Réponses à quelques questions sur les #OGM, les bobos et la société industrielle

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Il y a eu pas mal de discussion du billet Le Golden rice #OGM : la science sauverait des vies si les bobos ne la bloquaient pas, dans les commentaires sur ce blog, et aussi sur le forum Linuxfr. Je vais essayer de répondre ici à quelques-uns des points soulevés.

Au fait, je recommende les réponses de Kaane (à partir d’ici) et de Lasher (ici) notamment sur le forum Linuxfr. Et je félicite les participants d’avoir pour l’essentiel évité le piège Monsanto. 🙂

  • Les points comme ceci vont représenter des paraphrases de questions posées souvent par plusieurs personnes de manières diverses.

Maintenant ça comme pour de vrai :

  • Le titre était tellement provoc qu’il faut pas s’attendre à une vraie discussion, d’ailleurs si je commence par insulter les gens à quoi est-ce que je m’attends ?

Alors oui le titre est provoc, c’est voulu, ça cadre effectivement le débat. Parce que quand même, les enfants qui meurent ils meurent pour de vrai.

Le terme « bobo » est-il insultant ? Je ne le pense pas perso, mais peut-être. Il me fallait un racourci pour montrer que ceux qui militent contre les OGM n’ont eux jamais connu la faim ni la malnutrition, et finalement le font d’une position assez privilégiée. Position privilégiée que je partage, soyons clairs. Mais moi au moins je ne lance pas des pétitions pour bloquer l’accès à des solutions dans le Tiers Monde.

Par ailleurs je ne trouve pas que l’article lui-même soit insultant, et il ne commence certainement pas par insulter puisqu’il commence par expliquer la science derrière la vitamine A et le riz OGM.

Et donc je veux bien utiliser un autre mot que bobo qui ne soit pas insultant mais décrive le bon concept. Mais je maintiens le choix d’être explicite sur cet aspect : militer contre tous les OGM y compris le Golden Rice consiste à militer contre un effort pour sauver des vies. Donc tout succès de ce militantisme a pour conséquence des vies pas sauvées, également appellées « morts ».

  • Question fréquente : mais pourquoi la solution doit-elle être un OGM ?

Premièrement, je me répète, mais personne ne dit que c’est LA solution. C’est une solution. Vous avez d’autres solutions qui marchent, lachez-vous, c’est certainement pas moi qui vous arrêterais.

Deuxièmement, le génie génétique est la technique la plus efficace et la plus puissante pour faire faire ce que l’on veut à une plante. Eh oui. On peut lancer un programme long de sélection de variétés des riz produisant de la vitamine A dans les graines. On avancera à l’aveuglette, en espérant y arriver, mais peut-être que ça ne marchera jamais. Il faut que la variation génétique le permettant soit déjà là (explication sur ce billet et celui-ci), ou alors que coup de bol monstre la bonne mutation apparaisse pendant le travail et qu’on la repère (quand une mutation apparaît la plupart du temps elle est cachée par l’autre copie non mutée du gène). Alors alternative, on peut bombarder les plantes avec des radiations ou des produits chimiques cancérigènes pour avoir plus de mutations. Non seulement c’est légal, mais y a pas besoin d’étiquetage ou de tests de sécurité, les organismes mutés artificiellement c’est même autorisé en « bio » dans la plupart des pays.

En tout état de cause, quand on va y arriver, si on y arrive, on aura obtenu des plantes qui porteront de manière fixée plein de mutations qu’on ne connaît pas. Si on n’a pas fait de mutagenèse, on aura appauvri énormément la variété génétique, et on aura fixé plein de mutations mauvaises pour la plante. Un peu comme les chiens de races extrêmes, qui ont la moitié de l’espérance de vie des chiens normaux (dits batards). Ou les vaches laitières ultra-productives, qui ont aussi plein de problèmes de santé. Si on a fait de la mutagenèse, en prime on aura plein de mutations au hasard dans le génome. Youpi.

Avec un OGM, on prends très exactement le gène de l’enzyme que l’on veut, on le met dans le génome sans rien toucher d’autre, et voilà. Le principal problème étant que les gens qui ne font pas de la biologie moléculaire (ça fait pas mal de monde somme toute) ne comprennent pas et ne font pas confiance.

