Des ONG dont Greenpeace ne semblent pas vouloir d’une politique européenne scientifiquement fondée sur les #OGM

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Il y a un peu plus de deux semaines, j’ai écrit un billet rapide sur une lettre ouverte d’ONG environmentales, dont la plus célèbre est Greenpeace, demandant la suppression du poste de conseiller scientifique à la commission européenne. Depuis, il y a eu quelques réactions à mon billet, des développements dans les médias anglophones, et pour ce que j’en vois aucune couverture dans les médias francophones. Je vais essayer de revenir sur ces développements ici.

D’abord retour sur le contexte : la lettre demandant la suppression du poste cite un seul dossier, celui des OGM. Sur les OGM justement, Greenpeace a un historique de déformation et de citation partielle et biaisée de la recherche scientifique. La recherche scientifique montre que les OGM ne posent pas des risques de santé particuliers, et quand risques environnementaux il y a ils ne semblent pas spécifiques des OGM, et ne justifient pas par exemple une opposition sans nuances à toute solution incluant des OGM (voir exemple du riz doré dans ce billet). De même, l’alarme sur des risques de contamination comme si les OGM étaient radioactifs ou empoisonnés n’ont aucune base factuelle (voir discussion sur le miel, par exemple ce billet).

Autre élément important, la conseillère scientifique sortante, Anne Glover, a soutenu clairement un rapport scientifique rapportant ce que la recherche scientifique montre, que les OGM ne présentent pas de risques particuliers et peuvent parfois être utiles. Ce soutien (voir ici sur euractiv.fr) au travail des scientifiques et aux conclusions basées sur la recherche lui a valu bien sur d’être classée comme vendue aux lobbies. Par exemple corporateeurope.org dit que c’était juste « son opinion personnelle », qu’elle a eu tort de donner. Non, elle a soutenu un rapport d’académies scientifiques, ce n’est pas dur à comprendre quand même.

Au vu de tous ces éléments, et de la lettre elle-même, il est très difficile de ne pas conclure que les ONG signataires ne veulent pas d’un éclairage scientifique sur les discussions politiques concernant les OGM, et que c’est ce qui motive leur demande de suppression du poste. Il s’agit bien d’une demande de diminution de l’information scientifique dans le processus de décision européen.

Alors pour beaucoup ces ONG ne peuvent par principe ne faire que du bien. Je pense que les intentions des membres des ONG en question sont en effet en général bonnes, mais les faits sont les faits, et si on repousse la science, l’empiricisme et la rigueur expérimentale et méthodologique, alors les bonnes intentions ne sauvent pas de dire de très grosses bétises, et le cas échéant ces bétises vous entraînent à des actions inutiles voire destructrices. Je suis frappé dans les réactions par le crédit donné à Greenpeace, et par le peu d’écho que cette affaire a dans les médias francophones. Si un ensemble d’industriels avait écrit la même lettre, en remplaçant « OGM » par « changement climatique », j’ai le sentiment qu’on aurait eu une floraison d’articles défendant le poste de conseiller scientifique contre ces méchants lobbies. (Pour mon point de vue sur la question plus large, voir le billet « Pourquoi est-ce que l’étude Seralini sur les OGM m’énerve ?« .)

Ensuite, la lettre de défense du poste de conseiller (que j’ai signé) a été portée notamment par Sense about science. Après vérification, je ne vois pas de support pour les suggestions d’Enro en commentaire que cette association serait suspecte (merci à NLN pour son commentaire instructif aussi). D’ailleurs la lettre a acquis les signatures de nombreuses associations scientifiques majeures, dont l’assocation des académies scientifiques (y a un biais vers des associations de biologie et biotechnologie, vu le sujet).

Il y a comme souvent une excellent couverture dans The Guardian. Il faut dire que Anne Glover est britanique, ça motive. Dans l’article « War of letters« , on apprend que des associations scientifiques prestigieuses ont signé la lettre de Sense about science, et qu’il y a une autre lettre de soutien au poste de conseiller scientifique, par des organisations majeures de soutien de la recherche biomédicale. Ca vaut le coup de les citer, ce sont des acteurs très importants de la recherche, et des associations à but non lucratif, pas des grosses pharma, et certainement pas des outils de lobbies agro-chimiques :

Cancer Research UK, Alzheimer’s Research UK, Association of Medical Research Charities, Wellcome Trust, Patients’ Network for Medical Research and Health (EGAN), NHS Europe office, Arthritis Research UK, International Brain Tumour Alliance – IBTA, Clinical Research Policy and Campaigns Advisor – Parkinson’s UK.

