Les #OGM n’existent pas, et ça nous fait oublier l’essentiel

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Bien sur que les OGM existent, stricto sensu. Mais au sens où le terme « OGM » est utilisé dans le discours public il ne veut rien dire. Les OGM sont le produit d’une technique. Toute phrase « Les OGM verbe complément » n’a de sens que si elle discute de la technique.

Phrases faisant sens :
Les OGM sont plus rapides à produire que les variétés par croisement.
Pour développer des OGM il faut des compétences en biologie moléculaires.
Mise à jour : voir commentaire intéressant de Wackes Seppi.
Phrases ne faisant pas sens :
« OGM = agriculture toxique« .
Les OGM sont des poisons.
Les OGM causent des alergies.
Mise à jour : Martin Clavey me signale un exemple intéressant de phrase contre-sens pro-OGM :
Les OGM pour enrayer la famine?
(on peut en faire vraiment beaucoup en fait des qui ne font pas sens.)

Deux nouvelles dans l’actualité relativement récente m’amènent à (re-)clarifier ce point.

Les pommes Arctic Apples (voir explication sur Passeur de sciences) sont modifiées pour qu’un gène présent dans les pommes (et les pommiers) ne s’exprime pas, c’est-à-dire ne soit pas actif. Si j’ai bien compris (ref dans un article, page Wikipedia, page de la companie) c’est l’ensemble des copies du gène PPO (y en a plusieurs) qui sont toujours là mais dont l’expression est bloquée.

Ce qui est important pour la discussion dans le contexte de ce billet, c’est que la plupart des points débattus sur les OGM « usual suspects » ne sont pas pertinents : il n’y a aucun matériel génétique étranger ajouté.

Autre information récente, la discussion sur le miel au Parlement Européen : les parlementaires ont considéré que du miel produit avec en partie du pollen issu de plantes OGM n’était pas différent de miel produit autrement. Et en effet, le fait d’être « OGM » n’est pas une qualité physique que se transmet à travers toutes les transformations biologiques, contrairement par exemple à la radioactivité ou à la présence de métaux lourds. Un OGM, c’est un organisme dont l’ADN a été modifié. Mais l’ADN est une très grosse molécule biologique présente en quantité faible ; la plupart des transformations biologiques, comme la mort et encore plus la digestion, vont la casser. Après digestion, on a des nucléotides, mais plus de l’ADN, pas plus qu’un tas de lettres n’est un roman de Tolstoï. Donc l’ADN modifié n’aura pas en soit d’influence sur le miel, produit d’une digestion et d’un « tri » des sucres par les abeilles (en gros le miel c’est des sucres). Il est possible par ailleurs qu’un OGM contienne des molécules actives pas présentes dans le non OGM, enquel cas ces molécules pourraient aller un petit peu dans le miel.

Mais on revient à ce qui est illustré par les Artic Apples : selon les OGM, on aura ou non ajout d’une substance. Autre exemple, plus connu, les plantes Round-Up Ready bien un gène de bactérie rajouté, mais il s’agit de l’homologue (voir ce billet) d’un gène que les plantes ont déjà. Rien ne change, sauf que cet homologue n’est pas inactivé par le glyphosate (le Round-Up). Ah et puis les plantes sont généralement traitées au glyphosate, mais d’autres plantes aussi, et sinon d’autres herbicides sont utilisés.

Pourquoi est-ce important ? Parce que la focalisation sur le terme « OGM » comme catégorie idéalisée à la Platon entraîne des blocages énormes, et une énorme dépense d’énergie qui finalement rate sa cible.

C’est avec ce genre de réification du concept OGM qu’on se retrouve avec des gens apparemment intelligents comme Nassim Taleb qui nous explique que les OGM c’est un risque systémique énorme. Mais il réussi à faire cela sans jamais se pencher sur la question de ce qu’est un OGM. Je suis moins fort en maths que Taleb, mais je n’arrive pas à voir la menace de déséquilibre pour la planète dans le fait qu’une pomme ne brunisse pas parce qu’elle a une enzyme sous-exprimée, ou qu’un riz a de la vitamine A dans ses graines (Golden Rice ; voir ce billet et celui-ci et celui-là). Le pire qui va arriver, c’est que ces plantes si elles quittent nos champs auront un désavantage sélectif et seront éliminées. Oui il faut faire attention (voir billet sur les limites de la science), mais non tout OGM n’est pas porteur d’un risque global cataclysmique.

