Impact du maïs #OGM Bt sur l’environnement

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Dans une discussion récente avec un collègue écologiste aux deux sens du terme, il m’a dit qu’il restait inquiet sur l’impact des OGM sur l’environnement. Mais il n’avait pas de références précises à me fournir. Entre temps j’ai trouvé un article que je ne connaissait pas mais qui a apparemment été très débattu, que nous allons donc regarder ensemble :

Rosi-Marshall et al. 2007 Toxins in transgenic crop byproducts may affect headwater stream ecosystems, Proc Natl Acad Sci USA 104: 16204-16208

En résumé, les auteurs ont examiné l’impact du maïs Bt sur des trichoptères, des insectes relativement proches des lépidoptères, qui vivent typiquement dans les cours d’eau. Le maïs Bt exprime un gène de toxine de Bacillus thuringiensis qui a été mis là pour tuer les lépidoptères (papillons etc), les diptères (mouches etc) et les coléoptères (scarabés etc). On peut donc s’attendre raisonablement à ce qu’il affecte aussi d’autres insectes proches. Comme les trichoptères vivent dans des cours d’eau qui peuvent être proches des champs de maïs, la transmission est aussi raisonable.

Les auteurs ont trouvé du pollen Bt dans 50% des trichoptères examinés à la saison du pollen. Au labo, l’espèce Lepidostoma liba avait une croissance ralentie lorsque nourrie entièrement au Bt par rapport à du maïs non OGM. Une autre espèce, Helicopsyche borealis, n’avait pas de différence de croissance mais de mortalité si. A noter qu’ils ont reçu des doses bien supérieures à celles trouvées dans les cours d’eau.

Il semble que ce papier a été pas mal critiqué, et pas mal cité (ISI, Google Scholar). Il est utilisé dans une revue récente comme exemple d’article attaqué injustement. Je dois dire qu’après avoir lu une attaque en règle, je tends à être d’accord. Les arguments contiennent pas mal d’arguties sur les nuances des différents types de Bt etc. Il y a deux points pertinents à mon sens : que la dose trouvée dans la nature est plus faible que celle utilisée au labo, mais cela était reconnu par Rosi-Marshall et al ; et que le Bt peut provenir d’autres sources, car il est utilisé en pulvérisation de manière courante. C’est vrai, et un point rarement soulevé par les opposants aux OGM est que le Bt est utilisé en pulvérisation dans l’agriculture bio !

Ma conclusion de cet article est que l’impact du Bt comme celui d’autres pesticides sur l’environnement semble insuffisamment étudié. En l’état des connaissances je ne vois pas de risque particulier lié à l’utilisation en OGM par rapport à la pulvérisation. Mais il est possible qu’il y ait des différences (positives ou négatives) dues à la manière dont les produits s’accumulent ou sont consommés par d’autres organismes. En principe, on s’attend à ce que la pulvérisation soit plus négative, parce qu’il faut en mettre plus et de manière moins discriminante. Je dirais dossier à suivre, mais plutôt pour le Bt en tant que tel que pour l’aspect OGM.

Deuxième billet de ma semaine OGM. Tous les billets avec le tag OGM.

8 réponses à “Impact du maïs #OGM Bt sur l’environnement

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  2. N’oublions pas que le Bt permet de lutter contre la pyrale et donc contre les mycotoxines qui profites des dégâts fait par les larves pour se propager plus facilement. De plus la consommation de certaines mycotoxines est un facteur de risque de spina bifida (entre autre).

    Source: http://www.france.pioneer.com/Services/SemExpert/Ma%C3%AFsetmycotoxines/tabid/159/language/fr-FR/Default.aspx

    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15051815

  3. Comme vous souhaitez autant de critiques virulentes sur cet article au ton mesuré par rapport à votre indignation sur l’argent dépensé sur la reproduction de l’étude de Séralini ou celle sur l’obstruction pratiquée entre autres par Greenpeace sur le riz doré, je vais essayer de m’y adonner.

    Je vois 2 problèmes avec cette étude. Le premier, vous en parlez, c’est l’incrimination spécifique de la technique OGM, alors que ce pourrait être un effet commun avec la pulvérisation. Le titre mentionne unique les plantes transgéniques, pas la pulvérisation telle que pratiquée en agriculture biologique (ou autre).

