Bilan de dialogues avec 7 biologistes sur les #OGM

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Voilà, les 7 dialogues sur les OGM ont été publiés (voir introduction), et ont suscité des commentaires, des participants habituels des discussions sur les OGM sur le web francophone (Wackes Seppi, Proteos), des participants habituels des commentaires ici (jrobinss), et de quelques autres. Certains collègues ont participé très activement au dialogue, et je les en remercie fortement, ce n’était pas facile mais à mon avis très utile et constructif.

Quel bilan ? demandait judicieusement Proteos dans un commentaire.

Premièrement, tous mes collègues étaient d’accord pour dire que les avantages et inconvénients des OGM étaient partagés par d’autres approches, donc que finalement discuter des OGM comme catégorie séparée était rarement pertinent. Et personne n’a mis en avant de risques pour la santé humaine. Lorsque réserves il y a, elles concernent l’impact environnemental. Il peut y avoir là un biais dans les personnes avec qui j’ai discuté bien sûr (pas de médecins ni de physiologistes dans les collègues contactés).

Ensuite, on voit quand même deux approches philosophiques : des collègues souhaitant en priorité minimiser les intrants (pesticides, engrais) dans l’agriculture et maximiser la biodiversité ; et des collègues davantage portés à faire confiance dans l’optimisation des biotechnologies. Ces deux approches ne sont pas exclusives, comme illustré au mieux je pense par le dialogue avec Ian Sanders, dont l’itinéraire, de l’écologie à la génétique à l’agronomie, montre la puissance de la combinaison de la curiosité, de la rigueur et de la passion.

Pour revenir sur les commentaires, je trouve que les discussions ont montré comment un dialogue ouvert permet de corriger les a priori et les point peu clairs, et aux scientifiques d’apprendre des commentateurs qui connaissent mieux que nous certains points, tout en apportant (je l’espère) l’éclairage de notre expérience parfois très spécialisée.

Ma principale déception de cette expérience, c’est la faible réaction de la blogosphère scientifique et écologique. Je me fais peut-être des illusions, mais il ne me semble pas avoir vu beaucoup d’équivalents de l’effort que nous avons fait ici, et je me serais attendu à davantage d’intérêt de la part d’écologistes, de journalistes scientifiques, et d’autres.

Enfin, je voudrais faire remarquer la grande prudence dans les réponses de mes collègues. Cela peut probablement parfois être frustrant, quand on attend des réponses simples, mais c’est très typique de la façon dont nous voyons le monde. Dans un commentaire, jrobinss sugère que les « animateurs » ont un rôle à jouer en rendant cette communication plus claire. Certes, mais je pense que de montrer nos hésitations et notre prudence est également important, et souvent un peu caché par la communication scientifique habituelle. (Il y a peut-être un lien entre ce ton prudent et le faible intérêt hors les usual suspects des blogs scientifiques…)

Je vais conclure en résumant les conclusions de mes différents collègues :

  • Nils Arrigo : se questionne sur le potentiel des OGM par rapport à la diversité génétique déjà existante, et sous-exploitée ;
  • Jan van der Meer : « Oubliez les OGM, il y a des problèmes plus urgents que ça » ;
  • Jérôme Goudet : « C’est une technologie intéressante et qui a du potentiel, mais dont on doit encadrer l’utilisation » ;
  • Antoine Guisan : souhaite « un meilleur dialogue entre science et société » ;
  • Christian Hardtke : « le génie génétique, c’est à dire la sélection des cultures selon nos besoins, est à la base de notre civilisation » ;
  • Ian Sanders : « Les scientifiques doivent être conscients de leurs responsabilités, et les anti-OGM doivent être ouverts à la science » ;
  • Christian Fankhauser : « il faut juger la variété, pas le procédé ».