Et je cite :

Paul Nurse, president of the Royal Society, commented: « There will always be those who attack the messenger because they do not like the message but when that message is backed up by the scientific evidence, politicians should be smart enough to listen to the independent scientific experts. »

On remarque dans l’article et ailleurs une certaine tendance à faire marche arrière de Greenpeace, en disant qu’en fait ce qu’ils veulent c’est une réforme du poste. Bin fallait le dire. Votre lettre, elle est courte et claire, et elle demande la suppression du poste. Ca ressemble plutôt à du contrôle d’erreur de communication qu’à un malentendu sincère à mon avis.

Y a un autre article dans The Guardian, qui commence par un parallèle provocateur entre la suppression du poste de conseiller scientifique à la Maison Blanche par Nixon, et la demande des ces ONG anti-OGM :

The European NGOs calling for the abolishment of the chief scientific adviser, which include Greenpeace, are taking a page right out of Nixon’s playbook. Don’t like the science advice you are getting? Then fire your science adviser. Or better yet, abolish the position altogether so that you’ll never need to hear unwelcome advice in the future.

Mais l’article fait ensuite une analyse intéressante des tensions inhérentes à de tels postes de conseillers, et propose des pistes d’amélioration.

Ce billet est déjà très long, donc je reviendrais par ailleurs sur l’interpellation qui m’a été adressée sur Twitter concernant les perturbateurs endocriniens :

Par contre je ne pense pas revenir sur le commentaire étrange de Martin Pigeon de corporateeurope.org ; je n’arrive pas à voir ce qu’il veut dire, à part démontrer qu’il écrit comme un politicien. Je ne suis pas toujours d’accord avec Wackes Seppi (ni avec personne d’ailleurs), mais « gloubiboulga de commentaire » me parait un bon résumé.

Mise à jour de novembre : le poste a bien été supprimé.

5 réponses à “Des ONG dont Greenpeace ne semblent pas vouloir d’une politique européenne scientifiquement fondée sur les #OGM

  1. Ping : Des ONG dont Greenpeace ne semblent pas vouloir...

  2. Wackes Seppi

    La petite BD en exergue est absolument géniale.
    Merci pour ce suivi et pour les liens, fort utiles.

    .

    Il faudrait ajouter :

    http://www.euractiv.com/sections/eu-priorities-2020/eu-twisting-facts-fit-political-agenda-chief-scientist-says-302399

    Ce texte a une grande importance :

    « Je vais proposer au prochain Président de la Commission européenne d’essayer et de développer un nouveau système de collecte des éléments de preuves au sein de la Commission qui déconnecte complètement cette collecte des impératifs politiques », Glover dixit.

    En clair : si ce travail d’Hercule se réalise, il y aura une réduction drastique des multiples opportunités qui s’offrent aux marchands de peurs, de doutes, de poudres de perlimpinpin politiques, alterscientifiques, pseudoécologistes, etc. d’influencer la décision politique par des arguments spécieux relevant du domaine des sciences parallèles voire des pseudosciences.

    Ceci fournit une troisième raison à cette lettre de demande de suppression du poste de Conseiller scientifique principal signée par un cartel d’« organisations » : Mme Glover représente un danger pour les activités de lobbying de ces honorables (?) entités qui se présentent comme des ONG.

    Les deux autres étant : la réaction pavlovienne à la lettre de BusinessEurope (mais ils ont mis trois mois pour la concocter…) et le besoin impératif de faire vivre leur fond de commerce en faisant du tapage politique et médiatique.

    .
    « …il y a eu quelques réactions à mon billet, des développements dans les médias anglophones… » ?

    Des exercices de rétropédalage (relatif quand même) et d’enfumage. M. Pigeon sur ce site ; Greenpeace UK – qui n’est pas l’officine de lobbying bruxelloise… – sur le Guardian ; La Cancer Prevention and Education Society (mais qu’est-elle venue faire dans cette galère ?) dans les commentaires sur le Guardian…

    Au fait, n’est-ce pas mignon de la part de GP UK : « Réformez le poste et rendez-le opérationnel pour que les preuves l’emportent sur le poids du lobbying ». Quant on connaît le poids du lobbying des pseudo-ONG à Bruxelles… Doit pas être au courant le gars…

    .

    « …et pour ce que j’en vois aucune couverture dans les médias francophones » ?

    Les médias français sont paresseux et, en plus, en vacances…

    .

    Mais revenons à CEO.

