Qu’est le scientisme, et quelles questions ne pas poser en recherche ?

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Ce billet fait suite à une discussion Twitter avec MrPourquoi (un peu) et Cécile Michaut (surtout).

Donc, suite à un dialogue avec MrPourquoi concernant le site « Alerte Environement », je fais pars de mon étonnement toujours renouvelé de l’existence d’anti écologistes militants sur internet, suite à quoi Cécile intervient :

Donc ce billet a deux objectifs : premièrement, permettre à Cécile d’expliciter en commentaire pourquoi et comment elle pense qu’il ne faille pas autoriser tous les sujets de recherche fondamentale. Et deuxièmement, d’exprimer mon étonnement face à son usage du mot « scientisme ».

Quand j’ai dit que je comprenais jamais ce que l’on voulait dire, ce n’est pas que je ne sache pas chercher une définition bien sur. Et celle de Wikipedia, par exemple, est cohérente avec mon intuition : en gros, le scientisme c’est de faire confiance à la science et à elle seule, même quand elle n’a rien à dire ou n’est pas la bonne source. Ce que je voulais dire, avec le parallèle au politiquement correct, c’était que ce terme ne me semble employé que négativement, en tant qu’accusation envers ceux dont on n’aime pas les arguments, les positions, ou l’usage de la science. Et en tant que terme péjoratif, il me semble en effet mal défini, pouvant être appliqué à toute invocation de la science, ses méthodes ou ses résultats, qui déplait à quelqu’un.

La définition donnée par Cécile au travers de ses exemples semble être d’être des gens qui sont anti-science. J’espère qu’elle pourra expliquer cela plus clairement dans les commentaires.

33 réponses à “Qu’est le scientisme, et quelles questions ne pas poser en recherche ?

  1. Le mot scientiste est très souvent utilisé pour dénigrer l’avis d’une personne qui prétends baser un avis sur la science.

    Par exemple, si j’invoque l’état des connaissances scientifiques pour affirmer que l’homéopathie n’a pas d’efficacité spécifique, je sais que certains adeptes vont me traiter de scientiste. L’argument est en général formulé ainsi : « Tu crois que la science à réponse à tout et explique tout, donc, tu es scientiste ».

    Je ne sais pas si c’est sens initial du mot, mais moi, c’est le seul emploi du mot que j’ai eu l’occasion de rencontrer dans des conversations.

  2. La proposition « Scientiste, c’est considérer a priori que le progres techno est bon. C’est donc anti-scientifique » me semble douteuse, car il me semble plutôt que mot scientisme fait référence à la science et pas à la technologie.

  3. Proposition (pas de moi) : un scientiste préfère la vérité au bonheur.

  4. Helianthus

    Pour désigner quelqu’un qui croit que la technologie résout tout, j’aurai plutôt utilisé le mot technophile (et j’ai bien peur d’avoir ce défaut).
    Comme Gédéon, je comprends « scientisme » comme l’état de croire que la science a réponse à tout.

    Sauf que ma réponse standard tend à être « ben oui, et alors ? »
    (ou encore, « c’est un peu court, jeune homme/jeune fille »)

    Si on parle de l’effet tour d’ivoire, je comprend le reproche, et il peut être justifié. Mais si on parle de l’approche scientifique, ou de l’utilisation du savoir, de l’expérience acquis pour juger de quelque chose, là je comprends moins. C’est comme si on me disait qu’il faut que j’arrête d’utiliser mon cerveau.

    Si quelque chose a un effet à-peu-près constant sur l’univers physique, alors ce quelque chose peut être étudié par la science. Il est possible d’observer et de déduire des relations de cause à effet entre ce quelque chose et ses conséquences.
    Dieu ou la fée clochette ne sont pas supposés avoir un comportement prévisible – ils font ce qu’ils veulent. Donc la science ne peut pas prouver qu’ils n’existent pas. En revanche, si agiter ses mains d’une certaine façon, tout en marmonnant une phrase en étrusque ancien, créait une boule de feu, on peut répéter l’expérience et prouver que la boule de feu existe. Peu importe comment ça fonctionne.
    Et pour reprendre l’exemple de Gédéon, je me fiche de savoir comment l’homéopathie fonctionne. Je veux déjà apprendre qu’elle fonctionne, et si secouer une bouteille d’eau et diluer son contenu à outrance avait un effet avéré, ça se saurait.

    Inversement, je tend à ne pas faire vraiment de différence entre un académicien et un amateur : quelqu’un qui s’est engagé dans une démarche rigoureuse d’observation d’un phénomène est engagé dans une démarche scientifique.
    Ou quasi-scientifique, me sussure-t’on. Avoir quelques notions comme la nécessité de contrôles négatifs aide un peu, quand même (surtout dans le domaine médical – des gens qui vont mieux alors que le traitement n’a eu aucun effet, ça arrive, et pas qu’un peu. On est quand même coriace).
    Mais faire de la science, ou utiliser des résultats scientifiques n’est pas un monopole académique.
    En résumé, j’ai un peu de mal à voir quand le reproche de « scientisme » est vraiment approprié.