36 réponses à “Bilan de dialogues avec 7 biologistes sur les #OGM

  1. onjour

    Ce qui me surprend encore plus c’est l’absence de commentaire des anti-ogm.
    C’est la première fois que je vois des interventions soulignant que certaines plantes gm peuvent avoir un intérêt et de ne voir aucune intervention de ce mouvement (j’en ai vu qu’un seul)

    Y a-t-il eu un filtrage?
    (Cela me semble surprenant, mais je voudrai avoir une confirmation)
    Et s’il n’y a pas de filtrage, la lutte contre les ogm est passée de mode?
    Cela serait encourageant pour avoir un débat serein

  2. Personnellement j’ai trouvé que les différentes interventions sont assez représentatives de ce qu’est le débat actuel (bien que je n’ai jamais été vraiment actif dans un tel débat). De manière générale, bien que sur des paliers différents, nous ne sommes incapables à l’heure actuelle de savoir si les OGMs sont néfastes ou pas. On parle de biologie synthétique, dont l’application industrielle (et scientifique en fait) est pour l’instant très peu exploitée/exploitable. On dit que finalement les OGMs ne sont ni plus ni moins des catalyseurs humain des transferts horizontaux dans la nature, et qu’au final, bien que la probabilité soit extrêmement faible, on ne sait pas exactement s’il y a un risque sanitaire de ces produits. Reste à savoir si les espèces OGMs ont, ou pas, un impact environnemental. Peut être la seule position ou l’on a des études, parfois aux résultats opposées, qui ont été réalisées. Mais sur ce point là, on reste aussi très flou car il n’est pas possible, que ce soit en terme de risque (par introduction dans un milieu non clos), mais aussi en terme de temps, de mesurer un tel phénomène. Donc au final personne ne semble être sûr de quelque chose. Alors on parle de méthodes d’introduction de champignons pour un peu parodier le combat anti-OGM, des contraintes juridiques dans la création de biomarqueurs, pour palier ce manque.

    Bref, j’ai trouvé ces interviews assez sympathiques dans l’ensemble, en tant que biologiste. Mais je pense que la mission première dans ce type de débat serait d’avantage de réaliser une vulgarisation scientifique objective de là où en est, de ce que nous savons en tant que scientifique. Le public ne doit pas se nourrir, à mon avis, de suppositions. Peut être l’objet d’un futur article ?

    • Je ne comprends pas vraiment votre commentaire. Il me semble clair que personne ne met en avant de risques spécifiques des OGM, ce qui est en soi une conclusion. Ensuite il y a ceux qui voient davantage les risques, et ceux qui voient davantage les bénéfices, dans toute innovation. Mais je ne vois pas où, par exemple, les champignons de Ian Sanders sont une « caricature ». Cette technique, et d’autres techniques d’innovation, sont toutes concernées par le même risque / bénéfice, lequel semble surtout environnemental. Ou plutôt, et c’est un autre point qui resort globalement, le risque pour la santé on sait bien le juger, on a les outils, alors que le risque environnemental est beaucoup plus difficile à évaluer. Une autre conclusion intéressante à mon avis.

      Par rapport au « débat habituel », bin moi j’ai l’habitude qu’il soit plein de contre-vérités et d’insinuations sur l’honnêteté et les motivations des participants, donc celui-ci m’a paru assez différent.

    • Je peux me tromper mais ce que je perçois dans votre réaction c’est: c’est pas clair. Les opinions ne sont pas assez tranchées.

      J’ai cru comprendre que c’est une différence fondamentale entre un communicant et un scientifique.

      Le communicant, par exemple politicien ou journaliste, simplifie et donne des réponses. Il fait beau, le ciel est bleu, l’arsenic c’est du poison, les Beatles font du rock. C’est rassurant, ça permet de gèrer les choses, et d’assimiler des connaissances dans tous les domaines, puisque les connaissances sont simplifiées… Nous en dépendons tous pour notre culture générale. 🙂

      Le scientifique, du moins celui qui parle de son domaine, ne dira jamais que le ciel est bleu, qu’il fait beau, que l’arsenic c’est du poison, que les Beatles font du rock. Le ciel a des couleurs très variées et dûes à plein de choses très compliquées, et la question dépend du contexte… il fait beau ça dépend de votre rôle dans l’ecosystème ou l’économie, et pis ce n’est pas assez quantifié… l’arsenic ça dépend du dosage (posez la question à un homéopathe!) et il faudrait définir le terme « poison »… Les Beatles ont une influence ceci et un développement cela et des rythmiques blablabla… vous voyez l’idée.

