le test Erin Brokovitch

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Sophien Kamoun, un biologiste des plantes, a récemment proposé sur Twitter le « test Erin Brokovitch » pour juger de la sincérité des scientifiques par rapport à une technologie. C’était dans le cadre d’une attaque par des militants anglais contre des essais OGM non comerciaux, qui visaient à produire du blé nécessitant moins d’insecticides. Le test est basé sur la scène du film où les vilains n’ont pas le courage de boire leur propre eau (poluée) :

lien vers la video (ça marche pas d’inclure la vidéo dans le billet dans WordPress ?)

Alors je me suis amusé à trouver quelques tests « Erin Brokovitch ». En connaissez-vous d’autres ?

  • Les biologistes moléculaires des plantes sont prêts à manger des OGM (moi aussi).
  • Par contre plein de biologistes qui étudient l’écologie refusent d’en planter dans leur jardin (moi ça ne me gène pas trop).
  • Les informaticiens ne veulent pas du vote électronique (moi non plus, très fortement).
  • Certains génomiciens sont prêts à faire séquencer leur génome, d’autres non (moi).
  • Les médecins et les immunologues font vacciner leurs enfants.
  • Je séche pour un test à donner aux climatologues pour juger de leur sincérité concernant les prédictions climatiques.

28 réponses à “le test Erin Brokovitch

  1. bilouweb

    Salut !

    Pour les climatologues, on peut leur demander de passer leur vacances en Bretagne… Car comme tout le monde le sait : « La dépression arrive de l’ouest et touchera les côtes de la Manche et la pointe du Finistère… »

  2. Pour les climato-sceptiques, on peut leur proposer d’acheter une maison au bord de l’eau ou en polder ?
    En tout cas, c’est une excellente idée de test !

  3. Les climatologues qui achètent une maison au bord de la mer (où à la montagne)?

  4. Ah, désolé, mais moi qui ai adoré l’idée de ce test la première fois que j’en ai entendu parler, maintenant je le récuse.

    Un scientifique qui croit que ses expériences sont sans danger et qui meurt d’un cancer à 40 ans est-il un bon repère ? (je pense aux débuts de la radioactivité, par exemple)
    Un sportif qui avale des trucs hallucinants et change de sexe, devient handicapé ou meurt jeune, est-il un bon repère ? (bon ok c’est pas lui qui les crée, mais l’exemple reste valide, car il met en balance le risque et l’intérêt personnel de l’individu)
    Plus subtil, un homme en bonne santé qui avale devant les télés un produit qui présente un danger pour les femmes enceintes ou les enfants ou les gens susceptibles d’être allergiques prouve-t-il l’innocuité du produit?
    (moi je suis prêt à bouffer des tonnes de beurre de cacahouette devant des scolaires, mais il n’empêche que dans certains pays c’est interdit d’en servir à la cantine!)
    On pourrait aller plus loin… un chômeur qui se présente aux élections pour le parti du vrai travail, ou un politologue arabe qui vote FN, seraient-ils des références ? Est-on toujours bien conscient de ce qui est bon pour nous ?

    J’ajouterais que l’histoire de la science récente (20e siècle) fait que la méfiance populaire se base souvent sur des imprévisibilités et non pas sur des faits. L’exemple des OGM s’inscrit dans ce cadre : la méfiance vient de ce qui pourrait se passer, et sur son irréversibilité. Ok, ce sont des mutations comme il y en a tant, mais bon, certaines formes du cancer aussi, ce n’est pas parce que ça existe dans la nature que c’est bien. Et en attendant, la contagion du non-OGM par l’OGM est avérée (non?)… d’où la réticence à en installer chez soi !
    (sans compter qu’il me semble que l’argument le plus fort actuellement contre les OGM est principalement économique, mais c’est une autre histoire, et ça n’impacte absolument pas le chercheur avec ses plantations perso… on verra quand il voudra vendre sa production, tiens!)