  5. Bonjour,

    Je m’explique d’abord sur le scientisme. En fait, il y a plusieurs définitions. D’abord, celle de croire qu’il faut se référer à la science en tout, même pour des questions non scientifiques. Le scientiste, par exemple, pensera que les couples doivent se former selon des critères scientifiques, sinon ça ne marchera pas. Certains scientistes « extrémistes » pensent même qu’il faudrait que les scientifiques dirigent le pays, comme Platon souhaitait que les philosophes dirigent la Cité. Ce n’est pas théorique, j’ai discuté avec au moins une personne qui pensait ça !
    L’autre définition du scientisme, c’est de croire que la science et ses applications sont forcément positives. Je trouve que cette position est très présente chez les « anciens », qui ont connu les 30 glorieuses et on vu en effet des effets très positifs du progrès techno. Ils ont donc tendance à croire que c’est une généralité. Je trouve par exemple que la plupart des avis de l’Académie des sciences et de l’Académie des technologies ont des relents scientistes. Il y a dedans des croyances dans le progrès qui sont bien peu scientifiques. Je pense qu’un des ressorts du climatoscepticisme chez certains scientifiques non climatologues relève de l’impossibilité de croire que le progrès techno peut être néfaste. D’autres pensent que certes le climat change, mais qu’on trouvera des tecno pour y faire face. C’est aussi du scientisme.
    Bien sûr, comme le souligne Gédéon, traiter quelqu’un de scientiste est aussi souvent une réponse de mauvaise foi quand on n’a rien à répondre à un argument rationnel et étayé.

    Venons-en maintenant aux recherches qui doivent ou pas être menées. Prenons un exemple : imaginons que j’étudie l’ADN foetal dans le sang de la mère. OK, c’est déjà utilisé pour détecter la trisomie 21. Mais ça peut à terme être utilisé pour détecter le chromosome Y, donc connaître le sexe de l’enfant plus tôt, et surtout de manière plus facile et moins coûteuse qu’avec une échographie. Connaissant le nombre déjà incroyablement élevé d’avortements sélectifs de filles dans certains pays, est-il possible de ne pas se poser la question de l’utilisation de ces recherches ? Est-il possible de dire « je fais juste de la recherche fondamentale, les applications possibles ne sont pas mon problème » ? Je ne pense pas.

    • Merci pour le commentaire. 140 caractères c’est parfois trop peu. 🙂

      Je dois dire que je ne suis pas d’accord avec ta deuxième définition de scientisme. Nier le consensus scientifique ce n’est pas du scientisme. Ca peut être à la rigueur du techno-optimisme, et encore. Concernant les « anciens », je vais faire de la sociologie de bazar, mais j’ai parfois l’impression que certains sont restés sur des schémas guerre froids, où soit l’on est anti-capitaliste, et Séralini a raison, soit l’on est anti-communiste, et le GIEC est un complot. (Evidence anectodique : je connais certains signataires de lettres de soutien à Séralini qui sont des communistes historiques, et voir le pédigré des gens impliqués dans Merchants of Doubt.)

      Concernant les recherches qui ne doivent pas être menées, il me semble que tu confonds recherche fondamentale et appliquée. Fondamentalement, ça y est, on sait identifier le sexe à partir de l’ADN dans le sang de la mère. Les applications sont déjà possibles, et il aurait été impossible qu’elles ne le soient pas tout en poursuivant les autres progrès (importants) en génomique et génétique. Je me permet de renvoyer à la classification dans mon billet de 2013 :

      Peut-on poser la question ?
      Quels moyens utilise-t-on pour y répondre ?
      Quelles motivations a-t-on pour y répondre ? Quels moyens financiers ?
      Quelles applications ? <- c'est ici que tu penses qu'il faut se limiter, et je suis d'accord.

      http://toutsepassecommesi.cafe-sciences.org/2013/06/17/doit-on-limiter-la-recherche-scientifique/

  6. Bonjour,
    je ne suis pas convaincu par les arguments de Cécile sur les recherches à mener ou pas. Toute découverte/recherche peut être utilisé à des fins qui contredisent notre sens de l’éthique. Pour donner des contre-exemples, si je comprends bien l’argument de Cécile :
    – il n’aurait pas fallu étudier la mécanique quantique puisque comprendre la structure de la matière permet de la détruire d’où des applications potentielles en armement (bombe H).
    – il n’aurait pas fallu non plus étudier les semi-conducteurs, ou au moins s’arrêter à partir du moment où il a été clair qu’on risquait d’inventer des ordinateurs. En effet, plus de puissance de calculs et de capacités de simulations numériques implique plus de possibilités d’applications militaires. D’ailleurs l’informatique en tant que science ne devrait pas non plus exister vu ses conséquences.
    – il n’aurait pas fallu étudier la mécanique newtonienne : application directe à l’étude et l’optimisation de trajectoires des boulets de canon…
    Les scientifiques en tant qu’individus et membres de la société sont formés à l’éthique et à la morale, et pour ce que j’ai pu en voir des formations spécifiques sont aussi dispensées lors des cursus universitaires. Les règles d’éthiques doivent être respectées lors des travaux de recherche (si la démonstration de l’effet étudié passe par l’avortement massif et obligatoire d’un certain nombre de bébés d’un sexe ou d’un autre, il est évident qu’il faut arrêter d’étudier ce sujet) mais on ne peut et ne doit pas tenir les gens qui cherchent responsable de ce que d’autre font de leurs recherches (qu’elles soient fondamentales ou appliquées d’ailleurs).
    Ce serait d’ailleurs à mon avis du scientisme (sous l’une ou l’autre acception) : la société civile doit avoir le choix ; ce choix ne peut être réservée à la seule communauté scientifique.

