Manipuler les champignons pour mieux cultiver le manioc

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Il y a un article d’un collègue dont je voulais parler depuis un an. Comme je n’ai jamais trouvé le temps d’en parler longuement, je vais en parler rapidement, ça me donnera une excuse pour revenir sur le sujet quand il aura de nouveaux résultats publiés.

Les champignons mycorhiziens (arbuscular mycorrhizal fungi : AMF) sont des champignons qui vivent en symbiose avec des plantes (très bon article dans Wikipedia francophone pour une fois). On sait depuis longtemps que la présence de ces champignons améliore la productivité des plantes au labo. Le groupe de mon collègue, Ian Sanders, et d’autres ont aussi montré au labo que différentes variétés de la même espèce de champignons avaient une efficacité différente sur la croissance et la productivité des plantes. Mais le défi qui leur était présenté était de montrer que ceci était pertinent à l’agriculture réelle, hors du labo.

Ian a donc échangé son chapeau de chercheur fondamental en écologie pour celui du chercheur appliqué en agronomie (je vous rassure, il fait encore du fondamental aussi), et a trouvé une collaboration avec la Colombie. Pourquoi là-bas ? Une bonne raison est que l’on s’attend à ce que les AMF fassent davantage de différence dans les sols acides typiques des pays tropicaux humides, pour lesquels de nombreux engrais (phosphates, nitrates) sont typiquement nécessaires pour augmenter la productivité. Et parce qu’en Colombie on étudie la culture du manioc, qui est une culture vivrière dans de très nombreux pays pauvres.

Et le résultat dont je voulais parler, publié en août 2013 dans PLOS One, est que oui l’innoculation de champignons AMF cultivés, sur du manioc en plein champ, améliore la productivité :

Effet de l'ajout d'AMF (barres noires). En (b) remarquer que l'ajout de phosphate (gauche à droite) améliore aussi, mais l'AMF peut compenser zero phosphate ajouté.

Effet de l’ajout d’AMF (barres noires). En (b) remarquer que l’ajout de phosphate (gauche à droite) améliore aussi, mais l’AMF peut compenser zero phosphate ajouté.

Alors ce n’est qu’une première étude, d’autres sont en cours, mais les colombiens qui travaillent avec Ian sont très enthousiastes, et il y a aussi une collaboration avec une compagnie qui peut potentiellement produire en quantité industrielle les AMF le jour où le bon mélange est trouvé. Il y a aussi un projet parallèle qui démarre en Afrique.

Maintenant que je me suis lancé sur le sujet, j’espère bien que je trouverais le temps d’y revenir. 🙂

Mise à jour : il y a eu un excellent article là-dessus sur le site de PBS, la télévision publique américaine (en anglais donc) : The next revolution may rely on microbes.