      Pour conclure, je trouve que certains d’entre eux sont quand même assez clairs voire tranchés. 🙂

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  4. Deux remarques. 1) Sur la faible réaction des journalistes scientifiques, dont je suis: c’est une belle initiative, facile à répercuter sur Twitter, mais pas facile à résumer en un article. « Un blogueur organise un débat sur les OGM » ? Vous voyez déjà les lecteurs se bousculer au portillon…
    Par contre, l’initiative a été sûrement remarquée, et les réponses des biologistes fourniront des arguments lorsque le sujet reviendra sur le tapis. C’est le genre d’initiative qui mérite de mûrir.
    2) Sur la faible réaction des anti-OGM: facile. Ils voient un titre du genre « Un dialogue sur les OGM est possible », et ils s’empressent d’aller voir ailleurs. 🙂

    • Merci de votre réponse. Et merci pour les retours sur Twitter, mais pour autant que j’ai vu vous êtes le seul.

  5. Pour avoir suivi depuis le début les différents billets sur les OGM de ce blog (et d’ailleurs) avec plus ou moins d’investissement, j’aimerais suggérer un billet futur voire des billets. Ne Serait-il pas intéressant, pour les discussions au quotidien, que ce soit sur le Net ou « en direct vrai », de fournir un « prêt à répondre » avec une liste des principaux reproches infondés contre les OGM suivi des réponses référencées correspondantes ? Ce serait une sorte de bilan pratique à garder sur soi en permanence. J’accepte aussi une liste des critiques justifiées également référencées 😉 Et aussi les points positifs des OGM toujours avec références !

    • Ouh-là, bonne idée mais c’est du boulot.

      En attendant, voici une liste intéressante de recommendations de lecture sur les OGM, en anglais, par un économiste spécialisé dans les OGM :

      http://ajstein.tumblr.com/post/40504136918/bringing-light-in-the-discussion-about-gmos

      • Je me permets d’insister afin de rebondir sur le manque d’intervention des « écologistes » et autres anti-OGM : oui Tweeter, Facebook, les blogs, Wikipédia…mais il reste les multiples discussions en « direct vrai » qui restent les plus fréquentes (il me semble pour beaucoup). Que ce soit entre amis, en famille, à la machine à café, avec les collègues et d’autres…c’est fou comme le monde est vaste 😉 Donc, je repense à ma suggestion et je propose une petit liste (bien entendu non exhaustive) des principales attaques contre les OGM qui mériteraient une réponse référencée pour espérer changer (un (petit) peu) les mentalités quand l’occasion se présente. Et c’est presque toutes les semaines. Donc :
        – Avec les OGM, il faut forcément racheter les semences chaque année !
        – Les OGM, c’est dangereux pour la santé, quand on mange un OGM , l’ADN introduit va se fixer dans notre ADN !
        – Les OGM, c’est un truc de Monsanto et autres multinationales !
        – Les OGM vont envahir l’environnement et nuire à la biodiversité !
        – Si on mange un OGM avec un gène d’herbicide, on va tomber malade parce que les herbicides, c’est toxiques !
        – Les OGM, ça sert à rien parce que, en tant que consommateur, je vois pas la différence dans mon assiette entre un maïs OGM ou non !
        – Les OGM, ça se fabrique trop vite et le monde va bien assez vite comme ça ! Pas la peine d’en rajouter à la course au toujours plus !
        – Trop d’OGM sont fabriqués et on ne peut pas tous les tester convenablement avant utilisation !
        – Les OGM, c’est peut-être bien mais faut se donner du temps avant de savoir si cette technologie est un réel progrès, on n’est pas si pressé, on a bien survécu sans pendant des siècles !
        Voilà, voilà, j’aurais pu en mettre d’autres mais je suis sûr que tout le monde pourra rajouter sa petite touche perso à cette liste et donner du boulot futur pour MRR 😉

        • Je rebondis sur ce commentaire et je pense que ce serait une bonne initiative. Il faudrait voir ce qui existe dans le monde anglo-saxon, puis proposer une version francophone qui prenne aussi en compte les réalités européennes (souvent différentes de celle d’Amérique du Nord pour diverses raisons, la principale étant qu’en Europe, les OGM sont interdits de commercialisation dans le créneau de la consommation humaine). C’est quelque-chose que l’on pourrait faire à plusieurs, en se répartissant les tâches! Qu’en pensez-vous?