    • Il ne s’agit pas de s’interdire toute recherche pouvant mener à de mauvaises applications, bien sûr.
      Il s’agit de S’INTERROGER sur des recherches dont on SAIT dès le départ que des applications PARTICULIEREMENT NEFASTES peuvent découler FACILEMENT. Désolée pour les mots en majuscule qui peuvent sembler agressifs, je tiens juste à les mettre en exergue car ils me semblent clé.
      La question s’était notamment posée au sein de la communauté scientifique lors de la création en labo de virus particulièrement dangereux (en 2012, me semble-t-il). Certaines questions portaient sur le fait de publier ces recherches, d’autres sur l’opportunité même de mener ces recherches.

      • Dans ce cas on est tout à fait d’accord : il faut s’interroger systématiquement sur les applications potentiellement dangereuses de ses recherches et toujours tout publier, quitte à mettre des avertissements et prévenir. Mais comme le dit Helianthus un peu plus loin, ce n’est pas à la communauté scientifique de décider de ce qui doit être étudié/publié.
        Ce n’est à mon avis pas aux scientifiques mais à la société et au législateur de décider sur le rapport risque/bénéfice.

        • Non, on n’est pas d’accord. Il faut toujours s’interroger sur les applications de ses recherches et éventuellement ne pas les mener si on les considère comme intrinsèquement dangereuses. Et ne pas les publier si on considère que ses résultats sont dangereux.
          Ainsi, dans le cas des virus créés par des chercheurs et particulièrement dangereux, nombreux sont les scientifiques qui on souligné la nécessité de NE PAS publier le protocole expérimental, pour éviter que des personnes mal intentionnées reproduisent cela.

  7. Le scientisme n’est pas directement « Nier le consensus scientifique », mais c’est regarder le monde avec le pré-supposé que les avancées scientifiques et techniques sont bénéfiques. Ce qui induit, parfois, à minimiser le changement climatique ou ses conséquences.

    Non, je ne confonds pas recherche fondamentale et recherche appliquée, mais je pense que, peut-être, même certaines recherches fondamentales ne doivent pas être menées (ou du moins qu’on a le droit de s’interroger sur le fait de les mener ou non) si l’on sait qu’elles peuvent facilement entraîner des recherches appliquées puis des applications particulièrement dangereuses.

    Dans ta classification, entre « peut-on se poser la question ? » et « quels moyens utilise-t-on pour y répondre ? », il manque à mon avis « doit-on y répondre ? »

    • Le scientisme ne devrait pas nier le consensus scientifique, mais les exemples que tu donnes le font. Donc à mon sens ce n’est pas du scientisme. Je pense que c’est au final juste un désagrément sémantique. Ce que tu décris existe bien, mais je n’appelerais pas du scientisme, et comme le montrent les autres commentaires je ne suis pas le seul pour qui cet usage prête à confusion.

      • Le scientifique ne peut pas nier le consensus scientifique (sauf s’il a des arguments scientifiques forts). Le scientiste le fait facilement, justement parce qu’il n’a rien de scientifique. Les plus scientistes sont souvent non des scientifiques, mais des ingénieurs (surtout les ingénieurs à la retraite), qui ont pour raisonnement « à tout problème, sa solution (techno) ».
        Un autre commentaire disait que ce que j’appelle scientiste est en fait le technophile. Non : le technophile aime les technos nouvelles, mais ne considère pas forcément qu’elles sont naturellement bénéfiques.

    • Alors pour ne pas pouvoir déterminer le sexe d’un embryon à partir d’ADN dans le sang de la mère, quelles recherches fondamentales n’auraient pas du être menées ?

      • Je ne suis pas assez calée pour répondre.

        • Ca montre une limite de l’exercice, parce que moi qui connait le domaine, je ne vois vraiment pas que ce soit possible. Identifier le sexe à partir d’ADN n’est qu’une réutilisation de connaissances acquises par ailleurs, sans lesquelles nous comprendrions beaucoup moins le vivant. Ne devrait-on pas connaître les chromosomes sexuels des mammifères ? Ne pas savoir séquencer de l’ADN ? Ne pas étudier la diversité génétique humaine ? Ne pas améliorer les algorithmes de déconvolution du signal ? C’est tout cela ensemble qui permet l’application qui t’inquiète. Il n’y a jamais eu besoin d’un programme de recherche spécifique sur cette question, c’est trivial. Le génie est sorti de la bouteille comme disent les anglophones.

  8. Helianthus

    @ Cécile

    Je comprends vos positions. Jusqu’à à un certain point, j’irai même dire que j’en partage une partie. En tout cas, j’ai conscience que les écueils que vous pointez existent.

