graphiques…

  5. Non je ne m’étonnais pas : cela fait pas mal de temps que je suis au courant de ces deux sites et de leurs ressemblances. Comme je suis au courant des nombreux conflits d’intérêts de la galaxie anti-OGM.

  6. Pingback: Pensée unique : La publication scientifique est-elle interdite aux dissidents ? [Difficulté : facile] (4500 mots / ~20 mins) | La Théière Cosmique

  7. Korydween

    Une simple question en tant que jeune Docteur de l’Université de Caen, qui a les poils qui se dressent à chaque fois que j’entends ou lit le nom de ce monsieur (ben oui l’affectif associé à l’Université de la thèse, tout ça tout ça…)
    Des chercheurs plus confirmés et au fait du fonctionnement des équipes de recherche en France pourraient-ils me dire si l’Université à les moyens, le droit (le devoir?) de mener une enquête interne sur la démarche de ce monsieur, sur ses méthodes scandaleuses et de prendre des mesures pour que cela ne se reproduise plus, voire même le sanctionner? Je connais le nombre de chercheurs à l’Université de Caen et sait qu’il y a du bon, de la brute et du truand, mais n’est-ce pas un rôle de l’Université d’être garant que ses chercheurs respectent la démarche scientifique et l’honnêteté intellectuelle? Ou au moins n’est-ce pas son intérêt afin que le nom de l’Université ne soit pas associé à ce genre de démarches? Or je n’ai trouvé absolument aucune communication de l’Université à ce sujet.
    (Question de jeune chercheuse encore utopique et qui espère le rester ^^)