    Pour commencer, ma réponse à M. Pigeon a été brutale. Ce genre de prêchi-prêcha doucereux et faux-jeton est insupportable.

    .

    Faux-jeton ?

    Vous avez mis en lien la dernière production de cette entité, le CEO, une « stichting » hollandaise… on a beau être pour la virginité entrepreneuriale, on sait utiliser les ficelles de l’optimisation fiscale…

    http://corporateeurope.org/power-lobbies/2014/08/chief-scientific-adviser-remarks-problematic-position-and-suggestion-sense

    C’est aussi une sorte de rétropédalage, même si cela ne va pas jusqu’à retirer le demande de supression du poste de conseiller scientifique principal (et de limogeage de Mme Glover). Enfin voyons… montrer le coccyx, oui… se déculotter entièrement, non…

    Mais ce nouveau gloubiboulga est instructif sur les moeurs et surtout la mauvaise foi de ces gens.

    Ils écrivent donc que :

    « Nous pensons que les propositions du « big business » (je ne traduis pas volontairement, paix à la mémoire de Georges Marchais) d’augmenter le rôle du conseiller scientifique principal et même de lui donner formellement des pouvoirs au sein de la Commission (telle leur proposition de faire définir par le CSP les critères d’acceptation et de refus des éléments de preuve à des fins réglementaires…).

    BusinessEurope a écrit, pour ce qui est du plus approchant :

    « Pour assurer la transparence et la crédibilité, la Commission devrait établir de nouvelles règles (« policy ») pour la collecte et l’utilisation des avis scientifiques. Sur la base d’un processus formel de collecte des éléments de preuve, y compris des normes scientifiques strictes, il incomberait au Centre commun de recherche de produire une opinion scientifique consolidée et de la remettre au CSP. »

    En clair : il n’y a pas que « Greenpeace [qui] a un historique de déformation et de citation partielle et biaisée… »

    Mais rien n’interdit au CEO de « penser » que la (non-)proposition de BusinessEurope est « un conduit pour permettre aux intérêts commerciaux de contrôler les éléments de preuve scientifiques que le législateur est autorisé à utiliser »…

    Relisez bien cette phrase pour saisir l’énormité du délire…

    .

    Remarquez… c’est aussi un extraordinaire aveu implicite de la faiblesse des arguments produits par les amis du CEO, de ce cartel ou non !

    .

    J’arrive donc à la même conclusion que vous : « …les ONG signataires ne veulent pas d’un éclairage scientifique sur les discussions politiques concernant les OGM ».

    Sauf que ne n’est pas un fait nouveau ; que cela n’est pas limité aux OGM ; et qu’il ne s’agit pas (exclusivement) d’ONG.

    .

    Vous pensez « que les intentions des membres des ONG en question sont en effet en général bonnes » ?

    J’ai côtoyé ce genre de bidules de près et fait de la veille pendant des années. Vous pouvez deviner la suite…

    .

    Enfin, petite précision qui a son importance. Vous écrivez : « La recherche scientifique montre que les OGM ne posent pas des risques de santé particuliers ». Il faut préciser, ne serait-ce que pour ne pas passer pour un inconditionnel des OGM : « les OGM actuellement mis sur le marché ». Puisque les complots sont aussi un sujet que l’on ose aborder sur ce site, je peux très bien m’imaginer un terrorisme transgénique…

  3. Ping : Des ONG dont Greenpeace ne semblent pas vouloir...

  4. Wackes Seppi

    Voici la suite de cette lamentable manœuvre :

    http://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-22469-ONG-poste-de-CSC.pdf

    Quand on s’aperçoit qu’on a fait une boulette, dans ces milieux, on revient à la charge en prenant bien soin de travestir les faits et réécrire l’histoire.

    « Par cette lettre [du 22 juillet 2014], notre intention était de stimuler le débat sur la manière dont l’avis scientifique aux décideurs doit être organisé… » Tintin ! Par cette lettre ils ont demandé de supprimer le poste : « We hope that you as the incoming Commission President will decide not to nominate a chief scientific adviser ».

    Et comme les bandes de loubards, on revient plus nombreux…

    • Merci pour cette information. Je trouve choquant ces critiques de « concentration des pouvoirs », alors que la seule chose que j’ai trouvé reproché à Anne Glover c’est d’avoir soutenu un rapport public des académies scientifiques européennes. Les académies scientifiques européennes, ce n’est pas exactement une personne isolée.

      Et en effet, quelle hypocrisie. Pff.