Enseigner une nouvelle génétique ?

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Un article récent dans PLoS Biology pose la question de l’enseignement de la génétique à l’ère de la génomique. L’auteur, Rosie Redfield, par ailleurs célèbre pour avoir bloggué ses efforts conduisant à montrer que les bactéries ne vivent pas d’arsenic et d’eau fraîche, part de l’expérience de son université en refondant leurs programmes de génétique de licence/bachelor.

Elle fait plusieurs observations, dont les plus frappantes sont :

  • les étudiants ne feront plus, en recherche ou ailleurs, de manipulations de génétique classique ;
  • la génomique et l’ADN sont omniprésents dans la société, comme ils ne l’étaient pas il y a une génération.

Dans son article elle donne des exemples de titres d’actualité tirés de Google news, pour montrer la part prise par la génétique dans la société. J’ai répété l’exercice en français (le 17 juillet) :

LE DOPAGE GÉNÉTIQUE, ENTRE FANTASME ET RÉALITÉ
UNE MUTATION GÉNÉTIQUE PROTÉGERAIT D’ALZHEIMER
GÉNÉTIQUE : LE CONTINENT AMÉRICAIN AURAIT ÉTÉ COLONISÉ EN TROIS VAGUES
SLA : DES MUTATIONS QUI METTENT LE CYTOSQUELETTE À MAL
BIODIVERSITÉ : LA LONGUE ROUTE DE NAGOYA
GÉNÉTIQUE: LA BANANE LIVRE SES SECRETS

Oui, en effet, la génétique est bien présente dans notre société à plein d’égards.

Elle note aussi qu’avec l’enseignement habituel de la génétique on passe du temps à expliquer des techniques surannées tout en ignorant les mécanismes moléculaires, inconnus à l’époque mais connus maintenant, et en traitant en priorité des cas simples qu’on savait déjà étudier, mais en négligeant la complexité que l’on a découvert grâce à la génomique. Par exemple, les étudiants apprennent que les allèles sont récessifs ou dominants, alors que la plupart des allèles n’entrent pas dans ce cadre, et que la dominance ou la récessivité est relative, pas absolue (à savoir A n’est pas toujours dominant, il peut être dominant sur B mais récessif par rapport à C).

Elle propose donc un changement radical, où au lieu de commencer par Mendel et ses petits pois, on commence par la génomique personalisée, on passe à la variabilité naturelle des génomes, puis on arrive à de la génétique moléculaire puis classique, pour finir sur les applications (cancer & friends).

Il y a une réaction relativement détaillée sur le blog de Larry Moran, auteur de livres de biochimie, qui est très négatif. Ses problèmes principaux sont que le nouveau programme proposé est trop centré sur l’humain, alors que ça doit être un cours de biologie fondamentale ; que ce curiculum commence par des concepts très difficiles à bien comprendre (mais je dirais que c’est souvent le cas, ce qui est une des raisons pour lesquelles la pédagogie comprend beaucoup de répétitions apparentes, de la première fois où on entend parler de quelque chose jusqu’au point où on le comprend) ; qu’elle met trop l’accent sur des questions auxquelles on peut répondre avec la génétique, et pas assez sur la génétique elle-même ; et qu’elle mélange des questions de génétique et des questions d’éthique (doit-on faire des tests génétiques personnalisés ?) (il en rajoute dans un 2ème billet auquel Rosie a répondu).

Si vous êtes intéressé à la question, je vous recommende de lire l’article (en anglais et en libre accès). Moi-même je n’enseigne pas la génétique, mais (1) je n’aurais pas tendance à jeter la génétique classique par-dessus bord si vite, (2) je trouve que la question mérite certainement d’être posée. Il y a eu de très nombreuses réactions sur twitter, environ 50-50 « enfin ! » contre « c’est quoi ces conneries ». Et une fois n’est pas coutume, il y a eu des réactions sur le site même du journal. La plupart positives, y compris par un auteur de livres de cours de fac, qui dit qu’elle a raison, mais que c’est difficile de changer le système.

Une réflexion au sujet de « Enseigner une nouvelle génétique ? »

  1. J’aime beaucoup la réponse de Larry Moran. Très peu d’enseignants sont armés pour parler d’éthique ou même défendre la méthode scientifique face à des arguments pseudo-scientifiques. Laissons ces questions de société à un cours d’éthique en seconde ou 3e année où le prof d’éthique pourra faire intervenir des chercheurs en fonctions du sujet du jour.

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