Si votre directeur de labo vous regarde les seins, prenez ça dans la bonne humeur

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Le magazine Science est l’un des deux journaux de science ultra-prestigieux (l’autre étant Nature) qui combinent publication d’articles scientifiques « primaires » (rapportant de nouveaux résultats) et section « magazine ». Science a notamment une rubrique « carrières ».

Et dans cette rubrique, le 1er juin, une postdoctorante anonyme a écrit pour demander conseil car son chef de labo lui regarde dans la chemise à chaque rencontre :

I’ve just joined a new lab for my second postdoc. It’s a good lab. I’m happy with my project. I think it could really lead to some good results. My adviser is a good scientist, and he seems like a nice guy. Here’s the problem: Whenever we meet in his office, I catch him trying to look down my shirt. Not that this matters, but he’s married.

Or la réponse de Alice Huang de Science a été de prendre cela avec bonne humeur, sachant que la postdoc a besoin de son chef, et que de toute façons s’il ne la touche pas et ne fait pas de propositions indécentes explicites, ce n’est pas grave. Une réponse jugée incroyable à juste titre par de très nombreux scientifiques sur Twitter. Conséquence : l’article a disparu du site de Science quelques heures plus tard. Mais l’internet étant ce qu’il est, il est archivé ici.

Dans la suite, des scientifiques ont lancé sur Twitter le hashtag #CrapScienceCareersAdvice, mélange de parodie et d’anectodes (voir aussi ce billet).

Qu’en retenir ? Que le sexisme est encore bien présent, et plus grave que beaucoup considèrent encore que de supporter le sexisme devrait être une attitude normale. Je soupçonne que dans pas mal de labos la situation est maintenue par une culture de respect pour le chef. Que ce soit concernant les résultats scientifiques ou l’attitude personnelle, le respect ne devrait jamais l’emporter sur la nécessité de critiques justifiées.

Espérons que cette histoire permette de démarrer une discussion dans certains labos.

Mise à jour : Science a publié une note de l’éditeur regrettant la publication de la réponse sexiste. Evidemment, aucune mention dans cette note des réactions sur les réseaux sociaux (voir aussi billet sur les cellules souches).

5 réponses à “Si votre directeur de labo vous regarde les seins, prenez ça dans la bonne humeur

  1. Dans ce texte (http://jezebel.com/science-advice-columnist-just-let-your-adviser-stare-a-1708173908), on apprend que la dénommée Alice Huang, à qui on doit ce pas très judicieux conseil, est âgée de 76 ans. Ce qui n’excuse rien, mais nous envoie sur plein d’autres pistes de réflexions.

    • En effet. Peut-être qu’elle aurait pu écrire « de mon temps on devait faire comme ceci, mais vous avez la chance d’avoir d’autres options »…

  2. Ping : Si votre directeur de labo vous regarde les sei...

  3. Heu… quelle différence ça fait que ce soit dans un labo et pas dans une usine ou un bureau ? Les scientifiques sont-ils censés être moins intéressés que le commun des mortels par les charmes des collaborateurs du sexe qui les attire ?

    Est-ce du sexisme que d’apprécier les courbes d’une collaboratrice ? Selon la définition de https://fr.wikipedia.org/wiki/Sexisme , le sexisme implique une discrimination. Pas de discrimination, pas de sexisme.

    Donc mon conseil aux chefs de labo (mâles) : plongez le regard aussi sur les pectoraux velus, comme ça y’a pas de sexisme.

    Ou alors imposons le tchador comme blouse de labo…

    • Labo, usine ou bureau, je ne vois pas de différence, mais je suis en situation de commenter sur la situation dans les labos.

      Le problème de cette rubrique dans Science à mon avis n’était pas essentiellement dans l’attitude du chef, même s’il aurait du se rendre compte que ce qu’il faisait était déplacé. C’est que dans la mesure où ça gène cette postdoctorante suffisamment pour écrire à Science Careers, Alice Huang qui répond aurait du lui donner les outils pour faire remarquer le problème à son chef et améliorer la situation.

      Si ça gène, alors c’est un problème. Dire que ça n’en est pas un, c’est contribuer au problème.