Cellules souches à l’acide, c’est fini. Quelles conséquences pour la recherche et le rôle des réseaux sociaux?

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Bin voilà, c’est fini. La grande promesse des cellules souches miracles obtenues rapidement pas cher (voir ce billet) est enterrée par le journal qui l’a publiée : Nature a retiré les deux papiers et le commentaire enthousiaste publié en même temps (voir aussi ce billet).

Je suis sur que beaucoup de choses vont être dites et écrites sur ce bazar, mais je voudrais juste revenir ici sur le rôle des médias sociaux, et l’interaction avec la publication classique (voir ce billet pour les types de publication). Pour simplifier, je vais partir du résumé sur le site retractionwatch et de l’excellent blog ipscell.

On rappelle que de nombreux lecteurs (biologistes) du papier ont remarqué et rapporté très rapidement des problèmes potentiels. Mais Nature dit que l’expertise avant publication (peer review) n’aurait pas pu le détecter. Comment cela se fait-il ? Des experts aguerris ne peuvent pas voir ce que voient des doctorants qui lisent le papier ?

En tous cas, Nature dit qu’ils vont maintenant faire plus attention aux figures. Vrai ? Chiche ? Parce qu’à l’heure d’internet, et contrairement aux bons journaux spécialisés, ils ne demandent toujours pas les photos originales en haute définition apparemment. Et ils ont quand même une phrase très étrange dans leur éditorial :

When figures often involve many panels, panels duplicated between figures may, in practice, be impossible for journals to police routinely without disproportionate editorial effort

Euh, le journal scientifique le plus célèbre du monde, dont les abonnements sont très chers, trouve que c’est trop de boulot de vérifier qu’il n’y a pas d’images dupliquées dans les articles qu’ils acceptent ? Et on nous fait ch..r avec les soit-disant problèmes de qualité de PLOS One ?

Et le point où je veux en venir : dans cet éditorial, Nature ne met pas en avant le rôle clé qu’ont joué les réseaux sociaux et les scientifiques qui y sont actifs. Ce sont des forums anonymes et des billets de blog qui ont pointé les problèmes, qui ont rapporté les tentatives de reproduction, et qui ont poussé à une réaction finalement assez rapide des instituts concernés, et d’abord le RIKEN au Japon (Harvard a été nettement moins réactif). Et ensuite Nature a réagi à l’enquête du RIKEN, mais sans ces médias sociaux, il est douteux que cela se soit passé aussi vite.

Et c’est à nouveau très important : comme discuté dans de précédents billets, les articles qui font sensation, qui rapportent des résultats très surprenants et/ou très intéressants, souvent dans de grandes revues un peu « magazine » comme Nature ou Science, sont maintenant sous le scrutin public de milliers de scientifiques pas forcément prestigieux, qui n’auraient pas voix au chapitre s’ils devaient attendre que Nature ou autre leur demande leur avis, mais qui sont rigoureux et passionés et ne laissent pas passer les bétises. Je pense que Nature en a conscience, et ne voit pas cela comme un progrès, avec leurs éditeurs professionnels et leurs abonnements hors de prix. Mais pour la science, pour la communauté scientifique, et pour la confiance que vous pouvez nous faire au bout du compte, je pense que c’est bien un progrès.

7 réponses à “Cellules souches à l’acide, c’est fini. Quelles conséquences pour la recherche et le rôle des réseaux sociaux?

  1. Ping : Cellules souches à l’acide, c&rsqu...

  2. Les réseaux sociaux sont en effet en train de secouer sérieusement les publications ‘traditionnelles’.

    On a tous à un moment donné (dans des congrès, des séminaires, des ‘journal club’) parlé/critiqué/encensé tel ou tel papier. Mais cela restait intime entre 3-4 personnes autour d’un café ou d’une bonne bière.

    Maintenant, entre les blogs, twitter, les plateformes plus encadrées comme Pubpeer, Pubmed Commons ou F1000Research, chacun peut commenter à posteriori n’importe quelle publication et chacun peut accéder à ces commentaires et nourrir la conversation.

    Et quand il a potentiellement des problèmes de fraude, tricherie ou manipulations de données, plus on est nombreux, plus on a de chance de mettre en évidence tel ou tel problème. 2-3 reviewers pour un papier peuvent rater quelque chose. Avec 100, 200 ou 1000 lecteurs pouvant à tout moment intervenir à posteriori de manière lisible, le moindre problème pourra être mis en évidence.

    Cependant, il ne faut pas non plus que cela devienne une chasse aux sorcières systématique et ce seront certainement toujours et encore les papiers publiés dans les ‘grands journaux’ type Nature, Cell, Science qui seront le plus scruter.

    Pour terminer, l’édito de Nature est en effet limite. En gros y’a eu fraude, on pouvait pas le voir, ce n’est pas notre faute. Les éditeurs et les maisons d’édition de ces ‘grands journaux’ ont aussi une part de responsabilité à ne vouloir publier que le dernier scoop à la mode.

    Le peer review est un filtre, le post publication peer review est une validation.

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  4. Je recommande à tout le monde d’aller lire l’édito et les réactions (3 au moment ou j’écris). J’allais dire un truc ici, mais tout a été dit.

    Si quand meme… Faut pas avoir honte de dire qu’on n’a pas les ressources de lire les articles. Encore plus quand on fait du peer review, ce qui n’est pas le cas des journaux classiques qui répètent l’AFP. Je rappelle que peer review, c’est quand meme 3 professionnels qui lisent et commentent l’article, et qui ne sont pas payés. La honte pour ceux qui ont accepté celui-là ! Et pour Nature qui avec plusieurs relecteurs pros non payés n’arrive pas à garantir une relecture convenable!

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