Vous voulez militer contre le brevetage du vivant ? Faites-le, c’est très important ! Mais en se focalisant sur les OGM, vous laissez breveter des avancées médicales, des plantes hybrides, et des organismes mutants (mais par mutagenèse non dirigée alors c’est OK). Par contre vous bloquez la recherche publique sur de potentiels OGM non brevetés (potentiels parce que vu l’opposition aux OGM, les labos publics laissent tomber).

Vous voulez être informé sur les pesticides ? C’est très important aussi, oui ! Mais en se focalisant sur les OGM, vous ratez les discussions sur d’autres pesticides, autrement plus nocifs (notamment pour les abeilles d’ailleurs), et vous bloquez le développement de plantes résistant mieux aux pathogènes sans traitement (par exemple en augmentant leur système immunitaire – c’est faisable mais pas fait, encore à cause des oppositions). (A ce propos, je note avec intérêt la récente décision française d’interdire les pesticides aux jardiniers amateurs – à suivre.)

Vous êtes contre la monoculture ! Alors diversifiez vos achats, faites attention à la provenance de ce que vous achetez, et même proposez des lois récompensant les pluricultures moins rentables (ou le maintien de systèmes tels que le bocage). Mais en insistant sur les OGM, vous bloquez les développements de plantes pouvant pousser dans des conditions plus diverses, ce qui permettrait de mieux exploiter chaque milieu, tandis la monoculture, qui date de bien avant les OGM, se porte très bien, merci pour elle.

Moi je serais tout pour par exemple noter sur les fruits et légumes quels pesticides ont été utilisés (y compris dans le bio, grand utilisateur de sulfate de cuivre ou de Rotenone, lequel cause Parkison chez les rats ; voir cet article), lesquels sont issus de variétés brevetées, lesquels ont été récoltés dans une exploitation non monoculture, etc. Mais l’information selon laquelle une pomme a un gène silencé ou un riz fait de la vitamine A non seulement dans les feuilles mais aussi dans les graines, quel rapport ?

Finalement, après une discussion twitter avec Mike Eisen et Vincent Lynch, je me suis dit que si on veut vraiment (comme beaucoup de militants verts américains) étiqueter les OGM, faisons au moins la différence. Etiquetons les OGM avec substance ajoutée (par exemple le maïs Bt, voir ce billet), mais pas ceux sans (comme le Round Up Ready ou Artic Apple). C’est pas un beau compromis, ça ?

Et je vous en prie, arrêtons avec les phrases « Les OGM sont ou font ceci cela ». Merci !

13 réponses à “Les #OGM n’existent pas, et ça nous fait oublier l’essentiel

  1. Tres bon post Marc auquel je souscris completement. Detail mineur: Attention quand tu ecris:
    « le fait d’être « OGM » n’est pas une qualité physique que se transmet à travers toutes les transformations biologiques, contrairement par exemple à la radioactivité »
    Tu veux en fait dire « elements radioactifs ». L’industrie alimentaire a un probleme psychologique similaire aux OGM avec la radioactivite. Une partie significative de la population croit qu’un materiel irradie devient radioactif (la faute aux mauvais films et BDs de science fiction). Du coup, ils ne peuvent pas dire ouvertement que le lait sterilise l’est par irradiation au cobalt.

  2. Bravo pour ce tres bon billet.

    Je remarque que depuis ton premier billet sur le sujet, à une époque où, grand public que j’étais, j’avais l’opinion répandue dans mon milieu, les billets de blog se suivent et se clarifient, et je ne parle bien sûr pas que de toi. On constate une évolution des exemples, des métaphores, des explications, qui rendent le sujet de plus en plus clair.

    (par exemple ton truc des lettres et du roman c’est pas mal :-) )

    Juste une remarque sur une contradition apparente:
    Tu dis que rien dans l’OGM ne peut aller dans le miel, puisque les lettres ne font pas un roman.
    Par ailleurs tu dis « Il est possible par ailleurs qu’un OGM contienne des molécules actives pas présentes dans le non OGM, enquel cas ces molécules pourraient aller un petit peu dans le miel. »
    Euh… c’est quoi la nuance?? Pour caricaturer, la phrase citée me semble bien dire que des trucs caca OGM vont se retrouver dans le miel, non?