          Et y a-t-il des germanophones et des italophones dans l’audience? Ce serait pas mal de voir ce qui se fait dans ces aires culturo-linguistiques sur le sujet!

  6. Je suis tout à fait de l’avis de Pascal Lapointe en ce qui concerne le silence des anti-OGM. Ils savent très bien que vis à vis de scientifiques ils n’ont aucun argument sérieux à opposer. Lorsque, en 2008, mon article « OGM : fantasmes et réalités », qui est depuis sur mon blog (révisé cette année) était paru sur Agoravox, les commentaires des anti-OGM (nombreux) se résumaient à : « il est payé par Monsanto! », quand ils voulaient rajouter des arguments « scientifiques’ c’était assez piteux, voire délirant. Ils évitent donc de ce manifester dans un débat entre chercheurs.
    C’est un peu la même chose pour les écologistes politiques (les « écolos »). Je ne suis pas du tout surpris de leur silence dans ce blog. Ils savent très bien qu’ils n’ont pas d’argument sérieux à opposer contre les OGM et quand ils voient des dialogues entre scientifique sur ce sujet, ils vont voir ailleurs pour ne pas perturber la tranquillité de leurs croyances.
    Ce n’est pas pour rien que, depuis déjà une vingtaine d’années, les chercheurs en écologie tiennent à se faire appeler « écologues » et non plus écologistes. Ils veulent absolument éviter la confusion. Un collègue écologue de l’université d’Aix-Marseille me disait récemment qu’il avait à plusieurs reprises essayé de discuter avec des écolos et avait fini par renoncer. Quant à moi, lorsque j’ai voulu discuter des OGM avec ces gens, j’ai eu un peu la même impression que lorsque j’ai essayé de discuter de l’évolution avec des Témoins de Jéhovah. Beaucoup d’écolos sont en fait imprégnés, inconsciemment, de la théologie naturelle du XVIIIe siècle (voir William Paley).
    Au passage, j’en profite pour dire que j’ai aussi signalé le débat de ce blog sur Twitter « Très bons dialogues sur les OGM ».
    Félicitations pour cette excellente idée.

  7. En tant qu’habitué, je me dois de commenter ici. L’expérience est intéressante en ce qu’elle montre les points de consensus et de divergence. Ils sont peut-être spécifiques à votre université, mais au vu de ce qu’on trouve ailleurs sur le web, ça me semble assez représentatif de ce qu’on doit trouver parmi les scientifiques.

    Ces dialogues montrent aussi les bienfaits de partager une culture commune. C’est sans doute ce qui permet d’avoir des dialogues constructifs. Et en fait, on peut dire que c’est ce qui manque dans le débat public: opposants et partisans ne semblent pas partager ce minimum de références communes.

    Dans la même ligne, je ne suis pas surpris par la faible réaction ailleurs et notamment chez les écologistes. Il y a des raisons très prosaïques: connaissent-ils ce blog? Il y a aussi des raisons qui renvoient au manque de références communes: leurs centres d’intérêts ne sont pas les mêmes, je pense. Cela renforce les raisons prosaïques: les gens ont tendance à s’agglomérer par affinités. Quant au marais des gens qui ne sont pas très intéressés par le sujet, ils n’ont pas vraiment de raisons de venir lire un billet qui ne les intéresse pas a priori.

  8. christophe robaglia

    Je suis un pro-OGM de base, c’est normal je suis chercheur en biologie végétale…Toutefois je m’interroge de savoir si les choix de société doivent nécessairement suivre l’avis des scientifiques. Par exemple, le débat sur l’égalité des sexes, on peut avoir une lecture biologico-centrée qui montre que les sexes sont différents et en tirer des conséquences sociales . Tandis qu’une lecture socio-centrée permet un choix arbitraire mais accepté: les sexes sont égaux dans les sociétés humaines (certaines..), c’est comme ça, et on s’organise pour que ça marche. C’est pareil pour les droits de l’homme, la sécurité sociale et l’éducation d’ailleurs, la science n’est pas d’un grand secours pour les justifier (sauf peut être le darwinisme social à la Wilson). Donc on peut concevoir que socialement, arbitrairement, une technologie comme les OGMs soit rejetée s’il y a une majorité démocratique. Les scientifiques donnent leur avis, mais la société fait un autre choix…et en assume collectivement les conséquences.

