Etre jugé par ses pairs en sciences : un privilège d’homme ?

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Ca fait plusieurs fois que je participe à des comités ou jurys d’un type ou d’un autre, dans lesquels un certain nombre d’hommes (dont moi) jugent une jeune femme : jurys de thèse, comités de pilotage, commissions de recrutement, etc. Et je me faisais la réflexion que le contraire ne m’est jamais arrivé, et que même la possiblité que cela m’arrive a toujours été négligeable. Ma directrice de thèse était une femme, et la seule de mon jury de thèse. Dans la commission qui m’a embauché à l’Université de Lausanne, il y avait une femme. Pour le reste, que des hommes. Je n’ai jamais été le seul homme d’un comité.

Ce qui me rappelle The male privilege checklist : tous ces privilèges dont les groupes dominants n’ont pas conscience parce qu’ils ne sont pas des privilèges explicites, mais plutôt des absences de discrimination, ou simplement que la société est construite pour eux (en l’occurence je devrais dire pour nous, vu que je fais partie des privilégiés).

Alors voilà, un privilège dont je bénéficie en tant qu’homme en sciences : je suis très généralement jugé par d’autres hommes, et très rarement (ça ne m’est jamais arrivé) par des comités constitués uniquement de membres de l’autre sexe.

Je ne dit pas qu’il s’agit d’un privilège énorme, ni que d’être jugé par un comité constitué uniquement de membres de l’autres sexe est forcément un problème. Mais c’est juste un des nombreux petits désagréments potentiels sur la voie d’une femme voulant faire des sciences, dont un homme n’a jamais ni à être victime, ni – immense privilège en soi – à même être conscient.

Que faire ? A court terme, je suppose, en être conscient, et essayer d’y faire attention, prendre en compte ces circonstances dans le jugement et dans le fond et la forme de la discussion. A long terme, bin plus de femmes à des postes importants en sciences…

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Note : je reçois des tonnes de spam dans les commentaires, et je n’ai pas le temps de tout vérifier. Alors si vous commentez et que ça n’apparait pas dans les 12h, contactez-moi par Twitter @marc_rr.

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Mise à jour : sur un thème connexe, un bon article sur la « ville faite pour les garçons » sur le nouveau site du vulgarisation du CNRS.

8 réponses à “Etre jugé par ses pairs en sciences : un privilège d’homme ?

  1. On pourrait certainement trouver d’autres biais de ce genre, par exemple en fonction de l’origine socioculturelle des personnes (qu’on détecte inconsciemment rien qu’en discutant du temps qu’il fait, indépendamment de toute valeur scientifique), ou de critères physiques (obésité, couleur de peau, par exemple).
    Comme vous dites, il faut essayer d’en être conscient et d’y faire attention.
    Mais, en même temps, y faire attention, n’est-ce pas déjà une sorte de biais ?
    Pas simple en tout cas.

  2. Ce biais n’est-il pas simplement le miroir du pourcentage de femmes comme cheffes de groupe, directrices d’institut et autres postes a responsabilité ? Regardez autour de vous le ratio entre le nombre de femmes étudiantes/doctorantes/postdoc, et le nombre de femmes cheffes de groupes. C’est catastrophique dans de nombreux instituts:
    http://www.nature.com/news/inequality-quantified-mind-the-gender-gap-1.12550

    A l’inverse, je peux me tromper, mais je ne suis pas convaincu que les femmes soient plus tendres que les hommes quand il s’agit de juger d’autres candidates.

    •  » je ne suis pas convaincu que les femmes soient plus tendres que les hommes quand il s’agit de juger d’autres candidates »

      Je peux me tromper, mais je crois que ce n’est pas la question. On parle juste d’une constatation, qui ne pose peut-être pas de problème quantifiable, mais qui est tres asymetrique et qu’on ne remarque même pas si on est un homme.

      Ca me rappelle plutôt les docteurs: il me semble que typiquement les gens qui choisissent un(e) psy choisissent souvent en fonction, notamment, du sexe. Et c’est très vrai pour certains spécialistes, notamment ceux qui s’occupent des parties un peu plus gênantes ou intimes. Est-ce que ça veut dire qu’il y a une différence de niveau entre sexes dans ces professions? Je n’en suis pas convaincu. C’est juste une question d’aisance sociale. On pense qu’on sera plus à l’aise avec qqu’un de tel ou tel sexe.

      Pour un jury, j’imagine tres bien qu’on soit plus ou moins à l’aise devant un jury exclusivement de l’autre sexe ou du même sexe, et ceci à qualité de jugement (des juges) égale.

      Comme disait Dylan… « and the all-white jury agreed »
      (rho MRR t’aurais pu la citer celle-là 🙂 )

      • Il y a eu récemment une étude qui montre que les femmes en position dominante coopèrent moins avec les jeunes (j’espère que je ne caricature pas les conclusions…).
        On pourrait donc aussi bien imaginer que les candidates ressentent ce biais, et ne soient pas particulièrement à l’aise avec un jury féminin. Effectivement pour ma part je ne vois pas ce qu’il y a de désagréable à avoir un jury masculin, et je préfèrerais même cela à un jury plutôt féminin.

        • Ben… le truc que fait remarquer MRR, c’est que, quelle que soit votre opinion, vous n’avez pas le choix.

          (par ailleurs, vous pouvez imaginer des tas de choses sur les jurys féminins, s’il n’existent pas. 🙂 )

          Avez-vous eu l’occasion de comparer?
          (moi j’en sais rien, mais MRR dit que lui, non)

      • Oui, c’est la constatation d’une asymétrie.

        Quelqu’un a commenté sur Twitter « ce n’est pas vous que l’on juge, c’est votre travail ». Faux, que ce soit un examen de thèse (à mi parcours ou final), ou un entretien d’embauche, on vous juge en tant que scientifique, ce qui inclut une grande partie de ce qui vous définit en tant que personne si vous êtes un scientifique justement. Pensez aux piques entre Sheldon et Lehnert dans Big Bang Theory.

        Je peux me tromper, mais je pense que là où cela peut avoir un effet, même mineur, c’est lorsqu’il y a problème ou juste fragilité. Si quelqu’un n’est pas très sur de son statut de scientifique. Or le syndrome de l’imposteur affecte bien plus les doctorantes que les doctorants. Et être face à un comité dans lequel on ne se reconnaît ne me paraît pas de nature à améliorer les choses.

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  4. C’est amusant parce que mardi, lorsque nous discutions de membres possibles à mettre dans le jury de thèse d’une doctorante, et notamment des rapporteurs, nous avons spontanément suggéré des femmes pour leur compétence dans les domaines couverts par la thèse.

    Puis, quelqu’un a fait remarquer la rareté d’une telle configuration (je suis dans une discipline avec une forte majorité masculine, et un cas assez courant est que l’on cherche une femme à mettre dans le jury ou le comité de recrutement, ce qui n’est pas forcément facile en raison de contraintes réglementaires etc.).