    Le 2e, c’est l’absence de comparaison avec ce qui se passe habituellement. Si je ne m’abuse la situation normale par rapport à laquelle s’effectuent les comparaison est une situation où il n’y a pas de traitement insecticide. Or, ce n’est pas du tout ce qui se passe habituellement: un agriculteur va chercher à éliminer autant de nuisible qu’il le peut dans des limites économiques. Ce qui veut dire épandage d’insecticides … qui ne sont sans doute pas sans effet sur les trichoptères.

    On retrouve souvent (pour ne pas dire tout le temps) cette erreur dans le pseudo débat au sujet des OGMs: la situation canonique par rapport à laquelle s’effectue la comparaison est une situation où il n’y aurait pas de traitement. Alors que la situation normale, c’est celle où il y a un certain nombre de traitements chimiques. La question qui se pose au fond est de savoir s’il vaut mieux planter de l’OGM que de vaporiser de l’insecticide, suivant divers critères. Or, cet aspect n’est pas souvent évoqué, ou du moins il arrive rarement jusqu’au grand public. Le seul exemple que j’aie en mémoire est celui sur les coccinelles et les champs de coton Bt chinois. Par contre rien sur les conséquences globales du NK603 (quels herbicides mis de côté, quelle augmentation d’usage du glyphosate, etc.). Se dire qu’il y a une inquiétude sur les trichoptères, c’est bien, mais est-ce suffisant pour condamner une technique voire une mutation particulière? Non, je ne pense pas!

    • Merci d’animer ainsi mon fil de discussion 🙂

      Je suis assez d’accord avec vous sur l’erreur qui consiste à constraster OGM à pas de traitements. En recherche pharma, il faut toujours comparer un traitement au « standard of care », la solution classique précédente.

      Mais j’ai été choqué par les critiques faites sur cette étude, qui me semblent en grande partie de mauvaise foi. Je pense qu’il y a certains collègues (peut-être par sur-réaction aux bétises anti-OGM habituelles) qui ne supportent pas la critique même soutenue d’un OGM. Ca me paraît dangereux comme attitude. Si un OGM particulier était problématique, il faudrait l’arréter, sans condamner tous les OGM. De même qu’un produit chimique dangereux doit être retiré sans condamner la chimie.

      • Très clairement, les articles critiquant l’étude sur les trichoptères me semblent aller trop loin dans leurs accusations (les auteurs sont quasiment traités d’idiots utiles). Toute nouvelle technique peut avoir des mauvais côtés, les remarquer fait partie du travail scientifique.

  4. Wackes Seppi

    Je ne suis pas de votre avis, s’agissant du prétendu mauvais traitement infligé à Rosi-Marshall.

    L’article de Rosi-Marshall et al. tient de la fraude, sinon scientifique, du moins médiatique, même si c’est par incompétence et naïveté (et incompétence des reviewers).

    Comment faut-il qualifier sa démarche qui a consisté à :

    1.  Étudier sur le terrain (dans les cours d’eau) les résidus de Bt ;

    2.  Étudier l’incidence de ce Bt en laboratoire sur des insectes aquatiques à des doses bien supérieures à celles observées sur le terrain ; et

    3.  Sonner l’alarme en titrant : « Toxins in transgenic crop byproducts may affect headwater stream ecosystems » et en écrivant : « widespread planting of Bt crops has unexpected ecosystem-scale consequences » ?

    Miller at al. se sont certes livrés à un overkill pas toujours pertinent, ni judicieux. Il n’en demeure pas moins que, selon eux, Rosi-Marshall a triché en ne rapportant pas le fait, rapporté ailleurs, qu’elle n’a pas observé sur le terrain les effets mis en évidence en laboratoire.

    Parrott, dans « Study of Bt impact on caddisflies overstates its conclusions: Response to Rosi-Marshall et al » affirme que les résultats de R-M ne permettent même pas de conclure que les produits dérivés (pollen et résidus de culture) ont des effets négatifs.

    Et, dans une réponse à Beachy et al. et à Parrott, Rosi-Marshall admet : « We agree that extrapolation from laboratory experiments to ecosystems is unjustified without supporting evidence from field measurements. »

    Entre-temps, la machine médiatique du commerce de FUD (Fear, Uncertainty and Doubt) avait fait son oeuvre. Et, évidemment, l’auto-rétractation de Rosi-Marshall – plus militante que chercheuse il me semble – n’a pas été médiatisée.

    Et la France avait utilisé l’article pour décréter, en janvier 2008, un moratoire sur la culture du MON 810.

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