    Quelques points que j’aimerai souligner ou contredire :
    – aspect éthique d’une recherche : c’est vrai que la personne qui fait le travail ne peut pas simplement dire qu’elle est juste l’exécutant. Elle ne peut pas se dédouaner si simplement des aspects éthiques de son travail.
    D’un autre côté, elle ne peut pas non plus décider unilatéralement de ce qui est bien ou pas. L’ensemble des citoyens a un droit de regard à décider quel type de société ils veulent, de quels outils techno ils peuvent disposer.
    Idéalement, c’est pour celà qu’il y a des comités d’éthiques (encore qu’ils s’occupent surtout de la recherche publique, la recherche privée a d’autres gardiens).
    Et idéalement, c’est au législateur de fixer les limites d’utilisation d’une nouvelle techno. C’est pas le job du scientifique, il n’en a ni les outils, ni les compétences. Tout ce qu’il peut faire est fournir les faits entourant les conséquences d’une techno.
    Là où vous voyez nos académies scientifiques sujettes au scientisme, je pense pour ma part que mes concitoyens ont bien trop tendance à écouter des faux prophètes (et on veut tous des solutions simples à des problèmes complexes). Le journalisme de vulgarisation scientifique, en particulier, est une catastrophe, trop poussé vers le sensationnalisme et pas assez sur les faits, et pas qu’en France. Mais comme je l’ai dit avant, j’ai mes propres biais 🙂
    Maintenant, c’est du lourd, comme débat. surtout si vous prenez comme exemple un projet lié à un autre sujet controversé, l’avortement.
    Je botte en touche, mais essentiellement parce que je manque de lumières sur l’organisation des comités d’éthique en France ou ailleurs.

    – le scientisme comme étant la croyance de se référer à la science en tout, même pour des questions non scientifiques. OK, c’est aussi la définition que j’aurai utilisé.
    Voyez mon post précédent pour mon opinion sur les limites de l’approche scientifique.

    Maintenant, quelles questions sont non-scientifiques ? Surtout si on englobe les sciences sociales dans le lot.
    J’ai bien peur qu’une bonne partie de ces questions entrent dans la catégorie « tant qu’on n’a pas essayé, on sait pas ». Ceci dit, bon nombres de réponses que les scientifiques peuvent apporter, en biologie et en sciences sociales, sont des tendances ou prédictions à l’échelle de groupes d’individus. Donc, oui, je doute qu’il existe un jour une science exacte du mariage, au sens où il délicat d’appliquer à deux individus des prédictions dérivées d’un population entière. D’un autre côté, des spécialistes peuvent vous parler en long, large et travers des problèmes typiques rencontrés par un couple, et des causes usuelles de divorce. C’est pour celà qu’il y a des conseillers en mariage. Et l’étude de ces causes et problèmes est de la science.

    Pour ce qui est d’avoir des scientifiques en charge, je n’irai pas jusque là. Un scientifique au gouvernement est un politicien (sans connotation péjorative – juste pour dire, ce n’est pas le même boulot, même si être directeur de labo implique déjà énormément de politique).
    D’un autre côté, je serai quand même plus content si nos politiciens écoutaient les scientifiques plus souvent, et pas juste quand ça les arrange. Les insanités que les politiciens américains peuvent dire ou faire dans leur déni des connaissances scientifiques actuelles fait franchement peur. On parle de gens qui légifèrent le niveau maximum de montée de la mer suite au réchauffement climatique (en Floride, je crois, il est interdit de dire que ça montera de plus d’un pouce). Le déni que le VIH est la cause du SIDA a aussi causé quelques centaines de milliers de morts en Afrique du Sud.

  9. Débat fort intéressant surtout en cette période où les courants antisciences deviennent de plus en plus invasifs et agressifs. Je pense aussi qu’il ne faut pas confondre, comme le font les groupes antiscience les plus radicaux (Oblomoff, Pièces et main – d’œuvre, par exemple, la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Je considère pour ma part que la première n’est ni plus ni moins que l’avancement de la connaissance du monde et que celle-ci est notre seul rempart contre toutes les croyances et les superstitions qui non seulement sont vaines et mentalement aliénantes, mais également susceptibles des pires dérives. Les exemples abondent depuis des siècles et jusqu’à nos jours, inutile de les citer.
    Pour au moins cette raison, je suis convaincu que l’on ne doit jamais s’interdire cette connaissance d’autant plus qu’il est impossible de savoir à l’avance qu’elles en seront les applications techniques possibles, bonnes ou mauvaises,… s’il y en a. L’exemple de la recherche du chromosome Y dont parle Cécile est typiquement du domaine des applications. En principe, c’est au débat citoyen, donc démocratique, de dire ensuite quelles techniques sont applicables ou pas. Je dis bien « en principe » car (et c’est là bien sûr que le bat blesse) étant donné l’état de nos soi-disant « démocraties »….
    Je voudrais aussi revenir sur le premier tweet de MRR :  » je suis toujours surpris de l’existence d’une communauté très anti-écolo. Bon, rien ne devrait me surprendre sur internet… ».
    Je ne veux pas épiloguer sur ce point, ce serait trop long. Je veux simplement alerter sur la confusion (fortement entretenue par les « écolos ») entre la véritable écologie, qui relève du champ scientifique, et les courants d’écologisme politique qui n’ont rien à voir avec la science et racontent n’importe quoi (y compris de dangereuses contre-vérités). Puisque vous utilisez le terme « anti-écolos », je pense que c’est à ce courant que vous faites allusion. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y ait des gens très anti-écolos, les premiers étant les chercheurs en écologie eux-mêmes. Ce n’est pas pour rien que depuis bientôt 40 ans (1979 exactement), ces chercheurs ont décidé de refuser l’appellation « écologistes » et de se donner celle d’ « écologues ». La confusion entre les deux devenait trop grave pour eux. Je discutais encore récemment avec un collègue professeur d’écologie à Aix-Marseille qui me disait qu’il avait renoncé à avoir des conversations scientifiquement sérieuses avec des « écolos », c’était tout simplement impossible. Ce qu’il m’en a dit m’a fait penser à ma propre réaction vis à vis des Témoins de Jéhovah avec qui j’ai, à de nombreuses reprises, essayé de discuter de l’évolution. A la décharge de ces derniers, j’ajouterai que eux, au moins, ne font pas de leurs idées un fond de commerce, ni un instrument de démagogie politique.