  •  Alors y a plein de commentaires qui disent que c’est pas le vrai problème, qu’il faut s’occuper de la situation politique et économique, etc etc.

Je ne sais pas quoi répondre sans me répéter. C’est ce que j’ai couvert préventivement en partie dans le billet sur Monsanto, et surtout en traitant les arguments de Greenpeace dans le billet d’origine.

Je voudrais quand même rappeler qu’une partie du problème est qu’il y a des gens et des organisations qui bloquent activement une solution.

Le problème n’est pas (à ma connaissance) qu’il y ait des gens qui bloquent activement toute autre solution en disant que seule celle-ci est valide.

Donc à nouveau, allez-y, émigrez aux Philippines ou au Bengladesh et faites-y la révolution, ou restez ici et votez pour des candidats qui pronent le partage de tout par tous au niveau mondial, c’est pas comme si j’étais économiste pour vous dire que c’est des conneries. Mais de grâce morbleu, laissez vivre les autres, la vie est à peu près leur seul luxe ici-bas.

S’il y a un point précis pas traité, merci de le soulever dans les commentaires. Je n’ai pas forcément le temps de répondre aux longs discours qui ne soulèvent pas des points précis, désolé.

Mise à jour : je viens de voir un article de Greenpeace « Les OGM ne sont pas la solution pour éradiquer la faim dans le monde » dans Le Soir. Une fois de plus on a un faux choix. Qui a dit que c’est LA solution ? La question est, certains OGM peuvent-ils aider à résoudre au moins une partie du problème ?

Mise à jour 2 : article intéressant sur le manioc, avec un nouvel OGM et un point de vue contraire : swissinfo. Le pro-OGM, Hervé Vanderschuren, est un jeune chef d’équipe à Zurich (ETHZ) qui publie beaucoup et bien. L’anti-OGM, Hans Herren, est nettement moins jeune et semble faire plus de la politique (au bon sens du terme 😉 ) que de la recherche depuis pas mal d’années (poste actuel à la fondation Millenium) ; je n’ai pas réussi à trouver une bonne source pour voir tous ses papiers, mais il est membre de l’académie des sciences américaines et plein d’autres trucs prestigieux. A creuser.

22 réponses à “Réponses à quelques questions sur les #OGM, les bobos et la société industrielle

  1. Citation :
    « militer […] contre les OGM […] consiste à militer contre un effort pour sauver des vies »
    Il me semble découler logiquement de cette affirmation que, les OGM sont conçus pour sauver des vies.
    Les concepteurs d’OGM sont majoritairement des personnes au service de la sauvegarde des vies humaines.
    C’est une assertion manifestement éloignée de la réalité, qui ne s’explique pas facilement.
    Pourquoi pas dans cet élan dire que les concepteurs d’OGM sont les plus grand défenseurs de la Vie (avec un grand V).

    Entre les concepteurs d’OGM et Greenpeace, à qui feriez vous le plus confiance pour orienter la destinée de la Vie (avec un grand V) ?
    Personnellement j’ai une grand confiance dans Greenpeace, les Amis de la Terre et je considère que sans ces ONG écologiste, la situation de la vie sur terre serait irréversiblement précarisée.
    J’adhère donc à un système de valeur antagoniste avec celui de notre auteur , le rédacteur de ce blog.
    Vous noterez que notre auteur cherche à disqualifier tout questionnement qui irait vers la question philosophique des valeurs morales, il tiens à maintenir et restreindre son propos à une aire d’apparence scientifique.
    Mais pris dans ce sens, la science n’est sans doute rien d’autre qu’une religion, une religion peu tolérante.
    Je vous recommande à ce sujet les analyses de Bruno Latour, en anglais.
    http://www.ed.ac.uk/schools-departments/humanities-soc-sci/news-events/lectures/gifford-lectures/archive/series-2012-2013/bruno-latour

    Simplifions… Il y a un gros, énorme problème très grave et très compliqué. La faim dans le monde.
    Les organisation spécialisée dans l’humanitaire et le développement sont absolument unanimes.
    Ce problème est politique.
    Mais tandis que beaucoup de gens souffrent de ce problème, certain prône une solution non efficace, une fausse solution.
    Pourquoi ?
    Notre auteur penses probablement sincèrement que les OGM pourraient constituer un élément de réponse à ce problème.
    Mais résoudre ce problème n’est pas son but ni sa préoccupation. Ce n’est pas non plus le but principal de beaucoup de militants anti-OGM. Donc pour pouvoir se prononcer légitimement sur les OGM au nom de la lutte contre la malnutrition, il faut en référer à des organisation dont la malnutrition est le combat.