    • Merci. :-)

      La nuance, c’est : supposons que je fasse un OGM avec le gène du venin de cobra exprimé à fond. Dans un produit fait à base de cette plante, il peut rester du venin dangereux même si le gène n’est plus là et n’est de toutes façons pas un problème.

      • Pour moi tu te contredis. Tu viens de me dire que si on met des tas de lettres d’un roman de tolstoi en tas, on risque fort d’y retrouver du tolstoi.
        Désolé, mais c’est pas clair ton histoire.

        Tu dis :
        « Donc l’ADN modifié n’aura pas en soit d’influence sur le miel, produit d’une digestion et d’un « tri » des sucres par les abeilles (en gros le miel c’est des sucres). »
        Et ton exemple du venin dit le contraire.

        Dis-moi que j’ai tort! :-)

        • Si je mélange les lettres d’une rccette de cuisine, on n’a plus la recette, mais il peut nous rester du plat qu’on a fait en suivant la recette. C’est plus clair ?

          Dans le cas du miel, il y a en plus le fait que les abeilles trient pour mettre quasiment que du sucre dans le miel, donc une protéine va s’y retrouver à peine ou pas du tout.

          • Je vais encore avoir l’air idiot, mais non, ce n’est pas beaucoup plus clair.

            Je rappelle que l’enjeu ici, en m’expliquant, c’est aussi de me fournir à moi et d’autres lecteurs des explications convaincantes pour le grand public. Autrement dit, si avec plusieurs explications je ne pige toujours pas, soit je suis spécialement bouché (ce qui n’est pas à exclure 😉 ) soit c’est objectivement difficile à comprendre. Et donc on ne pourra pas vraiment reprocher aux medias ou au grand public de ne rien piger.

            Enfin bon, si on peut fabriquer un OGM dangereux à partir de venin, ça justifie plein des craintes des anti-OGM ! C’est pas rien. Voir le commentaire sur ton récent billet sur le maïs BT et la resistance des insectes: est-ce qu’on mangeant du mais on bouffe des insecticides??

            Désolé d’être obtus. J’ai la sensation de rater un truc, là.

          • On peut fabriquer un OGM qui fait du venin, mais on ne le fait pas. On peut aussi épandre du poison sur les fruits juste avant de les récolter, ou planter directement des plantes vénéneuses et les ramasser et les vendre, on ne le fera pas non plus.

            Pour être plus clair je pourrais juste dire qu’une abeille qui butine une fleur OGM ne sera jamais contaminée. Mais je voulais couvrir tous les cas de figure, même invraisemblables, ce qui a apparemment compliqué inutilement mon propos.

            C’est plus clair ?

        • Wackes Seppi

          Voici un autre essai sur la question du miel.

          Produire une tomate transgénique contenant et exprimant le gène (supposons qu’il n’y en ait qu’un) de venin de cobra dans le fruit conférera sans nul doute une expérience unique aux gastronomes. La tomate contient et le gène, et le venin. Enfin, sauf si vous avez pris soin d’acheter des aliments sans ADN… (ha ! Ha ! Ha !) :

          http://home.exetel.com.au/ttguy/Society_for_DNA_Free_Food.php

          Seul le venin est actif. L’ADN – celui de la tomate et le transgène – n’a aucun effet et est de toute manière dégradé lors de la digestion.

          On pourrait aussi produire du tournesol transgénique contenant et exprimant le même gène, le venin étant liposoluble. Dans ce cas, on aurait de l’huile de tournesol ne contenant plus le gène, mais conférant toujours des sueurs froides aux assureurs.

          Le venin peut se retrouver dans le nectar et, par conséquent dans le miel, lequel devient toxique. Des miels toxiques ?

          http://www.cetam.info/site/2010/07/23/la-toxicite-naturelle-de-certains-miels/

          Enfin, le gène se retrouvera dans le pollen, peut-être sans qu’il y soit exprimé. La consommation de miel de tournesol au venin de cobra sera sans danger.

          On peut même imaginer que le gène se soit exprimé dans le pollen… Pourquoi pas… Avis aux marchands de peur ! Il faut vérifier ça de toute urgence… Compte tenu de la quantité de pollen présente dans le miel, on pourrait imaginer un effet de mithridatisation, ou thérapeutique.

          Elle n’est pas belle, la vie ?

  3. Wackes Seppi

    « Les OGM sont plus rapides à produire que les variétés par croisement » ? La phrase fait effectivement un sens, mais cela ne reflète pas nécessairement la réalité.