    Et je ne parle pas non plus des gens de chez google fliqués par google, pareil pour Apple, Facebook, pareil pour les fabricants de caméra de surveillance, etc, et de tous les débats sur la vie privée. S’ils sont d’accord pour renoncer à toute vie privée, dois-je faire pareil? (réponse londonnienne : oui)

    Sur l’exemple cité, Erin Prettywomanovitch, ça m’amuse… je ne connais pas l’histoire du film, et le personnage dans l’extrait est pris au dépourvu, mais rien de plus facile que de boire un peu d’eau polluée si ça peut faire gagner un procès.
    Ca ne prouverait rien : la plupart des polluants sont actifs parce qu’on en consomme quotidiennement, accumulant des doses nocives, pas en une seule fois; en outre, un avocat grassement payé peut sans doute se faire soigner plus facilement qu’une famille nombreuse dont tous les membres contractent des maladies rares.
    Bref, l’avocate du film a perdu l’occasion d’un superbe effet de manche. 🙂

    Conclusion : Ce test est sans nul doute intéressant, mais comme la preuve par 9 : si un scientifique ne veut pas consommer sa découverte, méfiance!
    S’il le veut… on a le droit de se méfier quand même. :-p

    Je terminerais en montrant du doigt les nombreux apologistes des cigarettes, pour toi qui habites au pays de la clope. Combien d’entre eux fument ? Combien de producteurs de cigarettes ? Combien de docteurs, d’infirmiers ? (réponse : plein!)
    Et pourtant, c’est prouvé, c’est nocif…

  5. Les climatologues sont-ils prets à s’installer aux Pays Bas? Au Bangladesh? Aux Maldives?
    C’est un test négatif, c’est moins puissant que les tests proposés plus haut.

    Ceci dit, on voit encore parfois des chercheurs fumer leur clope à la sortie de centre de recherche sur le Cancer. Ca ne devrait pas invalider les liens établis entre tabac et cancer…

  6. S Kamoun a co-écrit un article intéressant à propos des OGM à venir: http://www.biofortified.org/2012/05/next-gen-disease-resistance/

    • Pour insérer la vidéo dans un billet avec WordPress on peut le faire via l’éditeur html de WP en collant simplement l’url dans le corps du billet.

  7. Gérard Escher

    En médecine, il y avait des recherches dès les années 90 (par ex. G. Domenighetti et al., International Journal of Technology Assessment in Health Care (1993), 9 : pp 505-513) qui appliquaient le « test E. Brokovich » aux médecins pour savoir s’ils recouraient à des procédures chirurgicales pour eux ou leur familles avec la même intensité que pour leurs patients.
    L’article cité arrivait à la conclusion « Except for appendectomy, the age- and sex-standardized consumption for each of the common surgical procedures was always significantly higher in the general population than for the “gold standard” of physician-patients. The data suggest that contrary to prior research, doctors have much lower rates of surgery than does the general population…

  8. Je crains qu’en dehors des films américains qui confondent partialité et méchanceté, ce test ne serve pas à grand chose. Dans l’immense majorité des cas, partialité et sincérité s’accommodent très bien et dans chaque camp, on accorde son comportement à ce qu’on a intérêt à défendre. Les pro-OGM mangent des OGM mais pas les anti, les convaincus du bio évitent les trucs plein de pesticides, alors que les pro s’en fichent etc. Ca me rappelle même l’histoire de ce gouverneur du Chiapas, au Mexique, qui avait payé des paysans pour manifester en sa faveur et qui s’est ému jusqu’aux larmes en assistant à ce défilé… La mauvaise foi peut souvent sembler très « sincère »! (J’avais écrit un billet sur ce sujet)
    Sinon, pour inclure des vidéos dans WordPress, c’est tout bien expliqué sur cette page.

    • Yo ça marche pour la vidéo, merci.

      Pour les autres commentaires, merci aussi à tous. Pas le temps de répondre de suite.

