ADN de Big Foot : comment être critique de la pseudo-science sans être méprisant ?

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J’ai été contacté récemment pour donner mon avis sur le séquençage d’ADN de Big Foot (ou Sasquatch), le « yéti » nord américain. A l’époque où ce « résultat » avait été « publié » je n’avais pas réagi, vu qu’il était suffisamment couvert à mon avis sur Le bLoug et sur Strange Stuff and Funky Things.

Les guillemets un peu lourds ci-dessus, c’est parce que les auteurs ont écrit un article très bizarre, mal écrit, avec des vidéos et photos type Men in Black / X-files comme évidence à coté des information d’ADN, lequel ADN semble être un mélange d’humain et d’autres animaux. Les méthodes utilisées ont été de collecter des échantillons de poils auprès de personnes convaincues d’avoir Big Foot dans leur jardin ou leur bois. L’article ayant été suprenemment rejeté dans tous les journaux scientifiques contactés (de l’utilité de l’expertise par les pairs), les auteurs ont créé leur « journal« , qui est une page web moche qui fait très amateur, et qui ne contient qu’un article, le leur.

Ah et évidemment l’ADN qu’ils ont séquencé n’est pas publiquement disponible, officiellement parce que l’espèce Big Foot n’existe pas déjà dans les banques de données d’ADN. C’est vrai quoi, c’est pas comme s’ils avaient crée l’espèce Denisova quand il y avait besoin. Ah si. Donc article bizarrement écrit, site web étrange et créé exprès, données non disponibles. Pour soutenir des résultats hautement improbables. Pas de raisons de se méfier.

Sérieusement, le problème qui se pose à moi, c’est comment critiquer un truc pareil sans paraître hautain et méprisant ? Je dois déjà avoir échoué dans ce billet. L’argument « ça se voit à 100 km que c’est des conneries » ne sera pas très porteur auprés des personnes qui ont envie de croire qu’il y a quelque chose de vrai dans ces histoires, je le sens bien. Pourtant ça va être la réponse de tout scientifique qui jette un coup d’oeil à cette histoire. Démonter les résultats est une perte de temps manifeste, à la fois parce que c’est passer du temps à montrer qu’un truc clairement faux est faux, et parce que les partisans du complot fans de Big Foot, Yéti et Monstre du Loch Ness ne seront jamais convaincus.

On revient à un problème discuté à propos de Séralini (qui est un modèle de science comparé aux guignols dont il est question ici) : beaucoup de gens pensent que les scientifiques ont peur des résultats nouveaux et les écrasent ou les cachent, alors qu’on adore les résultats nouveaux. On est juste très stringeant quand il s’agit de les accepter. « Exceptional claims need exceptional evidence ». Si vous avez trouvé une espèce d’hominidé vivant à coté des humains sans être découverte depuis des millénaires, il faut nous le prouver, et une vidéo d’une couverture agitée hors champ (voir ici – cette vidéo est vraiment dans l’article) ça va pas le faire.

Il me semble qu’on a ici un problème de communication auquel je n’ai pas de solution.

8 réponses à “ADN de Big Foot : comment être critique de la pseudo-science sans être méprisant ?

  1. Ben il faut répondre avec humour, non ? Pas un humour potache ou insolent, mais de l’humour mathématique, pince-sans-rire, comme vous savez le faire.

    Je n’ai pas l’inspiration, mais en l’occurrence on aurait pu commenter : que décidément BigFoot est une espèce aux caractéristiques fort impressionnantes puisque on savait déjà qu’il avait la capacité de faire disparaitre les traces de ses passages , mais qu’en plus il arrive à faire disparaitre les traces scientifiques des chercheurs et à brouiller les analyses. Il vaut inviter les chercheurs de cette étude à pousser plus loin leurs travaux afin d’annoter ce gène (trouver le code qui fait la fonction) dans l’ADN récolté .

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  3. Je pense qu’il faut répondre très sérieusement au contraire. Expliquer pourquoi ce n’est pas crédible etc. Certains raisonnements, certaines vues de l’esprit, certains réflexes de scientifiques sont loin d’être évidents pour tout le monde…sinon tout le monde arriverait à suivre des études scientifiques et à devenir scientifique. Je pense que ça vaut vraiment le coup de prendre du temps (pas trop quand même) pour expliquer sérieusement car, contrairement à ce que j’entends parfois, oui, les gens peuvent changer d’avis en écoutant les spécialistes, les experts. J’espère en tout cas en être la preuve vivante.

  4. Jean- Pierre

    oh, comme je comprends votre questionnement ! … je suis toubib et suis quotidiennement en face de ce problème de communication bloquée, en face de patients adeptes de pseudomédecines (homeopathie en tête de liste…) : il faut effectivement essayer de ne pas être méprisant, et c’est dur quand on traite de sujets aussi agaçants, sans valeur scientifique, sans preuve, et souvent colportés et vendus (cher) par des gens a l’extrême limite de l’honnêteté … pour ma part, j’essaie de faire comprendre que j’étudie le truc sérieusement et en constate les effets depuis 30 ans, et ai un avis qui vaut ce qu’il vaut , mais qui pèse plus lourd que celui d’illuminés sans bagage scientifique, sans curiosité, et -last but not least- interessés à la vente de ces machins… ça marche TRES rarement… mais bon… la lecture du bulletin de l’AFIS est pour moi un encouragement …à la patience surtout …

  5. C’est un combat de longue haleine, mais répliquer, par l’humour ou le plus grand sérieux, vaut toujours mieux que le silence. Une réplique trouvera son chemin chez les adeptes de ces théories, et même si seule une minorité de ces adeptes se rendra jusqu’au 3e paragraphe, cette minorité fera peut-être une différence un jour. Le problème est qu’il n’y a pas assez de gens qui écrivent ce genre de réplique, et il y en a encore moins qui le font en français.

  6. Personnellement j’arrive à ne pas être méprisant lorsque je m’adresse à quelqu’un dont la seule faute est l’ignorance et/ou la naïveté, car alors il n’y a aucune raison d’être méprisant dans ces cas là. En revanche face à des gens malhonnêtes et des charlatans je vois mal comment je pourrais ne pas être méprisants. Sinon pour vous donnez une idée de ma manière d’exprimer mon mépris face à certains adeptes de théories pseudo-scientifiques puantes, voici un modeste exemple.

    http://du-cote-de-chez-elysia-chlorotica.blogspot.ch/2012/02/ultimate-racialist-bullshit.html

    Certes c’est un exemple assez extrême car s’adressant vraiment à quelqu’un de méprisable. Néanmoins comment ne pas faire preuve de manière plus général, d’un mépris bien mérité vis-à-vis de gens qui ne se moquent de toute honnêteté intellectuelle? Personnellement je ne vois pas comment et pourtant j’ai déjà essayé poils au nez!

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