    Que répond notre auteur face à l’accusation qu’il cherche – en fait – à faire avancer une certaine conception de la science guidée par un certain système de valeur ?

    J’éprouve un peu de tristesse à l’idée qu’une personne cultivée comme notre auteur , en soit venue à défendre des positions qui ne me semblent pas moralement correcte.

    • Franchement, votre commentaire est révélateur des problèmes du débat sur les OGMs. Votre premier paragraphe commence par une citation tronquée qui change le sens de la phrase citée. En effet, la phrase du billet est (je mets en valeur le mot « oublié » principal):
      « militer contre *tous* les OGM y compris le Golden Rice consiste à militer contre un effort pour sauver des vies »

      et vous enchaînez en prêtant à notre hôte une opinion qu’il ne soutient pas.

      D’une certaine façon, ça constitue une réponse aux questions de gautami plus bas. Si sur la question des OGMs, on l’impression qu’il y a que 2 camps bien distincts et irréconciliables, c’est parce que des extrémistes gueulent nettement plus fort que les autres et n’hésitent pas à recourir à des arguments malhonnêtes.

    • Comme noté par Proteos, en tronquant la première citation, vous en changez le sens.

      On a d’un coté une diversité d’OGM réalisés, et une encore plus grande diversité d’OGM potentiels, et de l’autre coté une opposition de principe à tout ce qui peut être couvert par le terme « OGM ».

      jb écrit :
      « Il me semble découler logiquement de cette affirmation que, les OGM sont conçus pour sauver des vies. »
      A nouveau, pas « les OGM », mais le Golden Rice oui. Le soja round-up ready, lui, a été conçu pour faciliter le travail des agriculteurs, qui ainsi achètent à Monsanto et lui donnent plein de sous, objectif ultime de toute société privée.

       » Pourquoi pas dans cet élan dire que les concepteurs d’OGM sont les plus grand défenseurs de la Vie (avec un grand V). »
      Parce que (1) les OGM sont divers, les concepteurs d’OGM aussi ; (2) je ne vois rien dans cette histoire qui justifie des superlatifs du type « les plus grands ». Le Golden Rice n’est certainement ni la solution miracle ni la catastrophe, et sortir de ce type de fausse dichotomie est une première étape pour un dialogue constructif.

      « Entre les concepteurs d’OGM et Greenpeace, à qui feriez vous le plus confiance pour orienter la destinée de la Vie (avec un grand V) ? »
      Je suis sur que Greenpeace est plein de gens pleins de bonnes intentions, mais si on se prononce sur une question scientifique sans compétences sur la question et avec un refus de chercher à comprendre, alors on n’a pas de légitimité sur cette question. Y a aussi plein de personnes de bonne volonté et de bonne foi qui sont contre les vaccins, ils ont quand même tort.

      « J’adhère donc à un système de valeur antagoniste avec celui de notre auteur , le rédacteur de ce blog. »
      Ca fait plusieurs fois que vous évoquez des valeurs avec des terms de type « productiviste ». Je vous mets au défi de trouver dans ce blog une défense d’un quelconque mode de production.

      Les valeurs que je défends ici sont :
      – la recherche et le respect de la vérité ;
      – la défense de la vie humaine.

      Je suis triste d’entendre que vous adhérez à un système antagoniste à celui-là.