    • Je ne pense certainement pas que les choix de société doivent suivre l’avis des scientifiques. D’ailleurs, lesquels ? Les compagnons de route du communisme ou ceux qui ont poussé au développement de la bombe H ?

      Par contre je pense fortement que les débats sur les choix de société doivent être basés sur des assertions factuelles aussi correctes et rigoureuses que possibles (si on laisse tomber la philo, je veux dire « vraies »). Donc si on veut refuser ou accepter des OGM, il ne faut pas le faire en raison de risques sanitaires erronés, ou de promesses techniques impossibles. En l’état des choses, le plus gros du débat sur les OGM est basé sur des erreurs factuelles, il y a donc un rôle important des scientifiques. Ensuite, si (par exemple) Corinne Lepage arrête de nous dire que Séralini a tout juste et « les OGM sont des poisons », mais ne veut pas d’OGM sur une base factuelle correcte, ce n’est plus le rôle des scientifiques d’intervenir, sauf comme citoyens ordinaires.

      • Et ce sont là que les problèmes commencent véritablement en fait. Imaginons que les anti-OGMs arrêtent de la ramener sur les prétendus dangers sanitaires et environnementaux des OGMs, mais se concentrent sur d’autres.

        Et bien, c’est fini, les OGMs seraient autorisés. Pourquoi? Parce qu’un gouvernement démocratique ne peut pas interdire n’importe quoi sous prétexte qu’il en a envie. Il doit justement se baser sur des problèmes sanitaires, environnementaux, par exemple. Mais les problèmes « commerciaux » (brevets, monoculture, etc) ne relèvent pas des raisons suffisantes pour interdire.

        Mon opinion est que c’est pour cette raison que les écolos continuent à argumenter sur ce thème des dangers pour la santé: s’ils perdent ces arguments, la bataille légale est pliée. À partir de là, on entre sur le terrain commercial et les exemples qu’on a de par le monde tendent à montrer que les OGMs et les firmes qui les produisent savent convaincre les agriculteurs, bien mieux que les écologistes.

        • Il y a plein de pays où c’est interdit de manger du cheval ou du porc, sans excuse sanitaire particulière. Si les américains ne veulent pas manger de cheval, il n’y pas besoin de pseudo-science, juste de dire qu’ils n’en veulent pas. Et si on veut garder une agriculture traditionnelle pour le paysage ou une autre raison subjective, pourquoi pas ? Je ne suis pas juriste, mais si l’argument d’autoriser les OGM c’est « parce que les traités de libre échange l’exigent », ça me parait très peu convaincant, à juste titre.

          A ce propos, voir cet article intéressant de Mark Lynas :

          http://www.theguardian.com/environment/2014/oct/15/biotech-crops-in-europe-could-be-dead-and-buried-if-anti-gm-groups-succeed

          • Des pays où il est interdit de manger du porc, certes, mais sont-ils démocratiques? J’ai des exemples en tête de pays où il est interdit de manger du porc, mais aucun n’est démocratique. Par contre, il est possible que l’usage l’empêche: si personne ne vend de viande de cheval, vous aurez du mal à en manger.

            Bref, ce que vous dites, c’est que les OGMs pourraient être autorisés mais non utilisés. Comme je le rappelle, les exemples internationaux pointent plutôt en sens inverse. Effectivement, ça n’a rien d’une fatalité.

            Quant au fait de trouver que les traités de libre-échange soient une mauvaise justification, je ne suis pas d’accord une fois de plus. Les traités en question ont été ratifiés librement (en Europe en tout cas!) et souvent, c’est même nous qui sommes à l’origine du contenu, y compris sur l’accord SPS. Bref, s’assoir sur les traités de libre-échange, c’est du « fais ce que je te dis, ne fais pas ce que je fais ». C’est la négation du libre-échange qui à la base suppose une réciprocité et de la bonne foi. Après, on peut être contre le libre-échange, mais à ce moment-là, il ne faut pas se plaindre de pratiques douteuses de la part d’autres pays.