    • Dans la mise en oeuvre, il y a des courants d’écologie politique qui racontent n’importe quoi, en effet.

      Ce qui me semble étonnant, c’est que pour certains l’opposition au principe même d’un activisme écologique semble être la principale motivation de leur action. Ce qui les mène à nier des choses à la fois évidentes et d’intèrêt général, comme les risques liés à certains types de polution. C’est pas parce que des politiciens écologistes font ou disent des bétises que les perturbateurs endocriniens ne sont pas dangereux ou que notre activité n’impacte pas le climat.

  10. Une façon de simplifier cette discussion, et peut-être de faire consensus sur les termes, pourrait être de dire que le « scientiste » a une foi aveugle dans « le progrès ». Peu importe s’il dit qu’il a foi en la science ou en la techno, lorsqu’on creuse son discours, on se retrouve devant une confiance inébranlable dans le fait que les humains résoudront tous les problèmes par leur ingéniosité. D’où le fait que certains rejettent le discours des climatologues, puisque quoi qu’il arrive, l’humain trouvera la solution, disent-ils.

    Evidemment, ça conduit à de beaux cas de dissonance cognitive: si on a une foi inébranlable dans le « progrès », on doit donc croire que toute recherche mérite d’être encouragée, alors que ces gens ont généralement leur os à gruger: la climatologie est une perte de temps, ou bien l’écologie… Je soupçonne donc qu’il faudrait distinguer les « vrais » scientistes de ceux pour qui la foi dans le progrès est juste un prétexte pour rejeter les pans de la science qui vont à l’encontre de leur idéologie. Sauf que si on faisait cette distinction, je soupçonne aussi qu’il subsisterait très peu de « vrais » scientistes, à part peut-être une poignée de philosophes.

    Chose certaine, l’erreur à ne pas faire est de dire qu’Untel a foi en la science, juste parce que lui dit avoir foi en la science. C’est pourquoi « foi dans le progrès » me semble plus consensuel.

    • Merci, c’est plus clair comme cela, mais je persiste à trouver que dans ce cas c’est un terme qui n’est pas très informatif, vu les malentendus probables.

  11. Cécile a dit ceci : « Je trouve par exemple que la plupart des avis de l’Académie des sciences et de l’Académie des technologies ont des relents scientistes. Il y a dedans des croyances dans le progrès qui sont bien peu scientifiques. »

    Avez vous consulté les missions des ces académies ?
    Voici quelques citations tirées de la présentation de ces académies sur leur site respectif.

    Académie des sciences:
    « Depuis sa création en 1666, l’Académie des sciences se consacre au développement des sciences et conseille les autorités gouvernementales en ce domaine. »
    « L’Académie exerce cinq missions fondamentales : encourager la vie scientifique, promouvoir l’enseignement des sciences, transmettre les connaissances, favoriser les collaborations internationales et assurer un rôle d’expertise et de conseil.  »

    Académie des Technologies :
    « Héritière du siècle des lumières, sa devise : « Pour un progrès raisonné choisi, partagé », reflète la profonde conviction que la technologie est source de progrès pour l’ensemble de l’humanité. »

    Vus les missions de ces institutions, il est évident que les membres des académies scientifiques sont en grande majorité des gens qui aiment, défendent et font la promotion des sciences et des techniques. Je connais un académicien des sciences qui est manifestement (mais pas ouvertement) anti-science et anti-technologie. C’est l’exception qui confirme la règle.

    Donc, oui, vous pouvez affirmer que les avis des académies sont teintés d’une idéologie, d’un parti-pris pro-science et pro-technologie, mais cette idéologie est clairement revendiquée dans leurs missions.

    Il me semble normal de trouver dans les avis des académies scientifique un discours marketing pro-science et pro-technologie, qui relève de l’idéologie qui est à la base même de ces institutions.

    Maintenant, la question est de savoir comment cette simple constatation éclaire la définition du scientisme, objet de ce billet.

    Doit-on considérer qu’une institution qui se donne pour unique but de promouvoir et défendre les sciences ou les techniques est scientiste par définition ?

    Je répondrais plutôt non. Mais, bien entendu, si on retient justement ce critère comme définition du scientisme, on répondra oui.

    Ensuite, quelle que soit la définition précise du terme, tout le monde sera d’accord pour dire qu’un scientiste aime les sciences (mais ne les respecte pas nécessairement). Donc, il est logique de trouver davantage de scientistes dans une population qui a été sélectionnée sur le critère de son amour des sciences que dans la population générale. Mais, cette simple constatation ne permet pas de mieux définir ce qu’est le scientisme. Autrement dit, en pointant les académies scientifiques pour illustrer ce que c’est que le scientisme, vous n’apportez en fait aucune information sur ce qu’est le scientisme.

    C’est un peu comme quelqu’un qui voudrait définir l’intégrisme catholique et qui, pour illustrer son propos dirait : je trouve qu’il y a des relents d’intégrisme catholique dans le discours des prêtres catholiques. Ce n’est sûrement pas faux, dans la mesure ou on trouvera davantage d’intégristes catholiques parmi les prêtres catholique que chez les boulangers, mais cela ne permet aucunement de distinguer les intégristes des autres.