      « Donc pour pouvoir se prononcer légitimement sur les OGM au nom de la lutte contre la malnutrition, il faut en référer à des organisation dont la malnutrition est le combat. »
      Excellente idée, lisez donc ceci :
      http://www.hki.org/reducing-malnutrition/biofortification/golden-rice/

  2. Vous avez raison d’utiliser le mot bobo. Ceux qui critiquent le plus les OGM n’ont jamais travaillé dans le secteur agricole et n’ont encore moins désherbé à la main ou ramassé les doryphores.
    Par ailleurs on leur a très mal enseigné en histoire géo les tenants et les aboutissants de la révolution verte qui ont permis à leurs parents ou grands-parents de se passer rapidement des tickets de rationnement et du bon vieux pain à l’ergot et des cancers de l’estomac dû à une vie de bouffe avariée. Norman Borlaug, père de la révolution verte qui a créé le CIMMYT pour répondre aux besoins en nourriture du tiers monde via l’amélioration variétale, doit se retourner dans sa tombe. On a aussi oublié de leur apprendre en biologie que l’homme fait de l’eugénisme végétal à grande échelle depuis 10 000 ans et que ce n’est pas près de changer. D’ailleurs le triticale et le blé bio sont des beaux exemples d’OGM old-school. Enfin il est bon de rappeler que les traits OGM ne servent à rien sans un énorme travail de sélection variétale pour fournir des cultivars performants résistants aux ravageurs. Au final le combat des bobos contre les OGM n’aura eu qu’un seul effet: favoriser les OGM. Leur peur du prion de la vache folle aura permis la culture massive de soya en Amérique pour combler les besoins en protéines des troupeaux français. Leur lutte médiatique contre le «soja fou» aura tué dans l’oeuf les efforts de la R et D française pourtant pionnière en biotech dans les années 80. Maintenant les bobos sont contents, BASF déménage, Limagrain délocalise une partie de ses essais et Florimon Desprez part en Argentine. Mais bon, pourquoi se soucier de son secteur primaire quand l’euro fort permet à l’Europe d’être importatrice nette de nourriture sans se soucier de ceux qui souffrent de la faim.

    Source:

    Blé bio: http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/un-ble-bio-genetiquement-modifie-ca-existe-deja-%EF%BF%BC%EF%BF%BC,869.html

    • Bonjour cher bob,
      je vous remercie de donner une définition du mot « bobo », car c’est un peu comme la satanique « pensée unique », tout le monde est contre et personne ne se rend compte qu’il y a là un paradoxe

      cependant vu que la proportion d’agriculteurs dans la population active française est de 3.4% (chiffres insee), êtes vous persuadés que la grande majorité des non-bobos ont « travaillé dans le secteur agricole, désherbé à la main ou ramassé les doryphores » ?
      êtes vous à l’inverse persuadés que tous les écologistes se désintéressent complètement de la question de la question de « peut-on nourrir 9 milliards d’êtres humains, et si oui, dans quelles conditions ? »
      je vous conseille de vous renseigner sur la biographie d’un bonhomme qu’on considère souvent comme le père de l’écologie politique en France, ses autres signes distinctifs étant un pull rouge et un verre d’eau.

  3. Bonjour, gautami sur linuxfr

    Un peu déçu par cette réponse, mis à part l’emprunt toujours bienvenu à Brassens, mais il faut dire que les questions posées étaient nombreuses et que répondre à tous était difficile, sans compter qu’ayant abordé le thème plusieurs fois, vous aviez sans doute l’impression d’avoir déjà répondu à ça.

    Alors moi je voudrais une réponse juste sur un point précis : en lisant l’excellent patrick_g sur linuxfr ou le pitre Allègre dans l’étrange lucarne mais aussi certains écologistes je l’avoue, on a l’impression que LA Science et L’Écologie sont deux créatures monolythiques qui se regardent comme des chiens en faïence et cherchent volontiers le point faible de l’adversaire pour mieux l’anéantir complètement.

    Est-ce que vous avez aussi cette impression ? Est-ce que vous trouvez que c’est justifié ? Est-ce que vous trouvez que c’est sain ? Si oui/non/non, dans quelles conditions pourrait-on poser les bases d’un meilleur dialogue pour au pire s’accorder sur les raisons réelles de nos discordes ?

    • Ah je suis content que l’emprunt à Brassens ait été apprécié. 🙂 C’est venu spontanément en tappant et je me suis demandé s’il fallait le laisser.

      gautami écrit :
      « on a l’impression que LA Science et L’Écologie sont deux créatures monolythiques qui se regardent comme des chiens en faïence et cherchent volontiers le point faible de l’adversaire pour mieux l’anéantir complètement. »
      Je ne partage pas cette impression.

      Je connais des scientifiques qui sont militants écologistes. Surtout ceux qui travaillent sur la biodiversité, la conservation des espèces, la biologie des populations, et sujets connexes, mais pas seulement.