          • Restrictions sur l’élevage, l’abattage et la vente de viande de cheval en Californie :

            http://en.wikipedia.org/wiki/California_Proposition_6_%281998%29

          • Ah! Je ne connaissais pas cette législation US contre la consommation de la viande de cheval (après une petite recherche, cette loi californienne n’est qu’une des lois anti-consommation de viande de cheval aux USA). Intéressant. Je ne peux m’empêcher de me demander ce que donnerait un assaut judiciaire avec de gros moyens prêt à remonter à la Cour Suprême. Cela dit, les USA sont aussi connus pour interdire (ou presque) la consommation de lait cru. Bref, à méditer en effet.

  9. christophe robaglia

    Tout a fait d’accord que notre rôle de scientifiques est de maintenir les débats dans le cadre des faits vérifiables, mais il ne faut pas attendre de la société (des citoyens, des politiques etc..) de toujours raisonner sur des « bases factuelles correctes » . Quand LeFoll confirme l’interdiction des OGM en France, il fait un choix purement politique et s’assoit allègrement sur les faits, qu’il connaît probablement. C’est même le rôle du politique, au sens noble, de faire des choix même si les données objectives sont absentes, incomplètes ou à contre-courant du modèle social préconisé . Malgré cela, il me semble qu’il y a une demande de plus en plus grande pour l’expertise scientifique, il suffit de voir les programmes européen FP7 ou les défis de l’ANR.

  10. Le problème des choix purement politiques sur des questions agroalimentaires est qu’ils peuvent aller totalement à l’encontre de l’intérêt sanitaire général. Nous en avons un exemple très actuel avec le cas du maïs. La récolte de 2013 en France étant très chargée en mycotoxines, le gouvernement a demandé à la Commission Européenne de rehausser temporairement le niveau maximum autorisé. Curieuse réaction, alors qu’il interdit, par démagogie électorale, la culture du maïs Bt dont on sait depuis longtemps qu’il contient beaucoup moins de mycotoxines que le maïs conventionnel (90% de moins d’après une étude faite en France en 2004). Je n’ai pas connaissance de la réponse de la CE, qui n’est peut-être pas encore arrêtée, mais il est probable que nous allons manger du maïs et des laitages dépassant le seuil actuellement autorisé de ces charmantes molécules, et ce pour des raisons purement démagogiques. Une situation plus ou moins équivalente (pour faire court) s’est produite en Italie et dans les Balkans avec la récolte de maïs 2012 .
    A ce stade-là, la contradiction entre science et politique devient vraiment très inquiétante et dans ce petit jeu il faut bien constater que les scientifiques sont vraiment impuissants face à la pression considérable des lobbies anti-OGM en France et dans beaucoup de pays européens.

  11. christophe robaglia

    Salut Jean Claude!!
    Hélas, il est de plus en plus difficile de croire à la victoire finale de l’intelligence!
    amicalement
    CR

  12. Ping : Bilan de dialogues avec 7 biologistes sur les #...

  13. Mon blog a été classé « pro OGM » une fois pour toutes par pas mal de gens, et il faut voir les accusations portées contre http://www.geneticliteracyproject.org/

    Euh… je vois pas trop le lien entre ce que tu dis et le site?
    (bon, je n’y ai pas passé des heures, j’ai juste jeté un oeil, m’attendant à voir un site qui te catégoriser)

  14. Je fais ici un apparté par pure souci de digression. 🙂

    Je suis allé chercher sur internet si on avait des restrictions en France sur la consommation de certains animaux, histoire de faire écho à cet article de loi californien sur les chevaux (et les mules et les ânes d’ailleurs).
    (j’ai pas réussi à répondre à ce message en particulier, désolé)