  12. Quand on a à faire à la psychiatrie sur un mode vraiment pas amical, il est surtout fascinant de voir à quel point, dans l’esprit du monde médical, la moindre contestation éthique (« les mains attachées dans le dos c’est pas cool »), la moindre contestation factuelle (« vous croyez vraiment les conneries sur mon dossier comme quoi j’aurais été éduqué par télépathie? Vous êtes allés les chercher où ces âneries? »), la moindre contestation quand à la méthodologie scientifique (« si vous construisez vos études sur des dossiers aussi solides que les miens, il me paraît honnête de vous précisez que vos données ne sont pas bonnes, et que vos articles sont faibles, du point de vue statistique, de par l’absence de qualités des données observées, et je ne peux pas souscrire au consensus scientifique pour cette raison précise entre autres »), et bien tout cela fait de vous….. un scientologue!!!

    Si, si, si!

    Et même un anti-science. Peu importe que vous ayez été membre de l’Union Rationaliste…

    Et ensuite, la crème de l’accusation gratuite: « terroriste » écrit noir sur blanc sur mon dossier.

    Alors le scientisme, je l’ai vu. De très près. De trop près.

    Et les gens qui nient l’existence du scientisme sont essentiellement… ah oui!, comment disent-ils de nos jours?… des négationnistes. Oui, c’est cela: des « négationnistes ».

    Ce qui est dommage, c’est surtout qu’en face d’un « scientiste », les arguments ne portent simplement jamais. Il y a un consensus scientifique, qu’il ne connaît pas vraiment au-delà de son existence, et il y croit aussi fort qu’en d’autres temps il aurait cru à une bible écrite dans un language qu’il ne peut lire.

    Et il est surtout scandaleux de faire rentrer des gens bien plus simples d’esprit et bien moins armés intellectuellement que ma personne dans le maelstrom de cette polémique entre « scientisme » et « anti-science » par le truchement de la psychiatrie.

    Il y a des scientifiques, comme moi, avec qui vous pouvez parler. Il y a des « scientifiques », comme ma mère psychiatre, avec laquelle il est parfaitement inutile de parler.

    Le scientisme, c’est surtout cela: la montée en mayonnaise de tout savoir scientifique, y compris hypothétique, en certitude inébranlable et en politique publique intéressée. Et indépendamment du contenu, le seul mot « intéressé » permet de glisser sémantiquement au « complotisme ».

    Les gens ont le droit d’être idiot. Vous avez le droit de croire en la science. Mais si vous voulez attacher les mains dans le dos aux autres, s’il vous plaît, ne le faites pas au nom de la science pour vous dédouaner. C’est honteux. Dites simplement que vous le voulez, et que vous pensez que c’est un chic idée.

  13. Tenez, un modèle de scientisme, l’avis de l’Académie des sciences du 18 mars 2003 :
    http://www.academie-sciences.fr/archivage_site/activite/rapport/avis180303a.pdf
    Tout y est :
    – la nature change même sans nous (sous-entendu : si on la change un peu plus, c’est pas bien grave)
    – il faut préserver le développement économique… (on voit là la foi dans le progrès, qui n’est pas questionné)
    – les progrès des sciences et des techniques sont géniaux. Et en plus, quand on a eu peur que ça aille trop loin (démographie), on a su rectifier le tir (sous-entendu, on repère nos erreurs et on sait les rectifier)
    – la recherche apporte des solutions techniques
    – les citoyens seront d’autant plus d’accord avec nous qu’ils seront éduqués au sciences (sous-entendu : il n’y a pas vraiment de gens opposés aux sciences, seulement des ignorants)
    – le principe de précaution est une interdiction d’agir.
    etc.
    Heureusement, cet avis ne reflète pas l’ensemble de l’Académie, comme le soulignait Sylvestre Huet (http://www.liberation.fr/evenement/2004/05/28/le-gratin-scientifique-s-entre-dechire_481075)

    • Helianthus

      Ben oui, mais…

      Comme ça se trouve, je suis d’accord avec les prémisses des arguments que vous exposez. Après, comme il me manque le contexte, j’ai du mal à distinguer si les rédacteurs font vraiment dans l’optimisme à tout crin, ou si vous faites dans le strawman.