      Sur d’autres questions que les OGM, les écologistes sont alliés aux scientifiques, notamment sur le changement climatique.

      Avertissement : je ne suis pas sociologue, j’y vais à l’intuit ici :

      Le mouvement écologiste a une composante politique. Cette composante politique a décidé de quelques cibles claires et faciles à communiquer, comme le nucléaire et les OGM. Or ce sont des questions qui ont une importante composante scientifique, contrairement aux cibles d’autres mouvements, qui sont souvent davantage sociologiques ou économiques. Donc autant les autres mouvements ont tort s’ils ignorent la sociologie et l’économie (voir cet excellent billet sur l’imigration : http://webinet.cafe-sciences.org/articles/pourquoi-lemigration-nest-pas-un-probleme/), autant le mouvement écologiste a tort s’il ignore la science.

      Le choix de ces cibles ne me parait pas justifié autrement que par des nécessités de communication simplifiée.

      Exemple :
      En Suisse il y a un moratoire sur les OGM. Pas un moratoire sur les produits Monsanto, ou sur les produits de grandes companies, ou sur les produits avec interdiction de replanter, ou sur les plantes introduites en Suisse par les humains, ou sur les plantes résistant à des insecticides, ou sur les semences sous brevet, ou sur les herbicides, ou sur les pesticides. Non toutes ces choses sont OK si elles ne sont pas « OGM ».

      Donc à mon sens le conflit est davantage entre l’approche politique et l’approche scientifique.

      Pour illustrer que ce n’est pas un problème spécifique aux écologistes, on peut regarder les conflits entre science et politique aux Etats-Unis, surtout le fait de républicains niant le changement climatique ou créationistes.

      Honnêtement, je ne vois pas ce que les scientifiques peuvent faire pour améliorer le dialogue, tant qu’on a une attitude d’un mouvement politique qui se bloque sur des termes et qui ne cherche pas à comprendre.

      • Hello, merci de la réponse

        Il y a des points importants, notamment les 3° et 4° paragraphes, que déjà ça soit admis soit une bonne chose.

        Maintenant sur le point de friction qui est que l’écologie n’est pas seulement une science (ou un domaine éclairé par de nombreuses sciences) mais aussi une éthique et un mouvement politique, moi je dirais que derrière la question des OGM, il y a du côté des écologistes une exigence forte pour que la question « comment va t’on se nourrir bien à 9 milliards d’êtres humains » soit débattue de façon *démocratique* et pas seulement l’affaire de scientifiques embauchés par des grandes firmes ou de technocrates négociant entre eux. Du coup il y a sans doute une peur que la distinction que vous faites entre bon OGM et mauvais OGM soit une espèce de cheval de troie pour faire accepter les seconds ensuite. La peur est peut-être pas fondée, je suis prêt à changer d’avis là dessus, mais l’exigence démocratique me semble quelquechose de fondamental. Je suis en train de lire la correspondance entre Albert Einstein et Max Born, et il me semble qu’eux aussi se posent des questions lourdes sur le rôle des scientifiques dans la société. Rester dans la tour d’ivoire sous prétexte d’objectivité alors que plein de questions connexes ne peuvent pas être traité de manière objective est un peu trop commode.

        • Je crois que je vois ce que vous voulez dire. Il y a en effet de manière générale une tension (plutôt que ‘conflit’ à mon avis) entre l’exigence démocratique et l’expertise technique ou scientifique.

          C’est une grande question, et je ne vais pas y répondre facilement.

          Mais je vais donner deux pistes de réflexion :
          – les mouvements à motivation éthique peuvent choisir de contribuer à éclaircir les débats en se faisant les médiateurs de l’expertise. Toutefois cela ne peut se faire qu’à la condition de respecter la rigueur scientifique et la vérité des faits. C’est ce que Greenpeace ou le CRIIGEN pourraient faire mais ne font pas.
          – il faut que chacun d’entre nous contribuent à ce dialogue. Pour cela, les blogs et autres médias sociaux sont un excellent outil, à encourager et développer. Wikipedia est généralement une excellente plateforme pour atteindre et résumer des consensus sur des questions difficiles, et il ne faut pas hésiter à (1) lire les références en bas, (2) lire la page « discussion », et (3) contribuer si vous avez une expertise.

