Créer des super virus au labo est-il vraiment une bonne idée ? (non)

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Récemment, des chercheurs de l’université de Wisconsin-Madison ont publié un article dans lequel ils rapportent avoir modifié un virus de la grippe pour le rendre aussi dangereux et aussi contagieux que celui de la célèbre épidémie de 1918 (la « grippe espagnole »).

Cet effort a provoqué beaucoup de réactions négatives dans la communauté scientifique (article du Guardian, billet de blog du biologiste évolutif Jerry Coyne, billet de blog du microbiologiste « Mike the mad biologist » ; tout ça en anglais). En gros, la plupart des collègues pensent que dans ce cas précis les risques l’emportent nettement sur les bénéfices.

Bénéfice potentiel : mieux comprendre comment une souche de grippe devient si dangereuse.

Risques potentiels : (1) déclencher une épidémie très grave, et (2) si jamais il y a un problème même mineur ça peut détruire la confiance dans la microbiologie, voire la biologie, durablement. Faut bien dire que le risque 1 semble bien le plus grave, de loin.

J’ai noté un commentaire sur twitter (que je ne retrouve plus) de @tomroud, qui disait qu’après ça, va expliquer rationnellement les OGM sans passer pour un savant fou. En effet.

Ce qui est étrange c’est que le NIH (INSERM américain), d’habitude très à cheval sur l’éthique et tout ça, ait financé des expériences pareilles.

Conclusion : je ne sais pas, c’est un monde fou.

(juste avant que je ne publie ce billet, j’ai vu que c’était couvert dans Le Monde édition abonnés)

7 réponses à “Créer des super virus au labo est-il vraiment une bonne idée ? (non)

  1. Ping : Créer des super virus au labo est-il vra...

  2. C’est dommage, du coup tu ne dis pas clairement ce que toi-même tu en penses…
    pour, contre, ou bien au contraire? 🙂

    • Pardon, je pensais avoir mis la réponse dans le titre.

      Je suis contre en l’état de mes connaissances. On peut étudier les différents facteurs de risque séparément (infectiosité, léthalité, etc) sans créer ce monstre. Et même s’il y a des choses qu’on apprend spécifiquement avec ce virus, le risque me paraît nettement plus important que le bénéfice.

  3. Ping : Créer des super virus au labo est-il vra...

  4. Quel est le niveau de danger biologique de cette manip ? Est-ce que ces manips ont été faites dans un labo P4 ?
    Question subsidiaire : vaut-il mieux que de tels travaux soient publiés (donc « facilement » reproductibles…) ou faits en secret dans des labos militaires ?

    • Je vais citer les méthodes du papier in extenso pour ce point :

      All experiments with 1918-related viruses were performed in biosafety level 3 (BSL3) agriculture containment laboratories. In vitro experiments were conducted in Class II biological safety cabinets, and transmission experiments were conducted in HEPA-filtered ferret isolators (Imai et al., 2012). The research program, procedures, occupational health plan, documentation, security, and facilities are reviewed annually by the University of Wisconsin-Madison Responsible Official and at regular intervals by the CDC and the Animal and Plant Health Inspection Service (APHIS) as part of the University of Wisconsin-Madison Select Agent Program. More detailed information on biosecurity and biosafety is described in the Supplemental Experimental Procedures.

      J’ai regardé le Supplemental Experimental Procedures en question, et ça détaille les contrôles mis en place par l’université, et les standards auxquels ils adhèrent.

      Donc P3 avec surveillance acrue.

      Question subsidiaire : je ne sais pas ce que les labos militaires font, mais je suppose qu’ils peuvent faire ceci que les universitaires le fassent ou non.

    • Pour la question subsidiaire: En informatique en tous cas on n’estime pas tres sûre la sécurité par l’ignorance. Je pense que les mêmes arguments peuvent sans doute être repris ici.
      http://lmgtfy.com/?q=security+through+obscurity 😉

      Attention, on ne parle pas des moyens de reproduire l’expérience, mais de l’information et de sa diffusion.

      Apres, il y a aussi un souci éthique de faire des choses dangereuses pour le public sans l’en informer. Chacun aura son avis.