    Ah ben sur les chiens et chats, qui étaient ma première recherche, c’est assez intéressant. En gros, si j’ai bien compris aucune loi ne l’interdit, mais plusieurs choses sont à prendre en compte:
    1. plein de lois restreignent la maltraitance des animaux d’une part et l’abattage d’autre part, donc pour manger un animal de compagnie, au niveau pratique c’est presque impossible, surtout que…
    2. l’usage est contre, l’opinion publique aussi. Donc un juge pourrait sans doute trouver des tas de choses à reprocher à qqu’un qui mangerait ces animaux.
    3. c’est un domaine passionnel, comme en témoignent les réactions de gens sur les site style « yahoo questions réponses », qui disent en toute ignorance que c’est « bien sûr interdit » (et dégoûtant et tout ça). C’est marrant cette propension à répondre sans savoir.

    Et chose amusante pour le présent blog, dans la page wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Cynophagie on trouve une petite particularité suisse, qui me fait dire que la viande de chien en Suisse c’est comme la dope à Amsterdam: on peut consommer, mais pas vendre 🙂

    miaou waf.

  15. « Bonne idée, mais au secours pour que cela soit perçu comme objectif. Mon blog a été classé « pro OGM » une fois pour toutes par pas mal de gens, et il faut voir les accusations portées contre http://www.geneticliteracyproject.org/ »

    C’est un risque lorsque l’on décide de s’impliquer dans un débat. Les personnes qui en font une affaire quasi-personnelle ou qui sont les plus engagées dans le débat ne seront jamais satisfaites avec ceux qui ne se rangent pas à 100% dans leur camps. Et la fibre militante peut passablement pourrir le comportement de certains. Donc, pour les membres de GMWatch et autres associations totalement opposées aux OGM par principe, tout ce qui peut contredire, même avec de très bons arguments, ne fût-ce qu’un tantinet ce qu’ils disent, sera toujours perçus comme biaisés et illégitimes. Il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire à ce niveau.

    Néanmoins (oui, il y a un « mais » et pas insignifiant du tout), pour toute personne qui n’est pas complètement polarisée dans ce débat et qui cherche vraiment à se faire une idée des enjeux, un site comme le tiens, avec son ton calme, conciliant et ouvert, peut constituer un cadre de dialogue tout à fait appréciable. Il leur permet d’accéder à des informations sans leur donner la sensation qu’ils sont des imbéciles, des ignorants ou, surtout, sans les culpabiliser d’avance quant à leurs choix. De fait, je pense que la publication sur ton blog d’une liste des arguments proposés en faveur d’une interdiction complète des OGM et des réponses que l’on peut y opposer pourrait tout à fait avoir un impact positif dans le paysage médiatique du Web sur ce sujet.

    Certes, il y aura probablement les militants habituels qui viendront hurler au loup sur ton blog et peut-être même que les sites Web de certaines associations épingleront tes billetws et chercheront à le « debunker » à leur tour ou tenteront de trouver ne fût-ce qu’un lien très maigre entre toi et « Monsatan » (t’aurais pas, par hasard, partagé un banc de la maternelle avec la cousine au 3ème degré par alliance de la voisine de la secrétaire de la directrice des HR de la branche vaudoise de la « greedy corporation », hum, hum? Voilà qui expliquerait tou, hein!). Mais, ton blog serait aussi bien relayé et pourrait arriver à être correctement listé dans les moteurs de recherches, facilitant la tâche aux gens qui veulent des informations correctes. Parce que le problème est que, pour l’instant, quand tu tapes « OGM » dans Google, tu as 50 pages de résultats menant presque tous sur des sites anti-OGM, qui se citent mutuellement en boucle et reprennent les infos des uns des autres.

    Je t’assure que c’est vraiment fastidieux de trouver des infos correctes sur n’importe quel aspect du sujet. Quand j’ai fait un « fact-checking » de la réponse de Marie-Monique Robin aux critiques de l’AFIS au sujet de son film « Le Monde selon Monsanto », j’ai eu un mal fou à trouver des informations autres que celles des sites anti-OGM au sujet des divers aspects du débat qui a opposée la journaliste engagée et les membres de l’association. Alors, t’imagine pour les gens, notamment les journalistes, qui n’ont pas forcément autant de temps à consacrer à la recherche sur un tel sujet!