          A noter que lorsque le génie génétique est arrivé, ce sont les scientifiques eux-mêmes qui se sont imposés un moratoire le temps de comprendre ce qu’ils faisaient (http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_biology#Recombinant_DNA).

          Et il me semble que de discuter avec vous sur un blog, c’est un peu le contraire de « rester dans ma tour d’ivoire ».

          • > Et il me semble que de discuter avec vous sur un blog, c’est un peu le contraire de “rester dans ma tour d’ivoire”.

            Tout à fait d’accord, merci, je crois que nous avons réussi à avoir une conversation fructueuse alors que ce n’était pas gagné dès le départ 🙂

      • Pardonnez mon esprit d’escalier, mais je pense que j’aurais plus clairement exprimé mon opinion si j’avais ajouté deux choses :

        – si la compréhension mutuelle entre science et écologie est meilleure sur la question du climat que sur celle de l’alimentation, c’est que le climat obéit à des règles physiques et se fout bien de nos opinions humaines sur la façon dont il fonctionne ; la bouffe en revanche, c’est une question sociale. Les écologistes préfèrent dire aux pays développés : mangez moins de viande, et à l’Inde et la Chine : ne nous imitez pas.

        – sur Einstein et Bohr, j’aurais rajouté que si effectivement les questions qu’abordent les écologistes ne concernent pas la science en tant que telle, les scientifiques eux sont libres de se sentir concernés.

  4. « Le terme “bobo” est-il insultant ? Je ne le pense pas perso, mais peut-être.  »

    Mauvaise foi quand tu nous tiens ^^

    « Il me fallait un racourci pour montrer que ceux qui militent contre les OGM n’ont eux jamais connu la faim ni la malnutrition, et finalement le font d’une position assez privilégiée. »

    Cherche mieux tu en trouveras (comme on peu trouver un OGM cool défendu par un ONG sympa 😉 ) Et puis la légitimité ne se fait pas à l’aune de la souffrance (ce ne serait pas trés rationaliste) l’être humain est capable d’empathie, qu’il soit militant ou scientifique (voire les deux).

    « Je voudrais quand même rappeler qu’une partie du problème est qu’il y a des gens et des organisations qui bloquent activement une solution. »

    C’est prêter beaucoup de pouvoir aux militant.

    « Donc à nouveau, allez-y, émigrez aux Philippines ou au Bengladesh et faites-y la révolution, ou restez ici et votez pour des candidats qui pronent le partage de tout par tous au niveau mondial, c’est pas comme si j’étais économiste pour vous dire que c’est des conneries. Mais de grâce morbleu, laissez vivre les autres, la vie est à peu près leur seul luxe ici-bas. »

    C’est donc cela la définition du fameux Bobo

    « La question est, certains OGM peuvent-ils aider à résoudre au moins une partie du problème ? »

    La question reste posé. ^^ Soit la faim et la malnutrition ne sont qu’un problème technique, soit aussi et surtout un problème politique.

    • « comme on peu trouver un OGM cool défendu par un ONG sympa »
      Un lien vers l’exemple que vous avez apparement en tête serait sympa aussi.

      « C’est prêter beaucoup de pouvoir aux militant. »
      Même s’ils n’y arrivent pas, je peux être indigné par l’intention.

      « Soit la faim et la malnutrition ne sont qu’un problème technique, soit aussi et surtout un problème politique. »
      Mais pourquoi toujours ces absolus ?
      Qui, parmi ceux qui défendent le Golden Rice, a jamais dit que ça n’est « qu’un problème technique » ? Je vous mets au défi de trouver une seule citation (honnête, pas tronquée hors contexte). Qui a dit qu’il ne fallait pas essayer de trouver aussi des solutions politiques ?

      • Désolé je me suis mal exprimé, et pas assez tourné mes doigts avant de taper. Je voulais dire que choisir le Riz doré pour répondre au CVA est un choix politique.

        Je reste pour ma part indigné qu’il soit plus simple et évident de faire muté un riz et de monter tout un projet qui auras nécessité je ne sais combien d’année d’études de bataille juridique, … etc et d’aller le distribué plutôt que de permettre à des populations de se nourrir (comme souvent ils le faisaient il n’y a pas si longtemps il me semble) de légumes variés.