  9. Après en avoir discuté avec Elifsu (alias @squintar), j’ai l’impression que ce test peut nous apprendre deux choses :
    – globalement, comment chaque technologie est soutenue par ses scientifiques — ce qui amènerait à classer les technologies en 3 classes : celles qui sont majoritairement soutenues, celles qui ne le sont pas, et celles qui divisent façon 50/50
    – localement, pour une technologie donnée rangée dans une classe donnée, on peut interroger divers scientifiques et voir s’ils se rangent à l’opinion majoritaire de leurs collègues ou s’ils sont à contre-courant — pour ensuite chercher à comprendre pourquoi…

    Dans le premier cas on ferait plutôt de la sociologie des techniques, dans l’autre cas de la sociologie des sciences voire des scientifiques…

    • Disons que en tant que test, c’est pertinent à la sociologie, mais en tant que heuristique pour le non spécialiste, je pense que c’est pertinent au risque technologique lui-même.

    • J’aime bien l’idée de pousser le concept, et chercher à comprendre les scientifiques qui ne font pas comme les autres de leur groupe.

      Dans ce genre, c’est intéressant de comprendre la divergence entre biologistes moléculaires des plantes et biologistes des populations des plantes, concernant les OGM.

  10. Je pense qu’il faut d’abord distinguer sincérité et fiabilité. Quelqu’un peut être sincère et se tromper, c’est clair. Les références dans le billet de Xochipilli sont très intéressantes à ce propos.

    Ensuite c’est clair que le test proposé est une heuristique, et non une méthode de preuve. En d’autres termes, ce test ne prouve pas quel réponse est correcte, mais indique quelle réponse est raisonablement soutenue en l’état des connaissances.

    En effet, je pense qu’il faut bien faire attention à appliquer le test à des personnes qui sont compétentes dans le domaine considéré, dans des circonstances où ils n’ont pas d’intérêt à faire la comédie. D’accord avec Julien que l’avocat dans la scène du film aurait pu boire le verre par bravade en public, même si elle ne le boirait pas sur une base régulière.

    A ce propos, le résultat rapporté par Gérard Escher est très pertinent. Les docteurs ne pensent pas être jugés sur les soins qu’ils apportent à leur famille, et sont donc sincères dans ce cadre. Ce qui revient un peu à la question du test négatif. Si ces docteurs donnaient la même intensité de soins à leur famille et leurs patients, ça ne montrerait pas grand chose, ils pourraient reproduire la même erreur (et par exemple je suis sûr que plein de familles de médecins ont abandonné l’allaitement pour le biberon de lait maternisé dans les années 1960-70, ce qui était une erreur). Par contre c’est notable lorsque les personnes compétentes dans une technologie ne lui font pas confiance.

    Pour mettre ceci en termes pseudo-Bayesiens, je mettrais une probabilité a priori forte pour que les spécialistes d’une technique lui fassent confiance, ne serait-ce que par biais professionnel ou par intérêt direct ou indirect. Donc quand ils vous disent qu’il ne lui font pas confiance, cela veut dire que la probabilité que ça soit mauvais est forte. Cf le vote électronique et les informaticiens.

    • Merci pour ce résumé. J’avais été un peu virulent, j’avoue.

      Le test est effectivement, pour moi, un genre de preuve par 9: qu’un scientifique croie à ce qu’il fait, bon, disons que c’est une situation normale, on a toujours le droit de critiquer ou de se méfier. Qu’il y ait un biais (cas de médecins), c’est un cas intéressant à étudier. Qu’il y ait contradiction et c’est une sonnette d’alarme.