      Parce que… ben oui, la nature change sans nous. Pas une raison pour ajouter nos propres m3rdes, mais pas une raison non plus pour tout voir en noir&blanc. Quoique qu’on fasse, on aura un impact, souvent négatif, sur le milieu naturel qui nous entoure.
      S’il faut du développement économique est un autre débat, mais bon, j’suis désolé. Si vous voulez vendre quelque chose de nouveau, faut que quelqu’un l’invente, ce nouveau truc.
      Progrès géniaux ? Ben oui. Trois siècles et quelque en arrière, la moyenne était de perdre sa mère avant 5 ans, la moitié de ses dents avant 20 ans, et de mourir vers 40 ans. 90% de la population travaillait aux champs et arrivait à peine à produire assez de nourriture pour tout le monde (les guerres et autres déprédations humaines n’aidaient pas, j’admet). On a fait un peu de chemin depuis. Je trouve que tout n’est pas à jeter dans ce progrès.
      (bon, pour l’éthique, on a encore du boulot, ça j’admet – ce n’est que depuis les années 70 que les essais sur êtres humains sont encadrés un tant soit peu convenablement; quant au traitement de nos déchets… Quoique là, c’est plus une question de politiques, de je-m’en-foutisme, et de mafias qui monopolisent les circuits. C’est pas les scientifiques qui disent aux New-Yorkais de balancer leurs ordures en plein océan. C’est un peu facile comme critique, quand même)
      « La recherche apporte des solutions techniques ». Ben, oui, factuelement vrai. Là où je suis d’accord, c’est qu’aucune innovation technique n’est magique : elle résout un problème, mais en crée souvent d’autres (tiens, pour rester avec les déchets, un incinérateur les élimine, mais crée de la dioxine). Et il peut exister des solutions autres que techniques à un problème (moins d’emballages, pour réduire les déchets ?). Mais autrement, franchement, si pour vous être scientiste c’est chercher une solution à un problème technique, on en est tous, depuis le 1er cro-magnon à avoir joué avec un silex taillé…
      Les citoyens éduqués en science seront plus souvent d’accord. Ben oui. Quand on voit certains trucs sortis autour des débats sur les OGMs, les vaccins, ou le climat… Je ne peux pas reprocher à un scientifique de remarquer que le citoyen lambda serait plus apte à prendre une décision raisonnée s’il savait de quoi il parlait.
      (je me hâte d’ajouter que je ne brandis pas « ignorant » comme une insulte. Personne ne peut tout savoir. J’y connais rien en aéronautique, par exemple. Maintenant, quelqu’un qui reste volontairement ignorant d’un sujet et prétend donner un meilleur avis qu’une personne qui est au turbin tous les jours…)
      Le principe de précaution ? Piège à c0ns. C’est une chose de demander des tests avant de làcher une nouveauté technologique, mais encore faut-il que ledit principe de précaution n’empèche pas de faire ces tests en premier lieu. Et je suis désolé, c’est exactement ce qui se passe avec les OGMs en France (Monsanto doit rigoler, on a découragé la majorité des concurrents français, dont l’INRA) ou les recherches sur cellules fetales aux US.

    • Merci pour cet exemple qui éclaire mieux ce que tu veux dire.

      J’ai quand même encore l’impression que les « scientistes » c’est toujours les autres, ceux dont on n’aime pas les conclusions pour des raisons morales ou politiques.

  14. Je ne suis pas sur qu’il faille absolument vouloir donner une définition précise du scientisme. Pour moi, est scientiste celui qui réifie la science à la fois comme mode de connaissance (la science décrit le monde tel qu’il est) et comme mode d’action sur les problèmes rencontrés par les sociétés humaines (les connaissances scientifiques actuelles ou à venir permettront de régler ces problèmes). Le scientisme est donc, selon moi, une idéologie, et poussé à son extrême (la croyance que la science doit servir de socle à l’organisation des sociétés humaines) une forme de religion séculaire.

    Dans ce sens le texte de l’académie des sciences auquel renvoie Cécile est clairement scientiste. Au passage le premier paragraphe de ce texte est, si je puis me permettre, plutôt ridicule. En quoi un principe de précaution inscrit dans la constitution conférerait à la nature un droit à l’immuabilité ? Ce passage est d’ailleurs assez marrant. Ma spécialité est l’écologie évolutive, qui consiste essentiellement a étudier les modes d’adaptation des organismes vivants aux changements de leurs milieux de vie. Bref, la base de cette discipline est la reconnaissance, comme le dit le texte de l’académie des sciences, que la nature est changeante et que les organismes s’adaptent. Or la plupart des chercheurs en écologie évolutive sont, d’après mon expérience, très fortement en faveur du principe de précaution. Et plus généralement, il en va de même pour les chercheurs dans le domaine de l’évolution biologique…

    Lorsque je discute avec des personnes qui sont pour moi des scientistes (qu’ils soient scientifiques ou non), trois choses me frappent presque systématiquement. Ils pensent que la science décrit le monde tel qu’il est vraiment ; que in fine, le monde fonctionne grosso modo comme une succession de rouages et d’engrenages ; enfin qu’il existe une séparation nette entre d’un côté les humains et les sociétés humaines et d’un autre tout le reste (la nature). Or je pense que les avancées scientifiques relativisent sérieusement ces trois points. Du côté de la physique, il y a des arguments sérieux et convaincants me semble t-il pour conclure que la science ne décrit pas le monde tel qu’il est vraiment et qu’il ne fonctionne pas comme une succession de rouages et d’engrenages. Du côté de la biologie, et notamment de l’éthologie, les travaux des vingt dernières années montrent sans ambiguïté l’existence de cultures et/ou une complexité cognitive très élevée chez plusieurs espèces animales qui relativisent leur séparation avec les humains/sociétés humaines. Enfin dans le domaine des sciences humaines, les travaux dans la lignée de P. Descola montrent que la séparation entre les humains et la nature n’est qu’une possibilité parmi d’autres des modes d’existence des sociétés humaines et relève essentiellement d’une convention sociale. Toutes ces données remettent fortement en cause les prémisses du scientisme.

    • Bonjour,

      Discussion intéressante.

      Pour commenter Jean-Yves:

      Du côté de la physique, il me semble au contraire que le monde fonctionne précisément comme une série de rouages, tous interconnectés et formant un système très complexe, qui, vu d’une certaine distance, paraît presque aléatoire. Je sens que cette phrase ne fera pas l’unanimité, alors je vais prendre un exemple pour illustrer: le cerveau. Quand on regarde ce système de loin, avec peu de connaissances scientifiques à son sujet, par exemple, on peut arriver à utiliser facilement des concepts comme le Libre Arbitre, l’Âme, et même s’engouffrer dans un débat casse-gueule entre Inné vs. Acquis. Des concepts, qui, pour un déterministe comme moi, n’ont presque aucun sens. De l’autre côté, les neurosciences nous apprennent comment ce système fonctionne, et plus on étudie les mécanismes fins qui sont à l’œuvre en son sein, plus on se rend compte que l’on a devant soi un système fait de rouages et engrenages.