        Concernant l’OGM sympa j’avais cru que c’était le cas du bien nommé Riz doré…

        • « permettre à des populations de se nourrir »
          qui les en empêche ? Je ne suis ni sociologue, ni économiste, mais ça ne me paraît pas évident que de changer ces circonstances soit « plus simple » que de développer le riz doré.

          A noter, qu’il n’y aurait pas de bataille juridique s’il n’y avait pas de paranoïa anti-OGM.

          « il n’y pas si longtemps »
          le béri-béri a été découvert en 1630, et vient d’un manque de vitamine B lorsque l’on enlève l’extérieur du grain de riz. Alors bien sur on peut ne pas enlever cette coque (ce qui est recommendé aujourd’hui), mais cela tend à indiquer que bien avant l’ère industrielle des populations se nourissaient quasi-exclusivement de riz.
          http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9rib%C3%A9ri
          http://en.wikipedia.org/wiki/Beriberi#History

          Et au final, je ne vois rien dans tout ce que vous dites qui justifie que Greenpeace et d’autres s’opposent explicitement au riz doré.

          • « Je ne suis ni sociologue, ni économiste, mais ça ne me paraît pas évident que de changer ces circonstances soit “plus simple” que de développer le riz doré. »

            J’ajouterai : et de mettre en place les structures permettant sa distribution et sa culture.
            Sinon c’est votre opinion, permettez moi d’en douter.

            « A noter, qu’il n’y aurait pas de bataille juridique s’il n’y avait pas de paranoïa anti-OGM. »
            Je parlais des batailles juridique (peut-être n’ont elle pas virulentes et âpres) concernant la propriété intellectuelle. Si j’ai bien lu il auras fallut utiliser 70 droits de propriété intellectuelle pour 32 compagnies et universités différentes pendant la création du riz doré. J’imagine que accorder des licences libres au riz doré a du être difficile.

            « le béri-béri »
            Je croyait que riz dorée avait été développé pour aider lutter contre les carences en vitamine A.

            Au final je ne cherche pas défendre Greenpeace. J’avais juste l’impression que répondre à la mal nutrition avec cette solution était comme vouloir se rendre à Lyon en passant par Bordeau.

            Mais ce n’est là que l’humble avis d’un internaute non scientifique. Cet échange auras eu la vertu de m’apprendre qu’au moins un OGM était distribué sous licence libre.

            merci de vos réponses

        • Non, ce n’est pas un choix politique : c’est un choix pragmatique.

          Par contre, préférer la distribution continue de cachetons produits en Europe aux frais de l’aide aux pays en voie de développement alors qu’on dispose d’une variété de riz enrichi qui peut être cultivée sur place, ça, ça serait un choix politique.
          Ceci dit, c’est pas forcément stupide hein, ça permet au moins de s’assurer qu’un pourcentage non-négligeable de l’aide au développement reste chez nous.

          En outre, vous n’y avez peut-être pas pensé, mais la carence en vitamine A est une des premières source de pauvreté (donc de carence en vitamine A). Les gens carencés perdent assez rapidement la vue, et ont des enfants immuno-déprimés. Ce qui les enfonce irrémédiablement dans la pauvreté.

          Vous avez l’air de penser qu’il suffit de leur dire de manger autre chose, mais c’est pas si simple. Quand on en arrive à ne manger que du riz, c’est pas par choix ni par ignorance : c’est parce qu’on est au bout du rouleau. Et tant que vous n’avez aucune baguette magique à nous proposez pour régler tous les problèmes sociaux-économiques, il va falloir que vous vous fassiez à l’idée qu’on procède par étape, en réglant les problèmes techniques qu’on peut -eux- régler.

    • Et concernant le pouvoir potentiel des ONG, on peut regarder le débat sur l’aide internationale vers la Zambie en 2002.
      Voir les références citées dans ce paragraphe :
      http://en.wikipedia.org/wiki/Greenpeace#Genetically_modified_organisms_.28GMOs.29

  5. Ping : Le Golden rice #OGM : la science sauverait des vies si les bobos ne la bloquaient pas | Tout se passe comme si

  6. Ping : Détruire les essais Golden Rice #OGM c’est comme détruire un laboratoire médical ou un entrepot MSF | Tout se passe comme si

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