    Par ailleurs, tu auras le soutien de tout un tas de gens, dans le monde scientifique, académique et médiatique, qui commencent à en avoir vraiment marre du manichéisme bêtement binaire qui domine dans les polémiques sur les OGM! En fait, plus qu’un soutien, je pense même une collaboration. C’est pourquoi je parlais aussi de répartition des tâches. L’idée n’est pas de lancer une personne seule au front, avec tous les autres qui poussent derrière, en criant « Banzaï! » et en agitant des éventails en signe d’encouragement!

    Enfin, je pense qu’il serait une bonne idée de traduire en anglais les billets publiés dans le cadre de cette initiative, histoire d’élargir l’audience. Je crois que dans le monde anglo-saxon, où la poussée des anti-OGM est peut-être plus récente, mais aussi beaucoup plus forte (parce qu’en matière d’activisme de terrain et de lobbying, il faut le dire, les Anglo-Saxons, surtout les Américains, sont des champions toutes catégories), de tels billets pourraient aider à faire baisser d’un ton le tohu-bohu polémique. Je pourrais y contribuer, mais n’ayant plus fait de biologie depuis un bon moment, j’aurais aussi besoin d’aide pour m’assurer de ne pas me tromper.

    On pourrait peut-être voir cela avec les gens du PodcastScience, de l’AFIS et d’autres groupes de promotions de la science, de la méthode scientifique et du rationalisme dans les débats publics. Qu’en penses-tu?

    • Je vois ce que vous voulez dire. C’est juste que ce serait pas mal de travail, et si c’est pour ensuite être balayé d’un revers de main, l’investissement ne sera pas vraiment rentabilisé à mon avis.

      Je préférerais réfléchir d’abord à des solutions à cette perception de sources biaisées ou militantes, avant de construire la resource elle-même.

  16. Ping : Bilan de dialogues avec 7 biologistes sur les #...

  17. Wackes Seppi

    Le bilan ?

    1.  Un chercheur-enseignant-blogueur qui sort des sentiers battus et ose titiller des collègues sur un sujet dominé par l’émotion et la désinformation plutôt que la raison.

    2.  Sept chercheurs-enseignants qui relèvent le défi.

    3.  Six sur sept qui ne sont manifestement pas prêts à succomber aux sirènes de la facilité et de la désinformation.

    4.  Un impact médiatique mince à en juger par l’absence de réaction des anti-ogm militants. Ou un impact important vu l’absence de réaction équivalant à une défection (on peut rêver…).

    5.  Un énorme défi qui reste à relever : dans la perspective d’un monde à 9 ou 10 milliards d’humains en 2050 (c’est proche : trois cycles de sélection en amélioration des plantes…) convertir l’opinion à l’idée qu’il est impératif d’utiliser toutes les méthodes d’amélioration des plantes.

    6.  Dans le cadre de ce défi :

    a.  devenir audible et visible…

    b.  ce qui implique de gagner la bataille de la crédibilité face aux désinformateurs et manipulateurs de tout poil…

    c.  ce qui implique aussi de parvenir à se faire une place aux avant-postes du paysage médiatique (en bonne posture sur les moteurs de recherche)…

    d.  ce qui implique aussi toucher et convaincre les politiques (dont certains ont vendu leur âme aux désinformateurs…), les faiseurs d’opinion et en particulier les médias (dont beaucoup sont désinformateurs par veulerie et intérêt) et, évidemment, l’opinion publique.

    7.  Plus généralement, restaurer la « foi » (je n’aime pas ce mot) dans le progrès et dans notre capacité à créer un avenir qui ne saurait être un retour vers un passé mythique.

    Plus concrètement, il me paraît urgent d’examiner la possibilité de réunir les forces de progrès.

    De mon passé syndical, un classique :

    « We must, indeed, all hang together or, most assuredly, we shall all hang separately » (Benjamin Franklin).

  18. Ping : Bilan de dialogues avec 7 biologistes sur les #...

  19. Je voulais juste vous remercier vous et vos collègues pour cette belle entreprise, les quelques dialogues que j’ai lus m’ont permis de comprendre un peu mieux un sujet dont la grande majorité des gens (dont moi) ne savent finalement pratiquement rien.