    Il faut expliquer ce qu’est un « OGM » ! Je bidouille en laboratoire une plante pour y introduire un caractère par transgénèse (cela peut aussi être pour « éteindre » un gène). Il me faut sélectionner les cellules transformées, en faire des plantes entières et sélectionner, parmi celles-ci, une plante qui porte le caractère de manière fonctionnelle et stable, sans perturbation de l’ensemble. Comme la suspicion règne, il me faut ensuite, de préférence, transférer le nouveau caractère dans une autre plante (variété, appelons la X) par une technique bien connue de la sélection variétale, le backcrossing ou rétrocroisements. L’intérêt est que l’on élimine avec un grand degré de certitude toute modification parasite issue de la méthode de transgénèse.

    Mais, à ce stade, je n’ai que la variété X portant le nouveau caractère. Or, pour répondre aux besoins des agriculteurs et des utilisateurs, j’ai besoin de beaucoup de variétés, adaptées aux diverses conditions de culture. Comment faire : sauf exception, par croisements (classiques).

    .

    « Vous voulez militer contre le brevetage du vivant ? »

    Bonne question. Mais il ne faut pas se tromper de cible. Et comprendre les enjeux.

    .

    Vous avez aussi abordé la question du miel.

    Pour bien comprendre : Un certain Herr Bablok a manoeuvré pour « lutter » contre le maïs GM et est parvenu à faire monter son affaire jusqu’à la Cour de justice de l’Union européenne. Celle-ci a eu à interpréter l’extraordinaire maquis juridique communautaire pour dire, en bref, si le pollen contenu dans le miel est un « constituant » du miel ou un « ingrédient ».

    S’il s’agit d’un « constituant », l’étiquetage signalant la nature « OGM » se fait à partir de 0,9 % d’OGM dans le miel. S’il s’agit d’un « ingrédient », c’est à partir de 0,9 % d’OGM dans le pollen ; ou, peut-être, 0,9 % de pollen GM de, par exemple, maïs par rapport au pollen de maïs total.

    Grâce à une bonne dose de mauvaise foi de ce monsieur et une défense peu convaincante par la Commission, la Cour a conclu qu’il s’agissait d’un «ingrédient ».

    Je ne pense pas que la Cour ait fait une erreur dans son analyse, compte tenu des éléments à sa disposition. Mais le résultat – recherché par M. Bablok et ses amis – était complètement absurde en fait (le pollen est naturellement présent dans le miel) et dans ses conséquences (100 grains de pollen dans une quantité quelconque de miel, dont un GM… il faut étiqueter et donc déclasser en pratique le miel vu l’hystérie ambiante).

    La décision du Parlement européen a été loin d’être unanime…

    • Bonsoir et merci pour la réponse détaillée !

      Pour le miel, j’avoue ne pas avoir suivi le feuilleton juridico-politique, vu que je ne vois pas le problème de toutes façons.

      Pour les brevets, grande question. On ne peut pas probablement innover sans aucune protection de brevets, mais en l’état des choses je trouve l’usage des brevets en high tech, du logiciel à la biotechnologie, largement contre-productif, voire injuste.
      Voir par exemple à ce propos le billet de blog de Mike Eisen, militant Open Access et anti-anti-OGM :
      http://www.michaeleisen.org/blog/?p=1301

      Pour la rapidité des OGM, je voulais en effet surtout donner un exemple de phrase qui peut faire sens. Après c’est clair (ou ça devrait l’être) que ça dépend de quel trait on cherche à établir dans quel organisme pour quel usage. Mais je ne pense pas que le risque de développement d’OGM quand une autre technique est plus efficace pour le même résultat soit très grand. Normalement on va vers l’OGM quand les autres méthodes ne marchent pas du tout ou très inefficacement.

  4. Sur les problèmes de « brevetage du vivant » ou de PI plus généralement, c’est quand même la seule fois qu’on entend cet argument pour bloquer l’adoption d’une technologie particulière. D’habitude, la contestation sur les brevets porte sur le fait que ça freine la diffusion d’une innovation en renchérissant le produit ou à cause de l’utilisation de son pouvoir de monopole par le détenteur. Ici, il s’agit de condamner une technologie pour ne pas qu’elle se diffuse.

    Le fait même que ceux qui utilisent cet argument soient pris au sérieux et que l’argument ait du succès pose déjà en soi des questions de rationalité.

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