      Du côté de la biologie, il est évident que nous, en tant qu’humains, sommes très proches des animaux (plus ou moins proches de certains, bien entendu). Un jour, un scientifique assez malin a d’ailleurs dit aux gens que l’Homme descendait du singe. On pourrait croire que 150 ans plus tard la majorité des gens auraient assimilé le truc, mais on se rend compte que… ben pas vraiment. Sans doute l’on y réfléchit pas assez, on ne se pose pas les bonnes questions, on manque de culture scientifique, etc.

      Du côté de votre troisième point, il est indéniable que nous ne sommes pas du tout séparés de la Nature. Ce n’est même pas une possibilité. Il est d’ailleurs assez pénible d’entendre à tour de bras ce mot, la « Nature ». C’est comme entendre « ce truc est naturel » (que définit-on comme naturel?), des « produits chimiques » (parce qu’il existent des produits non-chimiques?), etc.

      Qu’en pensez-vous?

      « Le principe de précaution conférerait à la Nature un droit d’immuabilité. » Non je crois que cette phrase est clairement à chier.

      Par rapport au principe de précaution, MRR, auriez-vous un billet à ce sujet? Car je ne connais pas les tenants et les aboutissants relatifs à l’utilisation de ce principe, mais vous lisant, et en caricaturant un peu, je vous y sens opposé. Je suis sûr que c’est plus compliqué que ça, voilà pourquoi je demande. Intuitivement, je penserais que le scientifique serait justement le premier à utiliser un tel principe.

      • Erratum: au sujet du « droit à l’immuabilité de la Nature », je n’avais lu que votre commentaire. Je suis du coup plutôt d’accord avec vous. Le premier paragraphe est assez ridicule en effet, non pas pour cette phrase, mais parce que je trouve que l’on ne comprend pas bien où il veut nous emmener.

        La Nature est changeante → on n’a donc pas besoin de principe de précaution pour éviter de la modifier?

        L’Homme est capable d’altérer gravement son cadre de vie → alors si, c’est important?

  15. Cécile a proposé ce texte comme un exemple de scientisme :
    http://www.academie-sciences.fr/archivage_site/activite/rapport/avis180303a.pdf

    Je l’ai lu attentivement et, selon l’idée que je me fais moi-même de ce terme, ce texte n’est pas scientiste.

    Si on part du principe que celui qui adhère à ce texte est scientiste, alors, être scientiste c’est raisonner de manière rationnelle, sans se laisser emporter par ses émotions ou préjugés, c’est prendre en compte les faits solidement établis et non des hypothèses oiseuses. C’est donc une attitude raisonnable et modérée, le contraire de ce que pourrait laisser penser le suffixe « -isme » ou « -iste ».

    Bref, je pense qu’on est encore loin d’avoir réussi à s’approcher d’une définition commune de ce mot.

    • Je trouve que la définition du Scientisme proposée par Wikipédia est claire: il semble effectivement s’agir d’une sorte de confiance aveugle en la science, en soi que la méthode scientifique (MS) serait forcément applicable à tout problème (par problème, ne pas entendre forcément « problème négatif à résoudre », mais « effort d’explication d’un phénomène »). Existe-t-il des problèmes pour lesquels la MS ne peut être appliquée? Je ne sais pas. Sans doute. Dans l’état actuel des connaissances, oui certainement. Mais l’idée du scientisme semble être qu’à terme (s’il existe un terme à la progression des connaissances), tous les phénomènes auront été expliqués par la MS. C’est peut-être en cela que l’on y voit une espèce de ‘confiance aveugle’. En revanche, je rejoins l’avis de Ernest Renan avec sa citation, avec un petit bémol: je changerais le mot ‘raison’ par ‘logique’.

  16. Dans la définition Wikipédia, on peut lire:

    « Le Scientisme renvoie à trois idées:
    – la science engloberait la philosophie comme la métaphysique dans la recherche de solutions aux grands problèmes éthiques ou moraux »

    Je suis d’accord avec cela, dans l’unique cas des « solutions aux problèmes éthiques et moraux ». En effet, quand l’on comprend comment fonctionne notre cerveau, et celui des animaux (e.g. codage de la douleur, aversion, renforcements +/-), pourquoi, par exemple, continuer à les faire souffrir et les manger? Mais il est certain qu’aucune MS ne peut-être utilisée si l’on cherche une réponse au « Pourquoi sommes-nous là? ». La physique nous explique parfois que cette question est vaine, car l’univers se passe de but, et que la notion même de but pourrait n’être qu’un concept humain (peut-être animal aussi). Mais cela ne veut pas dire, je pense, qu’il est inutile de se poser cette question.

    En fait, certains semblent ajouter à cette définition du scientisme une idée selon laquelle la science engloberait la philosophie et la métaphysique, point, sans la fin de la phrase, et y voir par là une idéologie selon laquelle la seule méthode acceptable pour n’importe quelle réflexion serait la MS.

    J’espère ne pas trop m’être égaré…