      Au passage et pour l’anecdote, la majorité des informaticiens que je connais sont tout-à-fait favorables au vote électronique. On serait peut-être ici plutôt dans le cas d’une minorité scientifique, cas intéressant donc mais pas conclusif.
      Et bien sûr, ce n’est pas aux informaticiens de décider, c’est justement une partie du débat 🙂

      • Pour les informaticiens il me semble que chaque fois que le sujet est abordé dans des forums tels que Slashdot, le ton est très négatif concernant le vote électronique. Mais je veux bien qu’il y ait des informaticiens favorables. Alors c’est peut-être le cas 50-50 que décrivait Enro.

  11. Ah et puis quand même, le test de sincérité montre qu’on n’est pas dans le cas caricatural (mais populaire dans l’imaginaire) du complot par des vilains scientifiques qui savent que ce qu’ils font est mauvais mais n’en n’ont cure.

  12. A propos de boisson, ça me rapelle l’histoire qu’un oncle lozérien m’a raconté : le commercial chargé de vendre l’insecticide « vert » Round-up de Monsanto en buvait un verre devant ses potentiels clients pour en prouver l’innocuité…

  13. Suggestion venue dans une discussion : les physiciens nucléaires (des hautes énergies dit-on, non ?) sont-ils d’accord pour habiter près d’une centrale nucléaire ? D’un centre de retraitement des déchets ?

    • JRobinss (ex Julien)

      (puisqu’on est 2 julien, je change de nom 🙂 )

      J’avais pensé à ce cas, mais je n’avais aucun exemple probant.

  14. Bon, je dois dire que je trouve le test Erin Brokovitch est assez piquant, mais ça reste du cinéma.

    Il y a quelques temps, j’avais demandé à mon oncle médecin de m’expliquer ce que sa profession pensait de l’homéopathie. Il m’a raconté plein de choses croustillantes, et entre autres ceci : aussi bien les patients que les médecins refusent souvent un traitement homéopathique quand ils ont un problème de santé un peu sérieux ou inquiétant. C’est à dire que pour traiter un rhume, on veut bien y croire, mais pour traiter une affection de la prostate, on n’y croit plus.

  15. En comparaison avec les biologistes qui sont tout à fait prêts à manger des OGM (moi aussi), y a t-il des chimistes prêts à manger des légumes pleins de pesticides ? Sont t-ils prêt à utiliser leurs pesticides dans leurs potagers privés ?

    • Dans mon expérience, non, les chimistes ne veulent pas manger des légumes plein de pesticides, et sont généralement très conscients des risques associés à des produits spécifiques. Par contre ils ne s’affolent juste parce qu’il y a le mot « chimique ». 😉

  16. tuan kuranes

    La « raison » me paraît rentre assez peu en jeu dans les décisions de tous les jours, soit par inertie sociale (« toujours fait comme ça / ça se fait pas »), par manque de visibilité ou de formation/compréhension statistique (« regarde, il faisait du sport et il est mort jeune quand même »), voire juste à cause d’état d’esprit (névrose, déprime, adolescence, etc. menant à des comportements à risques)
    Autour de moi, beaucoup de justification de ce type pour tous les comportements dangereux et reconnus comme tels, souvent même défendu avec hargne. (« on peut plus vivre en liberté ici »).
    Du coup cela me parait assez difficile de se servir du comportement journalier pour s’en servir pour « valider/tester ».
    A la limite, transformer le test en « pour vos enfants », là ou souvent les parents raisonnent un peu plus que pour eux-même, voire sont « déraisonnablement protecteur » et donc prennent un maximum de précaution…

    • Je plussoie à fond, tres bien vu.

      Dans la plupart de mes exemples, le cas des enfants est assez bon.

      Tiens, je devrais faire un sondage aupres des fumeurs de mon entourage, que pensent-ils de la clope pour leurs enfants?

      Et imaginez la scene de Erin Broko avec un enfants à qui on propose un verre d’eau… un peu plus « choc » qu’avec une avocate vereuse non? 🙂

  17. Ping : C’est tellement compliqué on ne peut jamais savoir ! Pas de vaccins, pas d’OGM et pas de jus de tomate ! | Tout se passe comme si